« Héroïnes » Sarah-Jane STRATFORD.


J’achète très peu de formats brochés, préférant attendre une sortie en poche un ou deux ans plus tard, mais là, je n’ai pas pu résister à cette couverture sublime. De toute façon, c’est simple, dès qu’il y a une machine à écrire, je craque. Bien évidemment, la lecture de la 4e de couv. a intensifié la tentation.

New-York années 50. Phoebe Adler travaille comme scénariste sur une petite chaîne télé locale. Elle écrit des feuilletons policiers qui remportent un certain succès. Sa sœur, Mona, vit à l’hôpital depuis des années, atteinte d’une déficience immunitaire ; leurs parents sont décédés. A Hollywood, Phoebe partage son appartement avec la séduisante Anna, dessinatrice. Sa vie se résume à son travail et aux visites à l’hôpital, et si sa sœur l’incite à profiter pour deux, à sortir, à rencontrer du monde, Phoebe a du mal à s’y résoudre. Sauf que les événements vont finalement l’y contraindre. Accusée d’être une sympathisante communiste, Phoebe décide de fuir à Londres le maccarthysme quand elle reçoit une demande à comparaître. Une fois à Londres, elle va trouver Hannah Wolson, productrice de séries télévisées qui embauche des scénaristes américains blacklistés aux USA.

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Descente en librairie par temps de confinement…


Puisque que la plupart des magasins sont fermés, puisque les cinéma, les musées, les théâtres, les restaurants, les bistrots ont toujours porte close, il ne reste plus que les librairies pour accueillir nos déambulations, notre envie de sortir pour autre chose que des rendez-vous médicaux ou faire les courses de bouffe… Notre accès à la culture reste donc les librairies, Dieu merci… et la télé, certes, enfin Netflix ou Amazon Prime, c’est-à-dire les séries, mais c’est toujours rester chez soi. Alors hier, profitant du beau temps, mon fils et moi nous sommes embarqués dans une petite virée en librairie.

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« Journée exceptionnelle du déclin de Samuel Cramer » Agnès MICHAUX – Rentrée Littéraire 2016 #3


Michaux agnés Samuel CramerJe connaissais Agnès Michaux quand elle était chroniqueuse à la télé, il y a maintenant plusieurs années, autour des années 90, je crois. Je  n’avais jamais eu encore l’occasion de la lire, voilà qui est fait avec son dernier roman à paraître chez Belfond au 1er septembre : Journée exceptionnelle du déclin de Samuel Cramer.

Le roman m’a été envoyé d’office, mais en découvrant la 4ème de couverture, je me suis dit que l’attachée de presse connaissait bien mes goûts, puisqu’il devait être question d’un personnage écrivain, et d’autres écrivains tel Baudelaire, Rimbaud, Duras ou encore Houellecbecq. J’ai donc entamé ce roman cette après-midi dans ma célèbre chaise longue, espérant quelques souffles d’air dans cette journée encore caniculaire. Et je suis parvenue à le finir.

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« La Petite barbare » Astrid MANFREDI – Rentrée Littéraire 2015 #2


Manfredi barbareAstrid Manfredi tient un blog dont le titre m’a toujours plu : Laisse parler les fillesDans ce premier roman, elle laisse parler une fille. Une fille belle à faire fantasmer les mecs, une gamine de 23 ans qui a poussé sur le bitume d’une banlieue, une fleur du mal, une femme fatale nouvelle génération. Elle a compris toute jeune que sa plastique était son meilleur atout, le moyen facile de boire du champagne et d’arpenter les Champs Elysée dans des robes à paillettes et des escarpins pointus. Elle est l’appât d’un gang dirigé par Esba, son ami, celui qui ne l’a jamais regardé avec des yeux avides de désirs sales, vicieux ou concupiscents : Lui, noir et prophétique, la taille prise dans des costumes hors de prix (p.72). Ensemble, ils détroussent les friqués, ceux pour qui tout a réussi, les tout-puissants qui tombent dans le panneau d’un sourire et d’une robe trop sexy.

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Bilan mensuel de lectures : Juillet 2015.


logo-bilan-mensuel1Vous vous en doutez, ce bilan de Juillet va être plus conséquent que ceux de ces derniers mois. Après une année où j’ai été quelque peu frustrée par mon manque de temps dédié à la lecture, je me suis largement rattrapée lors de ce premier mois de vacances estivales et compte bien récidiver en août ! Plus de la moitié des livres lus ce mois-ci l’a été sur une période de 10 jours, c’est dire que à quel point ma boulimie de lecture était grande. Comme je le disais dans un précédent billet, j’ai voulu également reprendre le rythme : un livre de ma PAL, un livre reçu en SP, et je m’y suis bien tenue. Seul bémol, je n’ai pas encore eu le temps de mettre les billets en ligne mais tous sont rédigés sur un grand cahier Moleskine. Je n’ai pas voulu faire la même erreur que l’an dernier et il m’est trop difficile de rédiger un billet de lecture plusieurs jours après ma lecture. J’ai donc aussi retrouvé le plaisir d’écrire au stylo plume sur un cahier au papier doux comme du velours. Les billets apparaîtront donc sur le blog au cours de ce mois d’août. Je ferai sans doute de même pour mes lectures d’août.

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« Il est de retour » de Timur VERMES


Vermes il est de retourEt si Adolf Hitler se réveillait dans Berlin un matin de 2011 que se passerait-il ? Tel est le postulat de départ de Timur Vermes, journaliste allemand, de mère allemande et de père juif hongrois. Postulat intéressant et qui émerge dans un contexte international où les faits antisémites semblent refaire surface. Surfant à la fois sur le roman historique (avec des analepses sur le passé politique d’Hitler) et la veine burlesque (au sens littéraire du terme) et ironique, Timur Vermes dresse un portrait de notre époque et de l’Allemagne actuelle. Se servant d’un oeil naïf (pas tant que cela cependant), l’auteur balade son Hitler dans le Berlin moderne et notamment dans le milieu des médias (télévision, presse, youtube…). Montesquieu avait pris des Persans pour parler des parisiens du XVIIIe. S’il gardait la même époque, il se servait des Persans, issu d’un pays lointain aux moeurs différentes, pour donner un regard distancié sur les moeurs françaises. Ici, Timur Vermes conserve le lieu mais change d’époque entraînant certains parallèles qui font froids dans le dos.

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« Le bonheur n’est pas un sport de jeune fille » Elise TIELROOY


tielrooy le bonheurElise Tielrooy est essentiellement connue par son métier d’actrice. J’avais eu la chance de la rencontrer à une table ronde organisée par Belfond lors du dernier Salon du Livre de Paris, et donc d’obtenir des infos en primeur. Un congés maternité l’a décidée à se mettre à l’écriture. Le bonheur n’est pas un sport de jeune fille est donc un premier roman paru chez Belfond en mai dernier.

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« Une visite surprise » Claudie PERNUSCH


pernusch visite surprisePaulin vit à Soulac-Sur-Mer, en Gironde, région dans laquelle l’auteure a passé son enfance. Après une expérience difficile dans l’enseignement, Paulin a décidé de refaire sa vie dans sa ville natale en tenant une boutique pour touristes. Il entretient une relation intense avec Léna, pharmacienne à Bordeaux. Très centrés sur leur couple, Paulin et Léna sont heureux et n’envisagent par d’agrandir leur famille, Léna est d’ailleurs totalement hostile à l’idée d’être mère. Aussi quand Louise, une jeune femme croisée dans sa jeunesse, annonce à Paulin qu’il est père d’une petite fille de 9 ans, Mine, cette nouvelle va bouleverser le fragile équilibre retrouvé.

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« Le Vase où meurt cette verveine » de Frédérique MARTIN – Rentrée Littéraire 2012


martin le vase où meurt cette verveine lecture en coursJoseph et Zika sont septuagénaires, il habitent une maison entourée d’un jardin dont ils s’occupent avec passion. Zika est malade du cœur. Après un malaise inquiétant, elle doit suivre un traitement dans un hôpital parisien. Joseph et Zika ont deux enfants : un fils et une fille. Le premier vit à Montfort, la seconde à Paris. Leur fille refuse d’accueillir ensemble ses parents. Joseph s’installe alors chez leur fils et Zika, bien sûr à Paris près de l’hôpital. Ils quittent alors leur maison qu’ils louaient depuis de très longues années. Séparés pour la première fois de leur longue vie, Joseph et Zika vont commencer une correspondance.

De plus en plus, me semble-t-il, les auteurs s’intéressent aux personnes âgées, ils leur donnent une place principale dans leur roman. Ici, dans ce roman épistolaire, nous découvrons donc un couple très aimant, très uni, que la vie semble avoir épargné, de condition modeste et menant une existence douce dans leur maison qu’ils chérissent. La séparation de ce couple est donc double : ils sont physiquement séparés, mais séparés aussi de leur maison et donc de tout ce qu’ils ont vécu. Le sentiment de perte est donc important, et ils se retrouvent désorientés, sans repère, ont perdu leur place. L’amour qui les lit fortement entraîne des lettres tendres aux accents presque adolescents.

Je sais que ce roman a plu à de nombreux lecteurs, malheureusement je n’ai pas ressenti le même engouement pour les raisons que je vais tenter d’expliquer ici.

Tout d’abord plusieurs points concernant l’intrigue m’ont gênée. Le premier est que je ne m’explique pas pourquoi le couple doit rendre les clefs de leur maison. Cette incompréhension m’a poursuivie durant toute ma lecture et je n’ai rien trouvé qui justifie cela. Si Zika doit suivre un traitement, elle est censée pouvoir rentrer chez elle à la fin du traitement. Même s’ils sont de condition modeste, s’ils sont parvenus à payer jusqu’à présent leur location, pourquoi ne le pourraient-ils plus pendant le traitement, d’autant qu’ils sont logés gratuitement chez leurs enfants pendant la durée du traitement. Ces considérations peuvent paraître déplacées, mais il m’a manqué une raison valable pour accepter ce point d’autant que le couple tient énormément à leur maison.

Le deuxième point concernant la durée du traitement : un an. Là encore, quelque chose me gêne dans la vraisemblance. Si Zika avait un cancer et doive subir des chimio régulières, je comprends la nécessité d’être à proximité de l’hôpital, mais pour un traitement (et non une opération) cardiaque, je ne comprends pas pourquoi il faille rester si longtemps sur place. D’autant que si Zika rend compte de ses visites aux médecins au début du roman, très vite il n’en est plus question et on n’ignore en quoi consiste réellement ce traitement.

Certes tout cela peut être des points de détails, mais ils ont nui à ma lecture car, du même coup, la raison de cette correspondance semblait s’asseoir sur un postulat de départ qui, pour moi, ne tenait pas la route. Je suis prête à croire tout ce que me dit un auteur, mais j’ai besoin d’éléments clairs dans le texte pour y croire.

Malheureusement (oui encore), d’autres points ont stoppé mon enthousiasme. Il m’a semblé que Joseph et Zika appartenaient davantage à la génération de mes grands-parents (nés vers 1910) qu’à la génération de ma mère du même âge pourtant que les personnages de ce roman. Le style des lettres, les expressions désuètes employées comme « il y a grand plaisir » ou « Tu devrais être heureuse, ma chérie que tes parents se choient encore », les formules comme « Ma très chère femme »; « Mon cher mari », m’ont paru d’un autre temps, bien plus ancien, voire ampoulés surtout pour tes personnes de condition dite modeste. Non que les personnes de condition modeste ne savent pas écrire, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, mais il me semble que ce type d’expressions a un côté précieux qui va mal à des personnes simples, vivement tranquillement depuis des années dans leur maison. J’ai donc senti un décalage entre la perception des personnages que je pouvais m’être faite et leur façon de s’exprimer dans leurs lettres.

En fait je crois que je n’ai pas été sensible à ce couple. Je l’ai trouvé égoïste, très dur parfois avec ses enfants, surtout Zika, et le destin de leur fille m’a au contraire plus touchée, même si le dénouement sombre trop dans le drame. Cet amour m’est apparu comme exclusif, excluant tout jusqu’aux enfants. Le couple est au centre de tout, les autres ne font que tournoyer autour sans parvenir réellement à entrer dans ce cercle magique que Joseph et Zika ont créé autour d’eux. Cet amour a travers les années, qui semblent aussi fort qu’au moment de leur rencontre peut avoir quelque chose de fabuleux, sans doute rêvons-nous tous de nous aimer comme au premier jour, mais l’amour de ces deux êtres m’est apparu ici trop refermé sur lui-même. Isabelle, leur fille, le dit à plusieurs reprises, sa mère parle sans cesse de Joseph, l’évoque sans cesse, rejetant toutes les autres personnes et surtout leurs enfants au second plan. Joseph sans doute est aussi le personnage qui a su le mieux évoluer tout au long du roman, qui a su s’ouvrir aux autres, à ses petits enfants, à sa belle fille et à son fils, celui qui a su, grâce à la distance prendre conscience des autres en dehors de son couple.

Un roman donc que j’ai eu du mal à comprendre, qui parfois m’a mise parfois mal à l’aise par des scènes un peu excessives, mais qui a su en séduire d’autres que moi.

Roman lu dans le cadre du Challenge Ô vieillesse ennemie, du Challenge 1% Littéraire Rentrée 2012, Challenge Petit Bac 2013 liste principale Cat. OBJET (vase) et Challenge Amoureux saison 3 cat. Amours contemporaines.

challenge o vieillesse ennemiechallenge 1% littéraire 2012challenge Petit Bac 2013Challenge Amoureux saison 3

« Le Cahier des mots perdus » de Béatrice WILMOS


wilmos le cahier des mots perdusNous sommes à Marseille en 1940. Jeanne et sa mère Blanche sont dans un café et attendent la venue de Thomas, un ami des parents de Blanche et qu’elle connaît depuis son enfance. Allemand, il a fui son pays devant la montée du nazisme et la répression visant les intellectuels depuis l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Alors que Thomas vient d’arriver au café, il est pris, avec Blanche, dans une rafle. Poussés dans un fourgon, ils laissent Jeanne seule dans le café. Celle-ci, totalement désorientée, serre le sac de sa mère. Elle erre quelque temps dans Marseille, cherchant l’hôtel où sa mère avait réservé une chambre. C’est dans cette chambre, en attendant le retour de Blanche et de Thomas, qu’elle se remémore les évènements qui les ont conduites, elle et sa mère, à Marseille et dans ce café.

Ce roman peut être découpé en trois parties : les souvenirs de Jeanne ; la lecture du cahier que sa mère écrivait durant la longue attente de plusieurs jours dans le café et le dénouement.

Il y a beaucoup de choses dans ce roman, et ce qui m’a surtout intéressée sont les passages sur la répression des intellectuels, des artistes et des journalistes en Allemagne après l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Ces passages à la fois historiques et romanesques sont passionnants car ils montrent l’importance de ces hommes et de ces femmes qui étaient déjà, avant les camps de concentration pour juifs, envoyés dans des camps terribles où beaucoup sont morts. Ils montrent comment un pouvoir peut bâillonner la pensée, la liberté d’expression pour asseoir une politique, pour éviter les oppositions, ils montrent aussi la valeur contestataire de la littérature ou de l’art, sa valeur de liberté aussi, que la littérature n’est pas faite que pour divertir mais pour faire réagir, pour combattre, pour faire circuler des idées.

Quand Béatrice Wilmos évoque l’occupation du point de vue de Thomas, du point de vue du réfugié, elle montre une autre facette de l’occupation. Elle évoque également la fuite des intellectuels et des artistes aux États-Unis, leur longue attente pour obtenir les papiers vers la liberté.

J’ai été moins convaincue par l’intrigue romanesque. Il m’a semblé que la première partie qui évoque les mois voire les années passées, et qui sont racontés par la petite Jeanne était certes bien menée, mais je doute qu’une petite fille de 10 ans ait une telle acuité sur les évènements qui l’entourent, sur les préoccupations des adultes et surtout qu’elle s’en souvienne aussi bien. De même la lecture du cahier de Blanche par Jeanne m’a paru redondante par rapport à la première partie. Certes ce cahier permet d’éclaircir certains faits évoqués dans les souvenirs de Jeanne, mais il y a, à mon sens, trop de répétitions, de retours sur des évènements déjà narrés précédemment. De plus, la lecture de ce cahier rompt le rythme du roman, et finalement, à mon sens, n’apporte rien de vraiment nouveau. Enfin, Blanche revenant sur son enfance, sur sa relation avec Thomas quand elle était encore petite fille, crée un doublon avec la relation de Jeanne et le même Thomas, on se retrouve avec deux petites filles toutes les deux impressionnées par cet homme, certes charismatique et à deux moments très différents de sa vie, mais cela m’a gêné et j’ai perçu cela, encore, comme une redite concernant, cette fois, les sentiments des deux héroïnes.

Enfin, je ne suis pas parvenue à comprendre le personnage de Blanche qui fait tout passer après son amour pour Thomas, jusqu’à abandonner sa fille dans un café en pleine rafle. Pour moi, cette réaction m’est viscéralement incompréhensible et d’un égoïsme monstrueux. L’amour de cette femme pour Thomas, cette passion obsédante, en dehors de toute raison, est un amour égocentrique, jaloux, que Béatrice Wilmos décrit en effet, mais un amour à sens unique qui a sans doute quelque chose de pathologique et face auquel je suis restée très distante.

Le personnage de Thomas est bien la figure tutélaire de ce roman, il en est réellement le pilier, il passionne par son destin, ses convictions, son intelligence, sa beauté aussi sans que l’auteur tombe dans le cliché du beau ténébreux. Il a une vraie consistance, une vraie densité.

Une lecture en demie-teinte, donc.

Roman lu dans le cadre du Challenge Le nez dans les livres et Challenge Amoureux Saison 3 (Amours Historiques).

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