« La Duchesse de Vaneuse » Gustave AMIOT

Amiot vaneuseNous avons plusieurs façons de choisir un livre en librairie, nous pouvons être orientés par le nom d’un auteur, un conseil d’ami, une quatrième de couv. ou, comme pour ce livre-là, une image qui nous plait. Mon regard a été attiré par cette nuque et ce rouge flamboyant. Je ne connaissais pas l’auteur, mais l’éditeur oui, de qualité. Je me suis donc laissé tenter.

En 1826, sœur Marie de la Rédemption, ancienne lectrice de la Duchesse de Vaneuse, fait publier le journal et les lettres de son ancienne maîtresse, morte en 1766. Au cœur du siècle des Lumières, la duchesse, esprit libre et éclairée, lectrice critique de Voltaire et admiratrice de Montaigne, rencontre Mr Réginald Burnett, jeune anglais fin et instruit. Leur intelligence se reconnaît.

Gustave Amiot recrée, dans ce court roman épistolaire, l’univers du XVIIIème siècle. Laclos n’est pas loin et on en  sent l’influence, à la fois par le genre du roman, mais aussi par le personnage de la duchesse qui, sent être aussi machiavélique de la Merteuil, sait également jouer avec les sentiments des hommes. Esprit éclairé donc, la duchesse se méfie de la mièvrerie des sentiments amoureux. A 42 ans, elle a su s’épargner les ennuis du mariage et de l’enfantement. Femme entourée, encore belle, elle jette sur les gens qui l’entourent un regard froid et lucide. Mais sa rencontre avec Burnett va bouleverser ses convictions profondes et la révéler à elle-même.

Ce roman posthume, publié en 1979, et écrit par un spécialiste du XVIIIe siècle, a le charme des romans des Lumières. L’ironie, la méfiance envers les sentiments, l’analyse des pensées, les références multiples aux grands philosophes de ce temps, sont autant d’ingrédients que l’on goute avec plaisir. Au fil des pages du journal et des lettres écrites par la duchesse et Burnett, on voit se dessiner une femme intelligente mais prise dans ses propres filets. Il est facile de dénigrer les sentiments tant qu’on ne les ressent pas intensément.

il y a dans notre fond à tous deux une défiance trop éveillée des sentiments ambitieux pour que nous soutenions avec verve le rôle de héros de roman. (p.65)

Bien qu’ancré dans le XVIIIème siècle, le roman de Gustave Amiot laisse aussi suggérer le pré-romantisme de La nouvelle Héloïse de Rousseau paru en 1762 et par là même le retour du sentiment sur la raison. Elève de Montaigne, que la Duchesse ne cesse de citer (un peu trop parfois), elle vante l’amitié de l’esprit, mais oublie qu’elle a un cœur.

Une belle lecture et un destin de femme tragique qui donne une lumière intéressante sur le XVIIIème siècle vécu de l’intérieur. A découvrir.

Roman lu dans le cadre du Plan Orsec 2016 (5/3 février).

photo libre plan orsec (2)

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17 Commentaires

  1. Je note! Cette nuque m’attire aussi …

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  2. C’est vrai que la couverture est très réussie.
    Après, je ne suis pas forcément fan des romans qui reproduisent le style d’une époque. Je préfère les originaux. A chaque époque sa manière !

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  3. Je fais un blocage avec les romans épistolaires, du coup je passe mon tour même si cette époque des Lumières est ma préférée !

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  4. Je ne connais pas mais la couverture est superbe et ton billet me donne envie de m’y plonger =)

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  5. J’aurais été attirée par la couverture moi aussi ! Et le titre évoque un beau portrait.

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  6. estellecalim

     /  mars 1, 2016

    Je n’ai jamais réussi à lire les liaisons dangereuses alors je vais passer mon tour, mais ton billet est très beau.

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  7. Ellettres

     /  mars 1, 2016

    J’aime découvrir dans ton blog ce genre de « classique » (pas si vieux finalement, mais le titre et le nom de l’auteur font très dix-neuvième !) et je le note car cette duchesse au nom si suave m’intrigue ! (Et je suis d’accord avec toi pour la photo de couv)

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  8. Je ne connais pas du tout, mais ta chronique m’intrigue 🙂

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  9. Mina

     /  mai 16, 2016

    Je viens de terminer ma lecture et mon article, j’ai moi aussi beaucoup apprécié ce roman. Je le rapproche davantage des romans épistolaires « féminins » monodiques que des Liaisons dangereuses, bien que la rationalité de la duchesse la rende proche de la marquise de Merteuil. Son destin, sa prise au piège des sentiments la rapproche de ces épistolières.

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    • Tu as écrit une très belle chronique bien plus riche que la mienne même si nous nous retrouvons autour de ce roman !

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à vous....

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