Samedi Sandien #3 : “Les Dames Vertes” (1857)

Poursuivons notre découverte des romans de George Sand ! Ce samedi, je vous propose un court roman très réjouissant !

L’histoire se situe à la veille de la Révolution Française, en 1788. Just Nivière, jeune homme de 22 ans, avocat, est chargé par son père, de résoudre une affaire familiale. Il se rend auprès de Mme D’Ionis. Il est accueilli par deux charmantes vieilles femmes. L’une d’elle raconte au jeune homme une étrange histoire de fantômes. Trois jeunes sœurs auraient été empoisonnées par une dame de la cour, jalouse de leur beauté. Le même soir, l’abbé de Jamyre confie à M. Nivière un vieux manuscrit datant de 1650, manuscrit narrantr l’étrange histoire. M. Nivière s’endort, mais est soudain réveillé par des bruits de verre. Apparaissent alors trois silhouettes féminines, habillées et auréolées de vert… Le lendemain, le jeune homme rencontre enfin Mme D’Ionis et …. tombe amoureux ! Mme D’Ionis veut éviter de gagner un procès qui ruinerait la famille adverse, les D’Aillane. Mais le père de Nivière défend les intérêts de M. D’Ionis qui n’adhère pas aux vœux de sa femme…

Ce court roman joue allègrement sur la veine fantastique. Des fantômes, l’angoisse, des apparitions, une statue qui prend vie, et un étrange manuscrit ! Mais comme toujours avec George Sand, le roman dit plus, va plus loin que la simple petite histoire.

Situer l’action en 1788 a bien sûr son importance, d’autant plus pour George Sand. Son père, avant elle, avait une âme de révolutionnaire. Il défendait les idées de la Révolution, et George Sand a marché dans ses pas. Toujours attentive à la défense des plus pauvres, ou des minorités (dont les femmes), promouvant l’instruction pour tous, ou encore luttant pour les causes communistes et socialistes de l’époque. Bien que ce roman ne soit pas à proprement parler un roman engagé, Sand cependant, à travers le personnage de Mme D’Ionis, crée une héroïne noble, certes, mais opposée aux droits des plus riches. Elle se refuse de ruiner une famille. Empêchée par un mari, non choisi et autoritaire, elle pourra enfin jouir de sa liberté à la mort de ce dernier.

Là encore, la puissance maritale et paternelle est critiquée par George Sand. La femme est l’être le plus sensible à l’équité, sa sensibilité, mais aussi son statut de femme soumise la rend plus apte à comprendre l’oppression, et l’injustice des codes sociaux et traditionnels. Les femmes jouent ici un rôle important. Les hommes sont impulsifs, autoritaires, appartiennent au passé et n’ont pas encore compris que le monde allait changer. Si Just est sans doute le personnage masculin le plus attachant, il est encore englué dans l’autorité paternelle et le respect de ses engagements filiaux. Bien que porté vers la littérature et la poésie, il épouse cependant le métier paternel par tradition et non par envie. Sa mère comprend que son fils n’est pas heureux, le père, au contraire, se réjouit des succès professionnels de son fils.

Ce roman qui se lit d’une traite, est une façon agréable de plonger dans l’oeuvre romanesque de Sand, de percevoir la diversité de son style. Cette petite édition de poche présente également un appareil critique très intéressant qui vous permettra d’aller plus loin qu’une simple lecture (bien que celle-ci puisse également suffire). Je ne peux que vous encourager à lire ce roman que j’aime beaucoup !

Un petit extrait :

Eu égard à mon âge, on ne me trouvait pas sans talent; et le talent de mon père, avocat renommé dans sa localité, m’assurait, pour l’avenir, une brillante clientèle, pour peu je fisse des efforts pour n’être pas trop indigne de le remplacer. Mais j’eusse préféré les lettres, une vie plus rêveuse, un usage plus indépendant et plus personnel de mes facultés, une responsabilité moins soumise aux passions et aux intérêts d’autrui.

Comme ma famille était dans l’aisance, et que j’étais fils unique, très choyé et très chéri, j’eusse pu choisir ma carrière, mais j’eusse affligé mon père qui s’enorgueillissait de sa compétence à me diriger dans le chemin qu’il m’avait frayé d’avance, et je l’aimais trop tendrement pour vouloir faire prévaloir mes instincts sur mes désirs.

14 réflexions sur “Samedi Sandien #3 : “Les Dames Vertes” (1857)

  1. Encore un roman de George Sand que je découvre grâce à toi. C’est étonnant comme on a une fausse idée de certains écrits. Je m’explique : on m’a souvent présenté les romans de Mme Sand comme de simples “instantanés” de la vie de son époque. Mais je m’aperçois, au travers de tes billets Sandiens, que c’est encore bien plus profond que cela. Elle dénonçait les travers et les injustices de son temps bien plus fort que ce qu’on nous apprends à l’école. J’ai l’impression qu’elle a pris le biais de l’écriture pour contester plus que pour conter. Un peu comme s’il devait y avoir plusieurs niveaux de lecture dans ses écrits, n’est-ce pas?…
    Ah, j’adore! J’adore!… J’apprends plein de chose grâce à toi!… Merci ;-)

    • Effectivement Sand va souvent plus loin que la simple petite histoire, tu as parfaitement raison ! Merci pour tes encouragements et ton enthousiasme débordant !

à vous....

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