« Les Vestiges du jour » Kazuo ISHIGURO.

ishiguro les vestiges couvertureLes Vestiges du jour, ce fut pour moi tout d’abord un film, du grand James Ivory avec les deux non moins grands Anthony Hopkins et Emma Thompson, un film vu durant mon adolescence, en 1993, puis revu de temps en temps. Ce fut ensuite un roman acheté à une date imprécise, puis prêté à ma mère, et il a fallu qu’il soit choisi dans le cadre du Club des lectrices, pour que je le lise enfin et le sorte de ma PAL.

Lire un roman qui a été adapté et vu au cinéma change, je pense, la perception que l’on peut en avoir. Immanquablement, nous ne pouvons faire autrement que revoir les images du film au cours de notre lecture. Mais James Ivory respecte tellement les romans qu’il adapte, colle tellement à l’ambiance, aux non-dits, que cela ne m’a pas gênée, voire même fut un charme supplémentaire au cours de ma lecture.

Mr. Stevens est un butler, un majordome dans une grande demeure anglaise, Darlington Hale. Le roman s’ouvre en 1956. Mr Stevens se voit octroyer une semaine de vacances par son nouveau maître, l’américain Mr Farraday. Il profite de ces premières vacances pour effectuer un petit périple à travers la campagne anglaise, dont le but est de rendre visite à Miss Kenton, une ancienne intendante du domaine qui vient de lui écrire. Le roman se déroule sur six jours. Durant ces six jours, Mr Stevens va raconter à on ne sait trop qui, un vous imprécis, à la fois son métier, son voyage et sa vie à Darlington Hale durant 20 ans.

A travers ses souvenirs narrés avec précision, se dessine un personnage complexe. Mr Stevens est totalement attaché à son emploi, toute sa vie fut dédiée à Lord Darlington, à son service. Homme rigoureux, il s’est toujours employé à devenir un majordome exemplaire faisant de la dignité son maître mot. Élevé par un père qui a exercé toute sa vie ce même métier, Mr Stevens n’a jamais connu que les murs de la demeure où il est employé. Ce petit voyage s’offre comme un hors temps lui permettant de revivre les grands évènements de sa vie.

D’une écriture classique, sobre, rigoureuse à l’image de son personnage, Kazuo Ishiguro montre la fin d’une époque. A l’approche de la Seconde Guerre Mondiale, et l’histoire de ce majordome si particulier, il peint une monde en train de changer dont Mr Stevens est un témoin malgré lui, et un témoin aveuglé par sa fonction et son attachement à Lord Darlington. Dans cette grande demeure aristocratique, les grands personnages de l’Histoire se croisent et tissent, fil à fil, le destin de l’Europe sans que Mr Stevens ne comprenne réellement ce qui est en jeu.

Si Mr Stevens ne prend pas la mesure des évènements historiques qui se trament dans les beaux salons de Darlington Hale, il ne comprend pas mieux l’affection de Miss Kenton à son sujet. Car l’autre grande force de ce roman, est cette relation entre Mr Stevens et Miss Kenton, une relation faite d’incompréhension et de non-dits, corseté par les conventions et une impossibilité du majordome à sortir de son rôle. Les deux personnages ne vont jamais parvenir à rompre le mur qui les sépare. Si Miss Kenton n’est perçue qu’à travers les yeux de Mr Stevens, le lecteur perçoit l’amour de celle-ci, son incrédulité face aux réactions souvent froides et maladroites du majordome. L’extrême politesse de celui-ci apparaît comme un bouclier contre ses sentiments. La recherche de la perfection dans son emploi a fait de Mr Stevens un être froid, distant, impassible face aux évènements, seul compte pour lui un service impeccable.

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Kazuo Ishiguro, à travers le récit autobiographique de ce majordome, nous livre à la fois l’histoire d’un monde finissant, d’une Angleterre aristocratique qui s’étiole à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale. Le fait que Darlington Hale soit racheté par un Américain, que certaines pièces soient fermées, que la domesticité soit réduite, illustrent bien ce changement d’époque. Mais il fait aussi le portrait de ces hommes et de ces femmes qui ont passé leur vie au service des plus riches. A travers Mr Stevens et Miss Kenton, Ishiguro, plus largement, évoque ces vies à côté desquelles on passe, ces chemins que l’on décide de ne pas suivre et qu’il est, ensuite impossible de retrouver : Après tout, on ne peut plus faire tourner les aiguilles dans l’autre sens, maintenant (p.329), dira Miss Kenton.

 Un très beau roman donc qui m’a donné très envie de revoir le film.

Roman lu dans le cadre du Challenge Amoureux Saison 3, du Challenge Petit bac 2014 (Cat. Temps : JOUR) et du Plan Orsec 2014.

Challenge Amoureux saison 3challenge petit bac 2014PAL Orsec 2014

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45 Commentaires

  1. J’ai lu le livre après avoir le film et j’ai adoré les deux. Je n’ai jamais rien lu d’autres d’Ishiguro mais celui-ci est tellement beau et émouvant que je ne sais lequel choisir.

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à vous....

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