« La Part des flammes » Gaëlle NOHANT.

photoCertains romans sont parfois choisis pour des éléments futiles : une magnifique couverture, un nom d’auteur qui s’annonce comme un clin d’œil. Voilà ce qui m’a fait choisir ce roman de Gaëlle Nohant. S’appelait Nohant me semblait improbable et en effet il s’agit d’un pseudonyme de l’auteur, choisi pour son affection pour George Sand, puisque, rappelons-le, la demeure de Sand se trouve dans un petit village du Berry nommé Nohant-Le-Vic. Ces deux éléments liminaires ont suffi pour me donner envie de découvrir l’histoire qui se cachait dans ces pages.

Nous sommes à Paris à la fin du XIXe siècle dans le milieu aristocratique. La duchesse d’Alençon, petite sœur de l’impératrice Sissi, participe activement à plusieurs œuvres de charité. Une grande vente de charité doit effectivement se tenir au Bazar de la Charité, une grande halle montée pour l’occasion. Là, les femmes de la haute société vont tenir des stands de vente. La Comtesse Violaine de Raezal, veuve depuis peu et qui traine derrière elle une petite réputation, obtient le soutien de la duchesse, elle sera à son stand. La jeune Constance d’Estingel les y rejoindra, poussée par sa mère qui n’a qu’une idée en tête marier sa fille. Ces trois femmes se connaissent à peine, mais l’incendie épouvantable qui ravagera le Bazar de la Charité va les unir à jamais et les transformer.

Gaëlle Nohant livre ici un roman formidable. Cette fin XIXe est parfaitement rendue, autant par l’écriture fluide et délicate tout en étant parfois cruelle et violente, que par les descriptions de Paris et l’intrigue elle-même. A travers ses trois héroïnes, Gaëlle Nohant offre une vision juste de la femme dans cette société encore corsetée où la femme est liée soit à son père soit à son mari. Tout en dénonçant l’oppression de la société sur la femme, Gaëlle Nohant annonce aussi les débuts de l’émancipation féminine : la révolte de Constance, la lucidité de Violaine. Mais toutes ses femmes sont blessées, avant même que l’incendie n’éclate et c’est lui qui, par sa soudaineté et les bouleversements qu’il va provoquer, va leur offrir le moyen de sortir de leur situation. De l’horreur sortira la solution, tragique pour l’une, salutaire pour les deux autres.

Partant de ce fait divers réel qui bouleversa la haute société en 1897, l’auteure noue les destins et donne à voir les prémices d’un changement sociétal que le début du XXe siècle et la Première Guerre Mondiale confirmeront. Elle dit aussi la douleur des femmes : les amours déçues, les jeunes filles qui préfèrent se réfugier dans la religion plutôt que de subir les mariages de raison, les réputations qui circulent, les enfants qu’on retire aux mères, les femmes que l’on enferme dans les asiles à une époque où les aliénistes voyaient des hystériques partout depuis Charcot. Et là je pense à Camille Claudel, enfermée par son frère, le si catholique Paul Claudel.

Gaëlle Nohant livre un roman historique puisque s’appuyant sur un fait réel et mettant en scène la duchesse d’Alençon, mais aussi par ses allusions à Charcot, à Verlaine, en peignant la haute société de l’époque, le milieu journalistique ou encore les duels. Un roman sur le XIXe siècle et dont l’écriture en a tous les accents.

Les pages sur l’incendie sont violentes, parfois même insupportables, mais ne doivent pas vous arrêter. On y croise des personnages qui resteront dans vos mémoire : le cocher Joseph, le beau Laszlo de Nérac, l’Américaine Marie Holgart.

Finalement les raisons futiles permettent parfois de découvrir des romans magnifiques.

Lu dans le cadre du Challenge Femmes de Lettres, catégorie Dames de Lettres, et du Plan Orsec 2016.

dames de lettresphoto libre plan orsec (2)

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30 Commentaires

  1. Récemment j’ai à nouveau visité Nohant, visite toujours passionnante, et ensuite démarré la lecture d’une partie de sa correspondance (livre de poche, lettres choisies). prévu pour les vacances, dans la valise (et c’est là qu’une liseuse serait utile) ^_^

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  2. J’avais adoré et dévoré ce très bon roman aussi !

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  3. Ton article confirme mon envie de lire ce roman. Merci 🙂

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  4. J’ai beaucoup aimé ce roman, dont beaucoup d’aspects sont intéressants. Il fait partie de mes coups de cœur de cette année !

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  5. J’airais un peu peur de m’y perdre dans les personnages. C’est souvent ma craintes avec les romans historiques.

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  6. De très bons avis sur ce livre. Je l’ai noté pour mes achats poche.

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  7. J’ai également vu de très bons avis sur celui-ci, je note donc =)

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  8. Superbe billet ! J’ai commencé ce roman il y a quelques semaines et je l’aime beaucoup. Il me reste quelques pages et il est terminé… ça me rend triste de le quitter…

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  9. Je n’avais pas été loin du coup de coeur pour cette lecture. J’ai adoré découvrir cette période et cet événement que je ne connaissais pas du tout. Le tout porté par une plume très habile.

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  10. estellecalim

     /  juillet 20, 2016

    Je lis ton billet en diagonale, il est dans ma PAL (depuis sa sortie en grand format !). Pour ma part, je l’ai choisi parce que dans le bazar de l’hotel de ville, il y avait une de mes grands tantes. Une bonne raison, mais elles le sont toutes 😉

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    • Oh la la ce roman aura donc une portée encore plus grande pour toi. Ta grande tante a survécu ?

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      • estellecalim

         /  juillet 23, 2016

        Alors écoute, la légende familiale n’était pas très claire sur cette question, mais j’ai consulté la liste des gens décédés et je ne l’ai pas trouvé. Il semblerait donc que oui 😉 (elle s’est aussi fait volé ses cheveux et mon arrière grand mère son argent dans sa poche cachée de sa jupe alors qu’elles visitaient l’expo universelle pour voir la tour Eiffel.Un coup de rasoir et paf ! Plus de cheveux Oo mais du coup, elle a vu disparaitre ses migraines d’un coup ! C’était une grand tante avec plein d’histoires 😉 )

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  11. Un roman historique, un roman sur les femmes… Ce livre a tout pour me plaire !
    J’en ai beaucoup entendu parler ces temps-ci, et ton avis me donne vraiment envie de découvrir ce livre 🙂

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  12. Une sortie poche qu’il ne faut pas que je rate !

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  13. Comme tu as bien fait de me faire craquer, merci :))
    voici mon billet : http://lesquotidiennesdeval.over-blog.com/2016/08/la-part-des-flammes-de-gaelle-nohant.html
    tu te rends compte qu’il m’a même donné envie de revenir en parler sur le blog, incroyable !

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à vous....

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