« Un père en colère » Jean-Sébastien HONGRE

hongre un père colèreStéphane est cadre, sa femme Nathalie, dont il est séparé, est en dépression depuis de longues années, elle était professeur de français. Leurs deux enfants, Fred et Léa, âgés d’une vingtaine d’années, ont sombré dans la délinquance la plus sévère à force de côtoyer les petites frappes de leur banlieue. C’est un acte désespéré de Nathalie qui va faire éclater la colère de Stéphane.

Stéphane n’en peut plus de constater la toute puissance de son fils, sa violence, ses trafics de drogues, sa main mise sur la maison familiale. Il se sent étranger à ses propres enfants, ne comprend pas comment ils ont pu en arriver là. Sa colère vient des tripes, contre ses enfants, ses « monstres », contre la banlieue, la société qui a baissé les bras et les autorités qui laissent certaines banlieues aux mains de la racaille. Mais que peut-il faire ? Comment retisser le lien avec ses enfants ?

Jean-Sébastien Hongre raconte dans ce roman le combat d’un père contre tout un système qu’il soit éducatif ou sociétal. Il met des mots durs, parfois difficiles à lire (traiter ses enfants de monstres a quelque chose de terrifiant), décrit la vie de peur et de tension d’une cité que l’on dit difficile, parle des réseaux, des caïds surnommés les « Gremlins » qui ont pris possession de leur cité comme des loups qui délimitent leur territoire et le défendent becs et ongles. Stéphane est un père comme un autre, dépassé par ses enfants, perdu, conscient des erreurs éducatives de leur couple sur leurs enfants : le laisser-faire plutôt que l’autorité, parler, discutailler au lieu de dire un franc non.

Quand Jean-Sébastien Hongre m’a proposé la lecture de son roman, j’ai été intéressée par ce sujet malheureusement tellement d’actualité, d’une certaine jeunesse de plus en plus violente. Aborder ce sujet d’un point de vue du père de ces enfants est une bonne idée, cependant certains points m’ont un peu chagrinée. La première chose est que Stéphane semble se réveiller soudain à l’ouverture du roman quand ses enfants ont déjà 20 ans alors que la dérive semble s’être déjà opérée depuis 10 ans. Je m’étonne d’une réaction si tardive, et de plus en plus au fil de ma lecture quand on en apprend un peu plus sur comment les enfants ont basculé. Paradoxalement Stéphane, qui pour extérioriser sa colère, crée un blog, se révèle alors conseiller, clairvoyant, pourquoi n’a-t-il pas appliqué ses principes avant ? Pourquoi, conscient de la vie terrible de leur banlieue n’ont-ils pas déménagé ? L’auteur tente de parer à ces questions mais sans vraiment me convaincre. Quand un enfant se fait attaquer au couteau à l’âge de 16 ans, il me semble qu’il est largement tant de réagir. Je ne crois pas à la délinquance comme résultat d’une fatalité, j’ai du mal à croire que des enfants sans problème dans leur enfance, entourés par des parents établis socialement laissent ainsi dériver leurs enfants, vivent à leurs côtés sans se rendre compte de rien alors même qu’ils sont conscients des problèmes de leur cité. Alors oui, Hongre crée une mère dépressive, un père pris par son travail, mais justement ils avaient les moyens de réagir avant. Un père qui part s’installer à Paris et laisse sa famille dans une banlieue en zone de non droit, me semble très étonnant. La société a bon dos.

Ces problèmes de vraisemblance se retrouvent aussi avec la création du blog. Difficile de croire qu’un blog à peine créé puisse à ce point être remarqué et faire le buzz. Le blog se révèle alors comme un prétexte à développer les pensées de Stéphane, son jugement sur l’éducation, la société, mais d’un point de vue romanesque n’apporte pas grand chose.

Pourtant l’auteur exprime assez bien l’enfermement, le manque de réaction, l’impuissance, la peur de réagir, de mettre un coup de pied dans la fourmilière, il rend l’ambiance lourde de certaines cités, les plus jeunes enrôlés, les mère élevant seules leurs enfants et qui abandonnent le combat, la protection des aînés, la violence contre les filles. Stéphane en voulant sauver ses enfants, se heurte à tout un système établi sur la violence, cette violence qui sera aussi finalement la seule solution trouvée par l’auteur pour extirper ses personnages d’une situation sans issu.

Le mérite de ce roman est d’aborder un thème sociétal qui nourrit les faits divers des journaux. Hier encore un jeune jogger s’est fait assassiner par trois ados d’une moyenne d’âge de 16 ans et l’état de certaines banlieues parisiennes correspondent sans aucun doute à ce que Jean-Sébastien Hongre décrit dans son roman. Je ne conteste pas ces faits, j’ai plus de réticence sur le traitement romanesque. Reste qu’il est toujours bon de parler de ces problèmes.

 

Merci à Jean-Sébastien Hongre pour cette lecture.

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8 Commentaires

  1. J’ai bien envie de lire ce roman. Je pense que mon coté maman inquiète de l’avenir ressort.
    Merci pour la découverte.

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  2. Certainement intéressant, mais je ne le lirai pas. Je me suis donnée 6 livres à lire parmi les 555 de la rentrée et je dois choisir ! Merci et bonne journée.

    Réponse
  3. Ce roman se situe dans ces romans qui effraient car alors même que lire doit nous permettre de nous évader, de rêver, on s’aperçoit que le roman peut aussi nous emmener dans des contextes plus sombres, et contemporains de nuos… Des romans qui effraient un peu, mais qui fascinent aussi par le courage d’aborder des sujets aussi périlleux. En lisant ton article je pensais au livre de Loïc Merle sur fonds des émeutes de 2005

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  4. J’ai détesté ce roman. Je n’ai pas réussi à accrocher avec ces personnages.

    Réponse

à vous....

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