« Dark Island » Vita SACKVILLE-WEST

sackville-West Dark islandDark Island raconte l’histoire d’une femme, Shirin, sur 4 âges de sa vie : de 16 ans à 46 ans. Trente ans de la vie d’une femme que le lecteur va suivre en tentant de comprendre la personnalité très particulière de cette héroïne.

Ce roman est le deuxième que je lis de Vita Sackville-West. J’avais beaucoup aimé Toute passion abolie (que j’avais lu d’ailleurs lors du dernier Mois Anglais de 2012) qui m’avait donné envie de connaître mieux l’œuvre de cette romancière majeure, amie de Virginia Woolf mais au style d’écriture assez différent.

Dans ce roman, il y a trois personnages principaux : Shirin, Venn Le Breton et l’île de Storn. A 16 ans, Shirin découvre l’île grâce à sa rencontre avec Venn, le fils du propriétaire. Les deux sont fascinés par cette île, la première parce qu’elle vient passer ses vacances d’été à Port Breton en Cornouailles tous les ans, le second parce que sa famille y vit depuis plusieurs générations. L’île sera toujours entre eux, jalousement gardée par Venn et aimée silencieusement par Shirin.

Shirin est d’une beauté que tout homme remarque. Mais les marques d’attention masculines ne l’intéressent pas. Distante, elle ne se confie à personne laissant planer autour d’elle un aura de mystère. Inaccessible et en même temps très souriante, Shirin déchaîne les passions et notamment celles de Venn. Le couple Shirin et Venn, c’est la rencontre du feu et de la glace. Mais ils sont aussi à l’image de cette île, inaccessibles, solitaires et traversés par de terribles orages, comme le fera remarquer Shirin à Venn : Elle fait partie de vous et, à votre manière, vous êtes cette île. (p.179).

L’héroïne est bien difficile à cerner et son mutisme concernant ses sentiments comme ses occupations la rendent toujours plus distante. Venn est un homme impulsif, d’une jalousie morbide et le couple qu’il forme avec Shirin n’aura de cesse de faire flamber cette jalousie jusqu’à le pousser à l’extrême. L’île de Storn est un microcosme à l’ambiance lourde et Shirin semble prisonnière entre un mari impulsif et destructeur et une belle-mère cynique que Maggie Smith incarnerait divinement bien.

Cette histoire de femme fatale, sur laquelle tous les sentiments semblent glisser, que ce soit l’amour pour un homme ou l’amour maternel, me laisse un peu dubitative. Shirin m’a quelque peu fait penser au personnage du roman de Némirovsky, Jézabel, non dans cette recherche de jeunesse éternelle, mais dans cette posture de belle femme devant qui tous les hommes se pâment. Si ce roman se lit avec envie car les évènements se succèdent ainsi que plusieurs rebondissements, j’ai cependant sentie un peu de lassitude à cause de scènes répétitives.

D’autre part, la dramatisation et un côté fantasmatique m’ont paru un peu surfaits. Il y a un petit côté romance que j’ai trouvé un peu cliché : la belle femme froide source de tous les fantasmes aussi bien masculins que féminins (à travers le personnage de Cristina). Bien sûr le style relève le tout, l’ambiance lourde de Storn est parfaitement rendue, et l’on sent bien que quelque chose de terrible va finir par arriver, mais je n’ai pas ressenti le même intérêt pour cette histoire que pour Toute passion abolie. Beaucoup de symbolique – un peu trop -, une intrigue qui plonge dans le polar, une histoire d’enfant caché… ça fait un peu beaucoup.

Une petite déception mais qui, pourtant ne m’empêche pas de vouloir lire d’autres romans de Vita Sackville-West.

Ce roman a fait l’objet d’une lecture commune avec : Estellecalim, Eliza, Shelbylee, Adalana et Titine

Roman lu dans le cadre du Mois Anglais et du Challenge God save the livre.

le mois anglais juin 2013challenge-god-save-the-livre

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46 Commentaires

  1. Je passe mon tour alors d’autant que je vais lire bientôt Au temps du roi Édouard puisque j’organise une LC dans 15 jours et j’ai noté d’autres titres de cette auteure

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  2. clara

     /  juin 8, 2013

    je l’ai commencé !

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  3. Bien entendu « Dark island » n’est pas mon préféré mais j’ai beaucoup apprécié son étrangeté et surtout Shirin. Il est vrai que c’est un personnage froid et détestable mais je trouve que l’on s’attache à elle au fur et à mesure. Elle est si farouchement indépendante qu’elle a fini par me plaire !

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    • Je ne l’ai pas trouvé détestable, juste trop distante bien qu’elle finit par se livrer à Cristina quand même. Je me suis souvent dit que qu’elle attisait la jalousie de Venn en ne disant pas où elle allait, qui elle rencontrait durant ses voyages à Londres ce qui est un jeu dangereux quand on vit avec un jaloux !

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  4. 30 ans en un roman et quatre jours dans « plus jamais d’invités » que j’ai lu pour ma part
    je lirai sans doute celui-ci plus tard

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  5. Malgré tes réserves il me tente beaucoup, je crois que ton billet m’intrigue plus qu’autre chose ! J’ai lu 4 VSW, tous appréciés, certains aimés à la folie… je compte bien tout lire d’elle !

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  6. Je reste tentée… j’aime ces personnages froids et étranges.

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  7. Pareil, j’ai en projet d’autres livres de cette auteure

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  8. Je participe à la LC de au temps du roi edouard. Et j’ai très envie de découvrir toute passion abolie.
    Je crois donc que je vais passer mon tour pour celui-ci, malgré ton beau billet.

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  9. Je suis en train de lire la correspondance de Vita Sackeville-West et Virginia Woolf qui est passionnante, si tu veux te réconcilier avec l’auteur 😉

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  10. J’ai surtout aimé sa relation exclusive avec l’île que j’ai trouvé foncièrement originale, ainsi que sa volonté de ne pas se livrer. Je trouve qu’elle ne fait pas vraiment un jeu de sa séduction envers les hommes, elle constate que c’est le cas, mais me paraît totalement blasée par rapport à cela. De par son atmosphère étrange et ses relations troubles, il entraîne évidemment des impressions très différentes à la lecture.

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    • Je ne crois pas avoir dit qu’elle avait un jeu de séduction, au contraire j’ai bien dit qu’elle était blasée par rapport aux marques d’attention des hommes et que leurs sentiments envers elle ne la touchaient pas. J’ai bien aussi cette relation à l’île et l’atmosphère étouffante qui y règne, la sensation du danger et d’un malheur qui ne va pas tarder à arriver.

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  11. C’est marrant qu’elle t’ait semblé si froide. Elle m’a au contraire fait l’effet d’être une femme en souffrance perpétuelle, à la recherche de quelque chose qu’elle pense ne pas pouvoir trouver. Un sursaut d’espoir apparait furtivement quand elle arrive à Storn, mais la suite le détruit irrémédiablement et il n’y a plus rien à faire. Mais par contre, c’est vrai que je pense aussi avoir manqué une partie de la symbolique. J’ai tout de même aimé le rappel du rocher d’Andromède. Shirin ne sera malheureusement pas sauvé de justesse (ou alors par les paroles de son fils avant qu’elle meurt ?)

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    • Elle n’est pas très expansive et la façon dont elle est décrite par rapport aux hommes, assez blasée, me l’a rendue distante.
      C’est vrai que je n’ai pas parlé ou juste de façon implicite du rocher d’Andromède. Mais j’ai trouvé que ça donnait juste un côté sulfureux qui n’était pas tellement nécessaire, car on comprend bien la relation assez violente qui existe entre Shirin et Venn et l’attachement à l’île ainsi que cette sensation d’être un peu prisonnière de cette île étaient déjà bien rendus sans rajouter du symbolique un peu facile.

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  12. Je ne crois pas avoir lu quoi que ce soit d’elle encore. J’aimerais bien, tiens! Peut-être même sa correspondance avec V W, si je la trouve facilement.

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  13. Je n’ai jamais lu cette auteure mais tout ce que j’apprends sur son style, son univers, grâce aux différents billets -même les plus nuancés- me donne très envie de combler mes lacunes.
    Le personnage de Shirin semble fascinant ; ce roman fera sans aucun doute partie de mes prochaines acquisitions.
    Bon dimanche !

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  14. Après avoir lu « toute passion abolie », mon prochain livre de cet auteur sera « haute société », trouvé il y a quelques mois chez un bouquiniste.

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  15. Eh bien moi j’ai été quelque peu déçue également récemment par cette auteure, à propos d’Infidélités (http://www.vivelaroseetlelilas.com/2013/02/quelques-infidelites-de-vita-sackville.html)… Du coup je vais laisser passer un peu de tps…

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  16. J’avais beaucoup aimé Haute-Société et un peu moins « Plus jamais d’invités » (pas chroniqué d’ailleurs) mais je retenterais volontiers avec « Toute passion abolie », j’aime beaucoup son style !

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    • Visiblement les romans sont plus ou moins réussis ou du moins plaisent plus ou moins. Je suis contente de l’avoir découverte par « Toute passion abolie » comme cela je garde l’envie de découvrir d’autres romans aussi bien.

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  17. Tu es le premier billet que je lis. Je passe aux copines de ta LC pour savoir si je le note ou pas. Pour l’instant, il me fait guère envie.

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  18. Comme je l’ai dit à Adalana et Estelle, c’est un roman qui me tente beaucoup!
    Je te souhaite une belle semaine. Bises.

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  19. Je ne note pas celui ci (OUF) 🙂 même si j’aime ton mois anglais …

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  20. Bon j’ai deux Sackville West à lire dans ma PAl, je vais passer outre ton billet et les attaquer pour juger de moi-même ! :=)

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    • Tu fais bien car j’avais beaucoup aimé « toute passion abolie » celui-ci m’a moins plu mais il a plu à d’autres donc le seul moyen est que tu le lises pour te faire ta propre idée.

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à vous....

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