« Le Vase où meurt cette verveine » de Frédérique MARTIN – Rentrée Littéraire 2012

martin le vase où meurt cette verveine lecture en coursJoseph et Zika sont septuagénaires, il habitent une maison entourée d’un jardin dont ils s’occupent avec passion. Zika est malade du cœur. Après un malaise inquiétant, elle doit suivre un traitement dans un hôpital parisien. Joseph et Zika ont deux enfants : un fils et une fille. Le premier vit à Montfort, la seconde à Paris. Leur fille refuse d’accueillir ensemble ses parents. Joseph s’installe alors chez leur fils et Zika, bien sûr à Paris près de l’hôpital. Ils quittent alors leur maison qu’ils louaient depuis de très longues années. Séparés pour la première fois de leur longue vie, Joseph et Zika vont commencer une correspondance.

De plus en plus, me semble-t-il, les auteurs s’intéressent aux personnes âgées, ils leur donnent une place principale dans leur roman. Ici, dans ce roman épistolaire, nous découvrons donc un couple très aimant, très uni, que la vie semble avoir épargné, de condition modeste et menant une existence douce dans leur maison qu’ils chérissent. La séparation de ce couple est donc double : ils sont physiquement séparés, mais séparés aussi de leur maison et donc de tout ce qu’ils ont vécu. Le sentiment de perte est donc important, et ils se retrouvent désorientés, sans repère, ont perdu leur place. L’amour qui les lit fortement entraîne des lettres tendres aux accents presque adolescents.

Je sais que ce roman a plu à de nombreux lecteurs, malheureusement je n’ai pas ressenti le même engouement pour les raisons que je vais tenter d’expliquer ici.

Tout d’abord plusieurs points concernant l’intrigue m’ont gênée. Le premier est que je ne m’explique pas pourquoi le couple doit rendre les clefs de leur maison. Cette incompréhension m’a poursuivie durant toute ma lecture et je n’ai rien trouvé qui justifie cela. Si Zika doit suivre un traitement, elle est censée pouvoir rentrer chez elle à la fin du traitement. Même s’ils sont de condition modeste, s’ils sont parvenus à payer jusqu’à présent leur location, pourquoi ne le pourraient-ils plus pendant le traitement, d’autant qu’ils sont logés gratuitement chez leurs enfants pendant la durée du traitement. Ces considérations peuvent paraître déplacées, mais il m’a manqué une raison valable pour accepter ce point d’autant que le couple tient énormément à leur maison.

Le deuxième point concernant la durée du traitement : un an. Là encore, quelque chose me gêne dans la vraisemblance. Si Zika avait un cancer et doive subir des chimio régulières, je comprends la nécessité d’être à proximité de l’hôpital, mais pour un traitement (et non une opération) cardiaque, je ne comprends pas pourquoi il faille rester si longtemps sur place. D’autant que si Zika rend compte de ses visites aux médecins au début du roman, très vite il n’en est plus question et on n’ignore en quoi consiste réellement ce traitement.

Certes tout cela peut être des points de détails, mais ils ont nui à ma lecture car, du même coup, la raison de cette correspondance semblait s’asseoir sur un postulat de départ qui, pour moi, ne tenait pas la route. Je suis prête à croire tout ce que me dit un auteur, mais j’ai besoin d’éléments clairs dans le texte pour y croire.

Malheureusement (oui encore), d’autres points ont stoppé mon enthousiasme. Il m’a semblé que Joseph et Zika appartenaient davantage à la génération de mes grands-parents (nés vers 1910) qu’à la génération de ma mère du même âge pourtant que les personnages de ce roman. Le style des lettres, les expressions désuètes employées comme « il y a grand plaisir » ou « Tu devrais être heureuse, ma chérie que tes parents se choient encore », les formules comme « Ma très chère femme »; « Mon cher mari », m’ont paru d’un autre temps, bien plus ancien, voire ampoulés surtout pour tes personnes de condition dite modeste. Non que les personnes de condition modeste ne savent pas écrire, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, mais il me semble que ce type d’expressions a un côté précieux qui va mal à des personnes simples, vivement tranquillement depuis des années dans leur maison. J’ai donc senti un décalage entre la perception des personnages que je pouvais m’être faite et leur façon de s’exprimer dans leurs lettres.

En fait je crois que je n’ai pas été sensible à ce couple. Je l’ai trouvé égoïste, très dur parfois avec ses enfants, surtout Zika, et le destin de leur fille m’a au contraire plus touchée, même si le dénouement sombre trop dans le drame. Cet amour m’est apparu comme exclusif, excluant tout jusqu’aux enfants. Le couple est au centre de tout, les autres ne font que tournoyer autour sans parvenir réellement à entrer dans ce cercle magique que Joseph et Zika ont créé autour d’eux. Cet amour a travers les années, qui semblent aussi fort qu’au moment de leur rencontre peut avoir quelque chose de fabuleux, sans doute rêvons-nous tous de nous aimer comme au premier jour, mais l’amour de ces deux êtres m’est apparu ici trop refermé sur lui-même. Isabelle, leur fille, le dit à plusieurs reprises, sa mère parle sans cesse de Joseph, l’évoque sans cesse, rejetant toutes les autres personnes et surtout leurs enfants au second plan. Joseph sans doute est aussi le personnage qui a su le mieux évoluer tout au long du roman, qui a su s’ouvrir aux autres, à ses petits enfants, à sa belle fille et à son fils, celui qui a su, grâce à la distance prendre conscience des autres en dehors de son couple.

Un roman donc que j’ai eu du mal à comprendre, qui parfois m’a mise parfois mal à l’aise par des scènes un peu excessives, mais qui a su en séduire d’autres que moi.

Roman lu dans le cadre du Challenge Ô vieillesse ennemie, du Challenge 1% Littéraire Rentrée 2012, Challenge Petit Bac 2013 liste principale Cat. OBJET (vase) et Challenge Amoureux saison 3 cat. Amours contemporaines.

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48 Commentaires

  1. Je comprends ce qui t’a gênée car j’ai ressenti le même sentiment de flou face à l’abandon de la maison et je suis contente de voir que toi aussi. Mais par ailleurs j’ai trouvé que c’était vraiment un très beau texte. Je comprends aussi ton sentiment sur le ton employé car ma mère est également septuagénaire, est très active et ne s’exprime pas comme ça, de façon surannée, même par écrit. Mais en même temps j’ai un oncle et une tante octogénaires que, par contre, je verrais bien s’exprimer ainsi par écrit. D’ailleurs ils écrivent beaucoup 😉
    Enfin bref, heureuse de lire plein de lecteurs s’exprimant sur ce texte.
    Bon week-end, George.

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  2. Ca y est j’ai pris le temps de lire ces intéressants échanges de commentaires 😉

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