« N’oublie pas les oiseaux » Murielle MAGELLAN (Rentrée Littéraire Janvier 2014).

magellan couverture les oiseauxIl y a des romans que l’on choisit sur une belle couverture, que l’on ouvre sans savoir à quoi s’attendre, dont on ne connait pas l’auteur et qui soudain, vlan, sans crier gare vous propulse en vous-même, soulève un voile, comme ces draps blancs dont on recouvre les meubles d’une maison abandonnée pour les protéger de la poussière et que l’on fait voler quand on ose revenir dans ce lieu déserté. Le roman de Murielle Magellan a fait s’envoler mes draps blancs.

Dans ce roman autobiographique, Murielle Magellan livre l’histoire d’un amour de vingt ans avec le Russe, comme elle l’appelle, un homme charismatique, charmeur, volage, insaisissable et complexe. Elle raconte cet amour d’une vie, de son adolescence (elle a 17 ans quand elle le rencontre) à l’âge adulte. Un amour en pointillés, qui a ponctué sa vie, l’a fait grandir, l’a détruite, l’a constituée.

Dès l’ouverture, Murielle Magellan avoue sans détour l’aspect autobiographique de ce roman. Non seulement elle raconte son histoire, mais insère des extraits de son journal écrit durant toute cette période ainsi que des petits mots que le Russe lui déposait un peu partout : sur son clavier d’ordinateur, dans son sac, sur la table de la cuisine, etc. Elle raconte cet amour comme une chronique où se mêlent les réflexions du passé et celles du présent, où se dessine aussi une narratrice en devenir, l’éclosion d’une femme. De l’adolescente timide, un peu mal dans sa peau, mue cependant par une volonté et une certitude, celle de ne pouvoir se résoudre à passer à côté d’un tel homme, car aucun homme ne sera jamais à sa hauteur, elle finit par dresser le portrait d’une femme que l’amour et la souffrance ont rendue forte.

Car le Russe sera non seulement un Pygmalion de l’amour, mais aussi un Pygmalion artistique. Génial metteur en scène, il l’encouragera, lui donnera la force de croire en elle.

Murielle Magellan raconte l’histoire d’un amour romanesque sans tomber dans le mélodrame, raconte les hésitations, ces lettres que l’on écrit et que l’on jette en tremblant dans une boîte aux lettres sur un coup de tête,  raconte ces journées à attendre un coup de fil, raconte cette dépendance à l’autre, cette impossibilité de dire non dès que l’autre nous appelle et que l’on est prête à tout abandonner pour aller le rejoindre, les coups de folie comme attendre des heures entières devant une porte close. Elle raconte les affres de l’infidélité et du mensonge, la conscience de s’engager dans une histoire impossible avec un homme insaisissable et auquel pourtant il est impossible de résister. Elle dit la nécessité de vivre cette histoire, l’impression qu’on restera suffisamment détachée pour pouvoir reprendre ses billes le moment venu, mais le moment venu réalise qu’il est déjà trop tard.

Difficile de lire ce roman en évitant l’identification et c’est bien là son paradoxe. Alors même qu’il est viscéralement autobiographique, il nous renvoie à des sentiments enfouis, nous fait revivre ses moments d’exaltation, ses amours auxquelles nous n’avons pas su résister alors même que nous savions dés le début qu’elles nous brûleraient les ailes. Mais, finalement, ont-elles vraiment brûlé nos ailes ? Car, comme le Phénix, il semble qu’elles soient revenues à la vie sous une forme différente en ayant conscience de ce qu’elles étaient à l’origine. Murielle Magellan raconte finalement sa propre éclosion et finit son récit sur une note d’espoir, sur des rires.

Un beau roman qui nous entraîne dans une douce mélancolie et que l’on quitte avec regret. L’aspect autobiographique reste problématique pour moi, mais le texte de Murielle Magellan a su faire fi de mes appréhensions.

Roman lu dans le cadre du Challenge Amoureux saison 3 (Amours contemporaines) et du Challenge Petit Bac 2014 (Cat. Verbe).

Challenge Amoureux saison 3challenge petit bac 2014

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54 Commentaires

  1. J’y suis encore… J’ai envie d’y rester longtemps !

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  2. Je l’ai reçu samedi, j’ai encore deux gros SP urgents avant et j’ai hâte de m’y mettre ! J’ai lu ton billet en diagonale ! 🙂

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  3. J’ai mis du temps avant d’écrire mon billet … Il me fallait me détacher de cet homme slave qui m’a renvoyé, forcément, à ce sentiment amoureux qui bouleverse tout.

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    • Je te comprends ! ce roman me poursuivit même après ma lecture et m’a fait faire des rêves qui ont bien puisé dans mon inconscient. Je vais aller lire ton billet !

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  4. Je le commence aujourd’hui. Après avoir lu vos billets, j’ai hâte, alors que je ne serais pas allée spontanément vers ce titre.

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  5. Magnifique roman qui laisse une impression très étrange une fois la dernière page tournée. Je me suis énormément reconnue en Murielle à certains passages. Nos expériences font échos aux siennes alors que c’est son histoire. Inoubliable!

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  6. Je l’ai enfin lu! Je suis un peu déçue de n’avoir pas été autant touchée… ça me parlait tellement, ça m’aura au moins prouvé une chose, que j’ai tourné la page de cette histoire quelque peu similaire que j’ai vécue, ça n’en reste pas moins un beau récit.

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à vous....

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