« Embrasez-moi » d’Eric HOLDER

holder embrasez-moiVoici une couverture d’un rose bonbon idéal en ce jour de Saint-Valentin. Et pourtant, s’il est bien question d’amour dans ce recueil de nouvelles, nous verrons qu’il n’a rien de mièvre et de doucereux. Il n’est jamais trop tard pour découvrir un genre littéraire négligé. Sans doute un peu par rejet d’un roman en trois tomes dont tout le monde parle et que tout le monde lit et que la plupart critique, par rejet aussi de cette étiquette que je trouve absurde : « porno pour maman », j’ai donc porté mon dévolu sur ce recueil de nouvelles érotiques d’Eric Holder, paru en 2011 aux Éditons de La Dilettante. Je ne sais pas si le fait d’être maman sous-entend des fantasmes différents de ceux que l’on peut avoir quand on ne l’est pas, en tout cas je trouve un brin (et encore c’est un euphémisme) dénigrant cette expression de « porno pour maman », comme si l’érotisme devait être moindre ou plus mièvre du fait que l’on soit mère ou pas. Non, l’érotisme reste l’érotisme et le fait d’être mère n’enlève rien à l’affaire ni d’ailleurs à celui d’être mariée, et Dieu merci.

Dans son « Avertissement », Eric Holder rend hommage aux grands noms de la littérature érotique, qu’il serait bon de lire plutôt que de se jeter sur le premier navet commercial qui passe : Apollinaire, Henry Miller, Georges Bataille, ou Sade, par exemple. Il les remercie en leur offrant à son tour ces nouvelles :

Le lecteur idéal de ces lignes n’a pas vingt ans. Il connait peut-être déjà le rayon où cohabitent ces volumes, à moins que ce ne soit le premier d’une série. (p.10)

Chaque nouvelle comporte en titre un prénom, masculin ou féminin (plus souvent féminin d’ailleurs) et raconte une rencontre sexuelle mémorable. Le narrateur que l’on assimile à l’auteur n’est que l’oreille d’une confession qui se fait souvent autour d’un verre. Un ami, une connaissance lui livre son histoire, une rencontre, parfois improbable, un désir mutuel et une relation sexuelle qui restera marquante.

La particularité sans doute de ces nouvelles est que l’arrière fond, c’est-à-dire les circonstances qui amènent à la scène clef de la nouvelle, c’est pas juste un prétexte, une simple anecdote. Holder ancre la confession dans une époque, souvent les années 70, une région le Sud (Ramatuelle, par exemple) ou la Seine-et-Marne. Il décrit une époque, ses mœurs, pour arriver doucement à la scène attendue.

L’autre particularité réside dans le fait que ce ne sont pas de vulgaires histoires de cul et pourtant les amants finiront rarement mariés avec une ribambelle de gamins à leurs côtés (exception faite à la nouvelle Sainte Blandine), il n’y a pas non plus le côté sirupeux de l’amour. Juste une question de désir de l’autre, un désir sain sans menottes et sans déchéance de la femme, bien au contraire. Car les femmes chez Holder ne sont pas des oies blanches, au contraire ce sont souvent elles qui mènent la danse, qui précisent les conditions. L’homme est alors, non un jouet, mais un être normal, et l’union de ces deux êtres n’en est pas pour autant banale.

Le langage ne va pas par quatre chemins et appelle un chat un chat, rien pourtant qui ne choque les yeux d’une mère de famille respectable que je suis, je vous rassure. Les mots me choquent bien moins que les idées, et ici les idées ne sont pas malsaines. C’est du sexe oui, sans vantardise, sans clichés, comme on a envie de le faire et qu’on nous le fasse, et notamment en ce jour de Saint-Valentin où l’amour m’apparaît asexué, trop rose et trop plein de bons sentiments, où tout semble réglé avec une bouquet de roses rouges acheté au supermarché du coin (pour l’anecdote j’ai passé une 1h30 en voiture dans les embouteillages à écouter la radio et les spot publicitaires pour des promotions de roses chez L…c et C…r, ce qui peut expliquer cette dernière remarque!).

Des nouvelles qui se lisent avec plaisir… sans mauvais jeu de mots !

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33 Commentaires

  1. Je n’aime pas non plus le « porno pour maman », ni (et là, je change de sujet) tout ce qui « spécialement conçu pour les mamans », comme si la femme, devenue mère, n’avait plus le droit d’existence. Si la sensibilité littéraire doit être amoindrie parce que l’on devient mère… encore une image négative de la femme.
    Bon, je reviens au recueil : il m’a l’air très intéressant.

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    • Je suis entièrement d’accord avec toi et cela commence dès la maternité avant même d’accoucher, les sage-femmes qui s’adressent à toi en disant : » comment va la maman ? » m’a toujours fait bondir, une sorte d’infantilisation qui me dépasse.

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  2. jamais lu encore de nouvelles ou romans érotiques. Le phénomène de la trilogie me fait frêmir et m’agace, et le terme de mummy porn est absolument minable ! bref, je ne mache pas vraiment mes mots sur le sujet. Ma saint Valentin ressemble à n’importe quel jour, et je n’attends pas cette date pour me aire un restau en amoureux…
    un livre qui pourrait se laisser, lire, un de ces quatre, sinon.

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  3. Ce concept de porn mom me dépasse totalement comme si les mamans ont besoin d’une littérature particulière ! sinon ce petit recueil a l’air bien sympathique

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  4. Une façon tranquille et simple de parler de plaisir : enfin! 😉

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  5. Nane3bonheurs

     /  février 14, 2013

    une lecture plaisir donc … je suis curieuse !

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  6. Cette expression, mummy porn, est tout simplement dédaigneuse… Je ne la supporte pas… Mais le recueil à l’air très sympa, pas facile de trouver un érotique qui ne donne pas dans le vulgaire et comme tu le dis très bien ; les mots choquent bien moins que les idées malsaines qui donnent même parfois froid dans le dos plutôt qu’émoustiller…

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    • Je suis bien d’accord avec toi ! C’était mon premier livre érotique, je m’étais bien essayée à Henry Miller (Sexus), mais à l’époque j’étais sans doute trop jeune.

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  7. Porno pour maman?? C’est la première fois que j’entends ce terme est effectivement, il est stupide! C’est quoi l’idée? Un porno un peu gentillet et « pas trop porno » pour ne pas choquer une femme qui n’est plus que mère-et-qui-du-coup-n’est-plus-tout-à-fait-Femme? Ah que c’est agaçant ces nouvelles expressions qui ne veulent rien dire….

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  8. J’ai beaucoup aimé ce recueil. Il faut dire que je suis fan d’Eric Holder. Son écriture possède je trouve un charme assez inexplicable.

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  9. Je suis encore frileuse avec ce genre de livre. Les histoires d’amour m’ennuient, alors les histoires de « fesses » je ne sais pas trop. Je saurai en tout cas que si je veux essayer cet ouvrage serait une bonne approche 🙂 [j’ai évidemment d’ores et déjà banni monsieur Grey et ses nuances de ma biblio…]

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  10. J’ai lu avec un très très grand plaisir le baiser de la pieuvre de Patrick Grainville et note celui-ci.
    Alors, si il y a le porno pour maman, la prochaine fois, il y aura celui pour mémé ou mamy !!!!

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  11. Laurence (Lolotte)

     /  février 15, 2013

    « Porno pour maman » ou « Fifty shades of grey » … au secours !!! Je te suis par contre sur ce petit livre !

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  12. Moi aussi l’expression mummy porn m’agace. L’autre chose qui m’agace, c’est que la trilogie en question me semble clairement sexiste et puritaine, comme semble l’être Twilight, par exemple, et que l’on associe ce sexisme au BDSM, alors que ça n’a rien à voir : les rôles pourraient très bien être inversés et il y a des tonnes de façon de le pratiquer, qui n’ont pas forcément quelque chose de malsain.
    Pour le Eric Holder, je l’ai en stock, parce que j’avais bien aimé Mademoiselle Chambon et que le billet enthousiaste de Jérôme m’avait donné envie de le lire. Pour le moment je n’ai lu que la première nouvelle et je ne suis pas très convaincue. Mais je crois que, en matière d’érotisme, le ressenti est encore plus personnel qu’en littérature, si c’est possible.

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    • Je suis loin d’être aussi connaisseuse que toi sur ce genre littéraire, que je découvre un peu par le biais de ce recueil. J’ai surtout réagi à la trilogie et notamment après lu un billet de Claudialucia que j’ai trouvé très juste, je ne sais si tu l’as lu.
      Pour une novice comme moi dans ce genre, j’ai trouvé intéressantes ces nouvelles mais je n’ai quasi aucun élément de comparaison. Sur un tel sujet en effet la part personnelle doit beaucoup y faire dans l’appréciation de ces textes, on touche à l’intime et chacun a sa façon de réagir. Mais si tu as des titres à me conseiller, je suis preneuse.

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      • Oui, je l’ai lu, mais je n’y ai pas réagi car son blog est l’un des nombreux blogs que je suis silencieusement, faute de temps pour commenter et de choses pertinentes à dire, et je ne voulais pas me manifester pour juste me montrer désagréable.
        Je la crois volontiers quand elle dit que le livre est médiocre et sonne comme du Barbara Cartland. Apparemment tout le monde est d’accord là-dessus. Je suis tout à fait d’accord quand elle en dénonce le côté sexiste (pour autant que je puisse juger d’un livre que je n’ai pas lu!), mais ce sexisme tient pour moi dans les clichés liés aux personnages : la jeune fille naïve en pamoison devant un homme plus mûr, d’une position sociale plus élevée et à la personnalité « virile » et le fait que ce soit lui qui mène la danse.
        En revanche, j’ai été choquée qu’elle qualifie le SM de perversion. Et l’amalgame qu’elle fait entre SM et violences conjugales, qui ne montre que sa méconnaissance du sujet, me paraît dangereux, c’est ce qui fait que j’ai réagi à ton billet.
        Pour ce qui est des titres, mon dernier gros coup de coeur reste Mr d’Emma Becker, qui pourrait peut-être te plaire.
        Je citerais bien aussi Le bandeau de Jean-François Mopin. C’est un roman qui n’est pas exempt de défauts. Je n’ai pas adhéré à tout ce qui y est décrit et je n’aime pas la fin. Mais il me semble intéressant de le citer car il a aussi pour sujet l’initiation d’une jeune fille à la sexualité et au SM mais l’approche est complètement différente et n’est pas du tout sexiste.
        Et sinon je suis en ce moment dans un essai intitulé Sexe et littérature aujourd’hui, qui est un petit peu comme un Jourde et Naulleau de la littérature érotique et dont la lecture est à la fois intéressante et drôle.

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        • Je crois que la perception commune du SM reste une perception souvent de domination de la femme par l’homme, du moins c’est l’idée qu’on se fait et que j’avoue me faire. C’est une relation que pour ma part je comprends mal, que ce soit l’homme qui domine ou la femme d’ailleurs, mais j’en ai une vision très extérieure et sans doute teintée de plein de préjugés.
          Merci pour tes conseils, je prends note !

          Réponse
          • Le SM peut être sexiste (dans un sens ou dans l’autre), malsain et même carrément dangereux. Tout dépend de ceux qui le pratiquent, de leur personnalité, des circonstances et de ce qu’ils font : jeux de rôles ponctuels ou philosophie de vie, rôles figés ou qui s’inversent régulièrement… Il couvre une palette très étendue et une infinité de nuances, des pratiques les plus soft aux plus extrêmes. Supposons que quelqu’un veuille consacrer une soirée à chouchouter son conjoint et, pour pimenter les choses, lui bande les yeux et lui attache les mains avec un foulard, c’est déjà du BDSM et ça n’a pourtant rien de méchant. C’est pourquoi, si je comprend parfaitement qu’on puisse ne pas être attiré, j’ai du mal avec les généralisations hâtives. En théorie, le but est de donner du plaisir, pas de nuire, même si c’est quelque chose qui existe aussi.
            Bon, là-dessus, j’arrête de t’embêter avec ce sujet!

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  13. J ene connais pas cet auteur et suis guère friande de nouvelles mais au vu du suejt, ce peut être un bon choix de format… Pas sûr qu’un roman complet de ce type soit facile à produire.

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  14. Ce livre éveille ma curiosité, ta présentation n’y est pas pour rien. Je ne suis ni adepte de ‘porno maman’ (quelle qualification absurde) ni de nouvelles mais pourquoi pas. Jusqu’à présent je me suis toujours retrouvée dans tes sélections. A suivre!

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  15. Pour info, pour celles qui auraient quelques réticences il est paru en poche aux Editions J’ai lu depuis le 15/02.

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