« Journée exceptionnelle du déclin de Samuel Cramer » Agnès MICHAUX – Rentrée Littéraire 2016 #3


Michaux agnés Samuel CramerJe connaissais Agnès Michaux quand elle était chroniqueuse à la télé, il y a maintenant plusieurs années, autour des années 90, je crois. Je  n’avais jamais eu encore l’occasion de la lire, voilà qui est fait avec son dernier roman à paraître chez Belfond au 1er septembre : Journée exceptionnelle du déclin de Samuel Cramer.

Le roman m’a été envoyé d’office, mais en découvrant la 4ème de couverture, je me suis dit que l’attachée de presse connaissait bien mes goûts, puisqu’il devait être question d’un personnage écrivain, et d’autres écrivains tel Baudelaire, Rimbaud, Duras ou encore Houellecbecq. J’ai donc entamé ce roman cette après-midi dans ma célèbre chaise longue, espérant quelques souffles d’air dans cette journée encore caniculaire. Et je suis parvenue à le finir.

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« La Petite barbare » Astrid MANFREDI – Rentrée Littéraire 2015 #2


Manfredi barbareAstrid Manfredi tient un blog dont le titre m’a toujours plu : Laisse parler les fillesDans ce premier roman, elle laisse parler une fille. Une fille belle à faire fantasmer les mecs, une gamine de 23 ans qui a poussé sur le bitume d’une banlieue, une fleur du mal, une femme fatale nouvelle génération. Elle a compris toute jeune que sa plastique était son meilleur atout, le moyen facile de boire du champagne et d’arpenter les Champs Elysée dans des robes à paillettes et des escarpins pointus. Elle est l’appât d’un gang dirigé par Esba, son ami, celui qui ne l’a jamais regardé avec des yeux avides de désirs sales, vicieux ou concupiscents : Lui, noir et prophétique, la taille prise dans des costumes hors de prix (p.72). Ensemble, ils détroussent les friqués, ceux pour qui tout a réussi, les tout-puissants qui tombent dans le panneau d’un sourire et d’une robe trop sexy.

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Bilan mensuel de lectures : Juillet 2015.


logo-bilan-mensuel1Vous vous en doutez, ce bilan de Juillet va être plus conséquent que ceux de ces derniers mois. Après une année où j’ai été quelque peu frustrée par mon manque de temps dédié à la lecture, je me suis largement rattrapée lors de ce premier mois de vacances estivales et compte bien récidiver en août ! Plus de la moitié des livres lus ce mois-ci l’a été sur une période de 10 jours, c’est dire que à quel point ma boulimie de lecture était grande. Comme je le disais dans un précédent billet, j’ai voulu également reprendre le rythme : un livre de ma PAL, un livre reçu en SP, et je m’y suis bien tenue. Seul bémol, je n’ai pas encore eu le temps de mettre les billets en ligne mais tous sont rédigés sur un grand cahier Moleskine. Je n’ai pas voulu faire la même erreur que l’an dernier et il m’est trop difficile de rédiger un billet de lecture plusieurs jours après ma lecture. J’ai donc aussi retrouvé le plaisir d’écrire au stylo plume sur un cahier au papier doux comme du velours. Les billets apparaîtront donc sur le blog au cours de ce mois d’août. Je ferai sans doute de même pour mes lectures d’août.

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« Il est de retour » de Timur VERMES


Vermes il est de retourEt si Adolf Hitler se réveillait dans Berlin un matin de 2011 que se passerait-il ? Tel est le postulat de départ de Timur Vermes, journaliste allemand, de mère allemande et de père juif hongrois. Postulat intéressant et qui émerge dans un contexte international où les faits antisémites semblent refaire surface. Surfant à la fois sur le roman historique (avec des analepses sur le passé politique d’Hitler) et la veine burlesque (au sens littéraire du terme) et ironique, Timur Vermes dresse un portrait de notre époque et de l’Allemagne actuelle. Se servant d’un oeil naïf (pas tant que cela cependant), l’auteur balade son Hitler dans le Berlin moderne et notamment dans le milieu des médias (télévision, presse, youtube…). Montesquieu avait pris des Persans pour parler des parisiens du XVIIIe. S’il gardait la même époque, il se servait des Persans, issu d’un pays lointain aux moeurs différentes, pour donner un regard distancié sur les moeurs françaises. Ici, Timur Vermes conserve le lieu mais change d’époque entraînant certains parallèles qui font froids dans le dos.

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« Le bonheur n’est pas un sport de jeune fille » Elise TIELROOY


tielrooy le bonheurElise Tielrooy est essentiellement connue par son métier d’actrice. J’avais eu la chance de la rencontrer à une table ronde organisée par Belfond lors du dernier Salon du Livre de Paris, et donc d’obtenir des infos en primeur. Un congés maternité l’a décidée à se mettre à l’écriture. Le bonheur n’est pas un sport de jeune fille est donc un premier roman paru chez Belfond en mai dernier.

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« Une visite surprise » Claudie PERNUSCH


pernusch visite surprisePaulin vit à Soulac-Sur-Mer, en Gironde, région dans laquelle l’auteure a passé son enfance. Après une expérience difficile dans l’enseignement, Paulin a décidé de refaire sa vie dans sa ville natale en tenant une boutique pour touristes. Il entretient une relation intense avec Léna, pharmacienne à Bordeaux. Très centrés sur leur couple, Paulin et Léna sont heureux et n’envisagent par d’agrandir leur famille, Léna est d’ailleurs totalement hostile à l’idée d’être mère. Aussi quand Louise, une jeune femme croisée dans sa jeunesse, annonce à Paulin qu’il est père d’une petite fille de 9 ans, Mine, cette nouvelle va bouleverser le fragile équilibre retrouvé.

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« Le Vase où meurt cette verveine » de Frédérique MARTIN – Rentrée Littéraire 2012


martin le vase où meurt cette verveine lecture en coursJoseph et Zika sont septuagénaires, il habitent une maison entourée d’un jardin dont ils s’occupent avec passion. Zika est malade du cœur. Après un malaise inquiétant, elle doit suivre un traitement dans un hôpital parisien. Joseph et Zika ont deux enfants : un fils et une fille. Le premier vit à Montfort, la seconde à Paris. Leur fille refuse d’accueillir ensemble ses parents. Joseph s’installe alors chez leur fils et Zika, bien sûr à Paris près de l’hôpital. Ils quittent alors leur maison qu’ils louaient depuis de très longues années. Séparés pour la première fois de leur longue vie, Joseph et Zika vont commencer une correspondance.

De plus en plus, me semble-t-il, les auteurs s’intéressent aux personnes âgées, ils leur donnent une place principale dans leur roman. Ici, dans ce roman épistolaire, nous découvrons donc un couple très aimant, très uni, que la vie semble avoir épargné, de condition modeste et menant une existence douce dans leur maison qu’ils chérissent. La séparation de ce couple est donc double : ils sont physiquement séparés, mais séparés aussi de leur maison et donc de tout ce qu’ils ont vécu. Le sentiment de perte est donc important, et ils se retrouvent désorientés, sans repère, ont perdu leur place. L’amour qui les lit fortement entraîne des lettres tendres aux accents presque adolescents.

Je sais que ce roman a plu à de nombreux lecteurs, malheureusement je n’ai pas ressenti le même engouement pour les raisons que je vais tenter d’expliquer ici.

Tout d’abord plusieurs points concernant l’intrigue m’ont gênée. Le premier est que je ne m’explique pas pourquoi le couple doit rendre les clefs de leur maison. Cette incompréhension m’a poursuivie durant toute ma lecture et je n’ai rien trouvé qui justifie cela. Si Zika doit suivre un traitement, elle est censée pouvoir rentrer chez elle à la fin du traitement. Même s’ils sont de condition modeste, s’ils sont parvenus à payer jusqu’à présent leur location, pourquoi ne le pourraient-ils plus pendant le traitement, d’autant qu’ils sont logés gratuitement chez leurs enfants pendant la durée du traitement. Ces considérations peuvent paraître déplacées, mais il m’a manqué une raison valable pour accepter ce point d’autant que le couple tient énormément à leur maison.

Le deuxième point concernant la durée du traitement : un an. Là encore, quelque chose me gêne dans la vraisemblance. Si Zika avait un cancer et doive subir des chimio régulières, je comprends la nécessité d’être à proximité de l’hôpital, mais pour un traitement (et non une opération) cardiaque, je ne comprends pas pourquoi il faille rester si longtemps sur place. D’autant que si Zika rend compte de ses visites aux médecins au début du roman, très vite il n’en est plus question et on n’ignore en quoi consiste réellement ce traitement.

Certes tout cela peut être des points de détails, mais ils ont nui à ma lecture car, du même coup, la raison de cette correspondance semblait s’asseoir sur un postulat de départ qui, pour moi, ne tenait pas la route. Je suis prête à croire tout ce que me dit un auteur, mais j’ai besoin d’éléments clairs dans le texte pour y croire.

Malheureusement (oui encore), d’autres points ont stoppé mon enthousiasme. Il m’a semblé que Joseph et Zika appartenaient davantage à la génération de mes grands-parents (nés vers 1910) qu’à la génération de ma mère du même âge pourtant que les personnages de ce roman. Le style des lettres, les expressions désuètes employées comme « il y a grand plaisir » ou « Tu devrais être heureuse, ma chérie que tes parents se choient encore », les formules comme « Ma très chère femme »; « Mon cher mari », m’ont paru d’un autre temps, bien plus ancien, voire ampoulés surtout pour tes personnes de condition dite modeste. Non que les personnes de condition modeste ne savent pas écrire, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, mais il me semble que ce type d’expressions a un côté précieux qui va mal à des personnes simples, vivement tranquillement depuis des années dans leur maison. J’ai donc senti un décalage entre la perception des personnages que je pouvais m’être faite et leur façon de s’exprimer dans leurs lettres.

En fait je crois que je n’ai pas été sensible à ce couple. Je l’ai trouvé égoïste, très dur parfois avec ses enfants, surtout Zika, et le destin de leur fille m’a au contraire plus touchée, même si le dénouement sombre trop dans le drame. Cet amour m’est apparu comme exclusif, excluant tout jusqu’aux enfants. Le couple est au centre de tout, les autres ne font que tournoyer autour sans parvenir réellement à entrer dans ce cercle magique que Joseph et Zika ont créé autour d’eux. Cet amour a travers les années, qui semblent aussi fort qu’au moment de leur rencontre peut avoir quelque chose de fabuleux, sans doute rêvons-nous tous de nous aimer comme au premier jour, mais l’amour de ces deux êtres m’est apparu ici trop refermé sur lui-même. Isabelle, leur fille, le dit à plusieurs reprises, sa mère parle sans cesse de Joseph, l’évoque sans cesse, rejetant toutes les autres personnes et surtout leurs enfants au second plan. Joseph sans doute est aussi le personnage qui a su le mieux évoluer tout au long du roman, qui a su s’ouvrir aux autres, à ses petits enfants, à sa belle fille et à son fils, celui qui a su, grâce à la distance prendre conscience des autres en dehors de son couple.

Un roman donc que j’ai eu du mal à comprendre, qui parfois m’a mise parfois mal à l’aise par des scènes un peu excessives, mais qui a su en séduire d’autres que moi.

Roman lu dans le cadre du Challenge Ô vieillesse ennemie, du Challenge 1% Littéraire Rentrée 2012, Challenge Petit Bac 2013 liste principale Cat. OBJET (vase) et Challenge Amoureux saison 3 cat. Amours contemporaines.

challenge o vieillesse ennemiechallenge 1% littéraire 2012challenge Petit Bac 2013Challenge Amoureux saison 3

« Le Cahier des mots perdus » de Béatrice WILMOS


wilmos le cahier des mots perdusNous sommes à Marseille en 1940. Jeanne et sa mère Blanche sont dans un café et attendent la venue de Thomas, un ami des parents de Blanche et qu’elle connaît depuis son enfance. Allemand, il a fui son pays devant la montée du nazisme et la répression visant les intellectuels depuis l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Alors que Thomas vient d’arriver au café, il est pris, avec Blanche, dans une rafle. Poussés dans un fourgon, ils laissent Jeanne seule dans le café. Celle-ci, totalement désorientée, serre le sac de sa mère. Elle erre quelque temps dans Marseille, cherchant l’hôtel où sa mère avait réservé une chambre. C’est dans cette chambre, en attendant le retour de Blanche et de Thomas, qu’elle se remémore les évènements qui les ont conduites, elle et sa mère, à Marseille et dans ce café.

Ce roman peut être découpé en trois parties : les souvenirs de Jeanne ; la lecture du cahier que sa mère écrivait durant la longue attente de plusieurs jours dans le café et le dénouement.

Il y a beaucoup de choses dans ce roman, et ce qui m’a surtout intéressée sont les passages sur la répression des intellectuels, des artistes et des journalistes en Allemagne après l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Ces passages à la fois historiques et romanesques sont passionnants car ils montrent l’importance de ces hommes et de ces femmes qui étaient déjà, avant les camps de concentration pour juifs, envoyés dans des camps terribles où beaucoup sont morts. Ils montrent comment un pouvoir peut bâillonner la pensée, la liberté d’expression pour asseoir une politique, pour éviter les oppositions, ils montrent aussi la valeur contestataire de la littérature ou de l’art, sa valeur de liberté aussi, que la littérature n’est pas faite que pour divertir mais pour faire réagir, pour combattre, pour faire circuler des idées.

Quand Béatrice Wilmos évoque l’occupation du point de vue de Thomas, du point de vue du réfugié, elle montre une autre facette de l’occupation. Elle évoque également la fuite des intellectuels et des artistes aux États-Unis, leur longue attente pour obtenir les papiers vers la liberté.

J’ai été moins convaincue par l’intrigue romanesque. Il m’a semblé que la première partie qui évoque les mois voire les années passées, et qui sont racontés par la petite Jeanne était certes bien menée, mais je doute qu’une petite fille de 10 ans ait une telle acuité sur les évènements qui l’entourent, sur les préoccupations des adultes et surtout qu’elle s’en souvienne aussi bien. De même la lecture du cahier de Blanche par Jeanne m’a paru redondante par rapport à la première partie. Certes ce cahier permet d’éclaircir certains faits évoqués dans les souvenirs de Jeanne, mais il y a, à mon sens, trop de répétitions, de retours sur des évènements déjà narrés précédemment. De plus, la lecture de ce cahier rompt le rythme du roman, et finalement, à mon sens, n’apporte rien de vraiment nouveau. Enfin, Blanche revenant sur son enfance, sur sa relation avec Thomas quand elle était encore petite fille, crée un doublon avec la relation de Jeanne et le même Thomas, on se retrouve avec deux petites filles toutes les deux impressionnées par cet homme, certes charismatique et à deux moments très différents de sa vie, mais cela m’a gêné et j’ai perçu cela, encore, comme une redite concernant, cette fois, les sentiments des deux héroïnes.

Enfin, je ne suis pas parvenue à comprendre le personnage de Blanche qui fait tout passer après son amour pour Thomas, jusqu’à abandonner sa fille dans un café en pleine rafle. Pour moi, cette réaction m’est viscéralement incompréhensible et d’un égoïsme monstrueux. L’amour de cette femme pour Thomas, cette passion obsédante, en dehors de toute raison, est un amour égocentrique, jaloux, que Béatrice Wilmos décrit en effet, mais un amour à sens unique qui a sans doute quelque chose de pathologique et face auquel je suis restée très distante.

Le personnage de Thomas est bien la figure tutélaire de ce roman, il en est réellement le pilier, il passionne par son destin, ses convictions, son intelligence, sa beauté aussi sans que l’auteur tombe dans le cliché du beau ténébreux. Il a une vraie consistance, une vraie densité.

Une lecture en demie-teinte, donc.

Roman lu dans le cadre du Challenge Le nez dans les livres et Challenge Amoureux Saison 3 (Amours Historiques).

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Salon du Livre de Paris 2013 : Vendredi 22 Mars


salon-livre-paris-2013-22-25-marsRetour au Salon du Livre hier aux alentours de 13h. Déjà trop affamées, Miss Bouquinaix et moi avons dévoré nos sandwichs dans le RER. Nous avons pris au vol Lili Galipette et après un petit périple en métro avons pénétré dans l’antre désiré.

Hier, la journée était dédiée à plusieurs retrouvailles, mais pour commencer nous avons attaqué par le stand monumental d’Actes Sud. Si certains stands sont beaucoup plus restreints que l’an dernier (comme 10/18 par exemple), Actes Sud a prospéré, notamment les tables pour leurs polars. Déjà quelques livres atterrissent dans nos mains avides. Nous retrouvons Val.

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Quand on se retrouve sur le salon, après les présentations, les bises, les « comment ça va? », la question qui vient, qui brûle, est toujours : « Alors ? Tu as acheté quoi ? ». Cette question sera posée et reposée, sans lassitude parfois plusieurs fois à la même personne. Il suffit que nous nous séparions quelques temps sur le salon pour que, une fois à nouveau ensemble, nous faisions le point sur nos achats.

Cette après-midi, beaucoup de monde dans les allées, des hordes de collégiens, écoliers en folie, déguisés en Spirou ou en Titeuf ! Mais, nous sommes combattantes et peu farouches ! Aussi, la Miss, Val et moi n’avons pas reculé devant l’adversité. Les stands se sont succédé avec quelques achats à la clef, mais pas toujours : Joelle Losfeld, discussion avec la personne qui tenait le stand et qui nous annonce que la maison a été acheté par Gallimard, mais garde sont indépendance éditoriale ; L’École des Loisirs, je trouve un album pour Eliot, et comme toujours nous avons droit à de belles cartes postales et à une affiche.

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Hommage à Mario Ramos sur le stand de L’École des Loisirs

Arrêt aussi sur le stand Christian Bourgeois, sur lequel je déniche le dernier roman de Kate Summerscale, parfait pour le Mois Anglais.

15h ! Il est temps de retrouver deux blogueuses, deux amies surtout dont je suis les blogs quotidiennement et qui m’ont permis de les rencontrer : Titine et Miss Léo. La magie opère. L’an dernier Titine et moi avions été frustrées de n’avoir pas eu le temps de plus nous parler. Pour vous donner une idée, je peux vous dire que nous nous sommes bien rattrapées ! Je ne connaissais pas encore Miss Léo, mais elle est tellement à l’image de son blog et de nos échanges sur FB que, très très vite, nous nous parlions comme si nous nous connaissions depuis toujours. Sur le stand de Phébus, où nous nous étions donné rendez-vous, notre conversation s’oriente très vite sur Wilkie Collins (of course !), nous parlons du futur Mois Anglais et d’un auteur anglais au charme évident vivant dans un grand château en Écosse ! Je vous laisse imaginer…

A 16h, je vais retrouver ma soeur à l’entrée. Nous nous perdons dans les allées, mais cela nous permet de faire quelques trouvailles sur le stand de Magellan et Cie. Sur le stand de Ginkgo, me voilà partie dans un éloge du roman d’Isabelle Marsay, Le Fils de Jean-Jacques, qui se trouve sur la table. Après mon speech, j’entends : « Merci ». Je lève la tête et là je constate que l’attaché de presse n’avait pas perdu un mot de mon éloge. Je me présente et elle me dit qu’elle connaît mon blog. Ben voilà, ça c’est fait !

Après avoir cherché en vain, le Café Barcelone (il faut dire qu’à force de papoter nous étions peu concentrées sur le plan du salon), je finis par envoyer un sms à la Miss pour retrouver le trio. Une fois, enfin rassemblées, la sempiternelle question est posée : les deux Miss ont bien alourdi leur sac, mais Titine est restée sage, rien dans son escarcelle.

Titine  nous raconte qu’elle est tombée par hasard sur une fiche fixée sur un roman de chez Albin Michel. Une fiche format carte-postale, éditée par Babelio, et qui présente un avis des internautes de la communauté. C’est ainsi que Titine a eu la surprise de découvrir son propre pseudo sur l’une de ses fiches. Nous sommes étonnées qu’elle n’ait pas été au courant de cette opération, mais du coup nous refaisons un tour des stands à la recherche des dites fiches pour voir si, par hasard, nos speudos ne s’y trouveraient pas, une vraie chasse au trésor. En vain. Seule Titine est la star.

Les jambes et les pieds légèrement en compote, une pause s’impose. Nous décidons d’aller boire quelque chose et de nous poser. Mais avant, ma soeur et moi restons un peu sur le stand Autrement. Un livre sur le féminisme pour ma sœur (oui, c’est de famille !). Enfin posées (Dieu que la terre est basse !), les conversations vont bon train, d’autant que l’heure de la Table Ronde approche à grands pas. Les conseils et les encouragements vont bon train. Non, mais ça va bien se passer. Mais, comme vous le montre la photo, nous restons très souriante et j’affiche alors mon sourire Belfond !

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Titine, votre George, Miss Bouquinaix, Miss Léo

Et là tout se précipite, il est temps d’aller sur le stand Belfond. Nous retrouvons SophieLit, Val, Lili Galipette, l’équipe de Vendredi Lecture : Nathalie, Pauline, Stéphie et Caroline. Les auteurs arrivent petit à petit, nous sommes présentées. Nous nous installons autour d’une table, et c’est parti.

DSCN1553Les premières minutes sont un peu intimidantes pour moi, mais petit à petit, l’ambiance était détendue et amicale, je me sens bien. Les auteurs expliquent leurs rapports aux blogs, et ce qui ressort alors c’est une sorte d’étonnement devant notre capacité à lire, à rédiger. Tous s’étonnent sur le temps que nous devons passer. François Prunier se demande même si nous n’avons pas des assistants. Caroline Vermalle rend hommage aux blogueuses qui ont parlé de son premier roman, et reconnait que si elle est là aujourd’hui, si son dernier roman est en vu, c’est certainement aussi grâce aux blogs.

Les sujets se succèdent et nous avons la sensation, je crois, de leur faire découvrir un monde parallèle, les dessous des blogs qu’ils n’imaginaient pas. Nous évoquons notre rythme de lecture qui a augmenté depuis la création de notre blog, la pression parfois ressentie par la réception de Service Presse, la suspicion aussi qui touche les dits Service Presse. Caroline Vermalle a fait référence à un post sur FB qui évoquait cette suspicion. Elle a expliqué qu’elle avait tenu à faire envoyer sont dernier roman aux blogueuses qui avaient soutenu son premier roman, qu’elle l’avait fait par reconnaissance et amitié et pas dans une vision de com comme le laissait sous-entendre le post.

Nous avons aussi évoqué les affaires houleuses avec certains auteurs ou éditeurs (j’ai placé l’histoire des fers à repasser, hein Cynthia 😉 !). Sophie a d’ailleurs précisé qu’un auteur qui s’en prend à un blogueur ne se rend pas compte parfois que c’est toute une communauté qu’il attaque et que cette communauté est solidaire.

Est venu aussi le sujet problématique parfois des avis négatifs sur nos blogs. Sur ce sujet, les auteurs ont été unanimes, elles sont normales et Frédérique Martin a expliqué que, sur son site, elle mettait les liens autant vers les avis positifs que vers ceux plus mitigés, que c’était le jeu.

Nous avons aussi parlé du plaisir d’écrire notre blog et de leur fréquentation. Nous avons bien sûr toutes reconnu que l’absence de nouveaux billets sur notre blog entraînait une perte de fréquentation, Caroline a souligné qu’elle n’était plus esclave de son blog, qu’elle publiait quand bon lui semblait et tant pis pour la fréquentation, Stéphie était du même avis. A alors été soulevée la question de la pression que l’on peut parfois se mettre, de nos déviances, surtout dans la première année de la création de notre blog, de lire des romans courts pour pouvoir faire des billets (SophieLit, moi-même). Mais, comme j’ai tenu à le dire aussi, cette nécessité d’écrire un billet vient aussi de l’envie d’écrire, tout simplement. Stéphie a également souvent revendiqué notre liberté, notre indépendance et par là même notre volonté d’éviter toute pression. François Prunier nous a encouragé à continuer dans cette voie et nous a même assimilées à des écrivains, rien que ça !

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Nous a été posée la question de savoir si nous avions conscience d’être un média influent. Si nous avons reconnu que le grand nombre de SP que nous recevons était sans doute un indice de l’importance des blogs aujourd’hui dans le paysage médiatique, je crois que nous avons toutes été d’accord pour reconnaître que nous n’avions pas réellement conscience de cette soi-disant influence, que nous faisons notre blog avant tout pour nous faire plaisir.

Au final, les blogueuses ont presque plus parlé que les auteurs. Comme je le disais plus haut, ceux-ci, et ils nous l’ont dit clairement, ont découvert vraiment ce qui se cachait derrière les blogs, que ce soit les échanges constructifs, la multiplication des lectures, nos pratiques, mais aussi les rivalités, les jalousies. Non la blogo n’est pas le pays des Bisounours.

Ce fut une expérience fabuleuse.  Tout d’abord parce que la rencontre avec ces auteurs fut très enrichissante, qu’ils n’étaient pas du tout dans une posture de l’auteur, qu’ils nous ont accueilli sur un pied d’égalité, s’intéressant à ce que nous disions, posant des questions. Ce fut aussi agréable d’avoir enfin l’occasion de parler de nos blogs en dehors de la blogo, de dire ce que nous faisions, d’expliquer aussi que nous ne sommes pas des Critiques, mais avant tout des Lectrices.

Merci aux Editions Belfond, à Caroline Vermalle, à François Prunier, à Frédérique Martin, à Béatrice Wilmos, et aux blogueuses présentes pour ce bel échange. Merci aussi à ma sœur pour son soutien inaltérable, ses photos et bientôt une vidéo, je l’espère.

Voici les achats du jour :

SDL 2013 achats vendredi

Il est temps de lâcher le clavier pour une nouvelle journée sans doute aussi très riche en rencontres !

« L’île des beaux lendemains » de Caroline VERMALLE


vermalle l'îleJ’avais aperçu cette jolie couverture de roman sur quelques blogs que je suis. Or, comme je vais avoir le plaisir de rencontrer l’auteure au Salon du Livre et que j’ai eu la chance de recevoir ce roman de la part des Éditions Belfond, je me suis mise à le lire lundi dans le cadre de mon petit défi perso à moi toute seule (4 jours/4 livres). Je l’ai lu en quatre heures et avec grand plaisir. Je ne connaissais pas cette auteure avant, ce fut donc une réelle découverte et une bonne surprise.

A soixante-treize ans, Jacqueline décide, un peu sur un coup de tête de rendre visite à sa cousine Nane, qu’elle n’a plus revue depuis 1953. Nane vit aujourd’hui sur l’île d’Yeu. Adolescentes, les deux femmes étaient très proches mais leur destinée fut différente. Nane a épousé l’homme de sa vie lors d’une belle fête, tandis que Jacqueline dut se contenter de Marcel et d’un mariage en petit comité. Jacqueline souhaite surtout renouer avec son passé, se réapproprier sa jeunesse, ses rêves d’alors.

L’originalité de ce roman tient d’abord dans le fait que le narrateur est un papillon qui, avec l’aide de ses amis et des vents, va nous raconter l’histoire de ces femmes et de leurs amours, mais aussi les mésaventures de Marcel qui compte bien descendre la Loire à la nage pour aller chercher sa Jacqueline. Si celle-ci est restée une belle femme aux allures distinguées, Nane n’est plus la jeune femme svelte de ces 26 ans, et pourtant la première a la sensation d’avoir manqué sa vie, l’autre au contraire l’a vécue pleinement. Les retrouvailles seront un peu houleuses au début, Jacqueline est un peu mal à l’aise, mais petit à petit, dans cette grande maison de Nane, dans laquelle plusieurs d’amis de passage sont venus chercher une solution, un remède pour mieux vivre, Jacqueline va finir par s’épanouir.

C’est un roman nostalgique et pourtant très optimiste qui nous fait envisager la vieillesse sous un autre angle. Certes le destin de Jacqueline pourrait être assimilé à un ratage, mais le message central de ce roman reste que, à tout âge, tout est encore possible si on en a la volonté et si on sait, comme le fait remarquer Nane à Jacqueline, se donner les moyens d’être heureux. Il faut croire au bonheur pour pouvoir le cueillir et la légèreté des papillons, la douceur ou la fougue des vents, la nature magnifique de cette île, les bons repas conviviaux vont permettre à Jacqueline de prendre conscience de l’importance de toutes ces choses.

Il ne faudrait pas croire que le ton soit condescendant et gnangnan. Bien au contraire. Caroline Vermalle dessine des personnages haut en couleur, comme Nane, femme autoritaire, un peu brusque dans ces méthodes comme savent l’être les Bretonnes. Un ton péremptoire, mais un grand cœur quand on apprend à les connaître. Même les personnages secondaires marquent leur présence comme cette voisine insupportable, mais tellement drôle : Mme Tricot. Jacqueline, plus froide, plus maladroite, plus sensible aussi, m’a touchée par son histoire : il aurait eu cinquante-six ans en février, mon enfant, ais ce sera toujours mon petit. Je lui parle, parfois. Je lui dis : mon pauvre petit chou. C’est idiot, quand même, à mon âge… (pp.193/194).

Outre l’histoire de ces deux femmes, il y a tout un arrière plan qui vient enrichir la trame principale. Que ce soit les enfants d’Afrique, l’histoire d’Arminda, mais aussi toute la vie de cette île d’Yeu que l’on découvre : les maisons aux jardins fleuris, l’ambiance insulaire si particulière, les sentiers de la côte sauvage, les produits de la mer… tout ce qui me fait aimer la Bretagne (bon OK on me murmure que c’est la Vendée, mais ce n’est pas grave, moi j’avais l’impression d’être en Bretagne!)

Il y a une légèreté dans ce roman, une façon d’envisager la vie au-delà même de la vieillesse et en même temps on ne peut oublier une certaine tristesse inhérente qui, à la fin, n’est plus subie mais que les personnes se sont appropriée et qui va leur permettre d’aller de l’avant. Le style incarne aussi cette légèreté. La valse des sentiments nous fait passer des sourires aux larmes, et je suis ressortie de cette lecture le cœur un peu plus léger. Que demander de plus ?

Roman lu dans le cadre du Challenge Ô vieillesse ennemie, Challenge Amoureux saison 3 (cat. amours contemporaines).

challenge o vieillesse ennemieChallenge Amoureux saison 3