« #Bleue » Florence HINCKEL (roman ado)

hinckel #bleueFlorence Hinckel, auteure jeunesse et ado, part souvent d’un postulat un peu philosophique pour créer ses romans. Dans Théa ou l’éternité, elle interrogeait ses lecteurs sur l’éternelle jeunesse, ici dans #Bleue, elle imagine une société où la souffrance est bannie. A chaque fois, elle prend le contre-pied d’une idée qui peut paraître enviable pour la pousser à l’extrême et ainsi la dénoncer. Que serait un homme sans souffrance ?

Silas et Astrid vivent dans une société future où la CED, la Cellule d’Éradication de la Douleur, efface les souvenirs malheureux. Les hommes oublient leurs souffrances, leurs deuils. Les hommes et les femmes qui ont eu recours à la CED ont des points bleus au poignet : un point bleu par douleur éradiquée. Mais ces points bleus prennent une importance sociale et notamment peuvent aider à trouver un emploi. Silas et Astrid vivent leur amour pleinement, mais Astrid ne supporte plus l’attitude de son père depuis qu’il a eu recours à la CED. Son comportement change et il ne semble plus s’intéresser aux siens. La jeune fille est malheureuse, mais doit cacher cette souffrance si elle ne veut pas à son tour voir apparaître un point bleu à son poignet. Silas, lui, est une jeune homme émotif et romantique, totalement épris de la belle Astrid. Mais son univers va basculer quand Astrid se fait renverser par une voiture.

L’idée d’un monde où on ne souffrirait plus semble séduisante à première vue. L’homme vivrait ainsi dans le bonheur, ne serait plus dépressif, parviendrait à surmonter le décès d’un proche. A première vue, oui. Mais, Florence Hinckel va plus loin, pousse au maximum le postulat. Un homme sans souffrance ne serait-il pas un homme insensible ? N’est-ce pas finalement les souffrances et la capacité à les surmonter qui fondent notre humanité. Un bonheur qui n’aurait pas conscience du malheur, peut-il être un vrai bonheur ?

J’ai trouvé vraiment très intéressante cette réflexion qui parcourt tout ce roman et qui pousse à réfléchir. En partant d’un paradoxe, la souffrance est un bien, Florence Hinckel nous interroge, nous renvoie à nos souffrances. Dans la société de Silas, les enterrements sont désertés, on ne voit plus l’intérêt d’y assister puisque la douleur du deuil n’existe plus, est éradiquée. Que reste-t-il alors de ceux qui ne sont plus ? L’auteur révèle un bonheur factice, fabriqué qui vide les hommes de leur substance, qui éteint la petite flamme de leurs yeux.

Outre cette réflexion de fond qui est le sujet profond de ce roman, un autre, qui lui est lié, vient amplifier mon intérêt pour ce roman. Dans la société de Silas, qui finalement n’est pas si éloignée de la nôtre, tous les adolescents sont pendus à leur portable et sont sur le Réseau. A tout moment de la journée, ils partagent leurs activités, leurs humeurs. Quand on oublie de se connecter, toute la communauté s’inquiète : que se passe-t-il ? Ne pas communiquer sur le Réseau paraît alors suspect. Ne faudrait-il pas une intervention de la CED ? Là encore Florence Hinckel prend un thème actuel et le pousse à l’extrême. Finalement, dans une société totalitaire, les réseaux sociaux ne pourraient-ils pas devenir le Big Brother moderne ? Mais un Big Brother communautaire où chacun espionne les autres, une société qui s’auto-espionne.

Cette société idyllique n’est finalement qu’une illusion et masque une société totalitaire.

Outre ces thèmes particulièrement intéressants et intelligents, je trouve, le roman repose sur une intrigue amoureuse sans mièvrerie et sur des péripéties qui lui donnent un rythme. L’écriture est simple, je l’aurais aimée parfois plus travaillée, mais on prend un réel plaisir et un grand intérêt à cette lecture que je ne peux que vous conseiller.

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4 Commentaires

  1. musy88

     /  mars 6, 2015

    ça me fait penser au « passeur » de Lowry sur la question de la gestion de la souffrance

    Répondre
  2. La réflexion autour du paradoxe de la souffrance m’intéresse beaucoup. Je note donc !
    (Et pour la petite anecdote prosaïque, j’ai immédiatement pensé aux Cybermen dans Doctor Who héhéhé)

    Répondre
  3. J’aime bien ce genre de livre et je note ! Pourtant la couverture ne m’attirait pas du tout.

    Répondre
  4. Je note . Tu m’as donné envie de découvrir ce livre.

    Répondre

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