« Les âmes soeurs » Valérie Zenatti


Tout avait pourtant bien commencé. Fidèle de France Inter et notamment de l’émission de Kathleen Evin, j’avais été enthousiasmée par son émission consacrée à Valérie Zenatti. Le sujet : d’une femme s’interrogeant sur son couple, sa vie de mère de famille; les extraits lus de son nouveau roman… bref, en bonne LCA, je trépignais déjà… acheté deux jours plus tard, ce roman fut bientôt sur ma table de nuit sans passer par la case panier à PAL… effectivement, la description de la vie familiale, du rôle de la mère, de ses nuits sans cesse interrompues et son besoin d’une journée juste pour soi, m’ont séduite…je me disais : « comme elle a raison et comme je me retrouve dans cette femme…. »… MAIS, car oui, il y a un MAIS. Ce qui motive l’héroïne, Emmanuelle, a prendre sa journée est la lecture d’un livre (Valérie Zenatti souhaite-t-elle que ses lectrices fassent comme son héroïne en lisant son roman?)… au départ ce livre, dont les extraits sont intercalés au récit principal, est un roman d’amour, d’amour (attention je vais encore avoir un commentaire vengeur!) que je juge gnangnan, et mal écrit, rien à voir avec le style de l’intrigue principale. Et puis, soudain, ce roman lu par l’héroïne devient tout autre, plus introspectif, et on suit cette héroïne, photographe, en reconstruction après la mort soudaine de son fiancé… puis le roman semble disparaître…. alors bien sûr, la référence au titre nous donne une explication, d’autant qu’Emmanuelle est totalement transportée par la lecture de ce roman… sauf que, dans l’intrigue principale il est question d’une troisième femme, Héloïse, amie d’Emmanuelle et dont petit à petit on découvre l’histoire, personnage beaucoup plus touchant et plus intéressant, me semble-t-il que la photographe… je me posais donc la question de l’utilité de ce roman intercalé : simple prétexte à prendre une journée à soi ? ou plus… mais dans ce cas-là, pourquoi ne pas se contenter de Héloïse, cette autre âme sœur ?

En bref j’ai trouvé superflu les passages consacrés au roman lu par Emmanuelle. A cela est venu s’ajouter une lassitude de la description de la vie mère de famille ! Une fois que l’on s’est dit: « C’est tout à fait ce que je vis, ce que je ressens », le charme du livre s’enfuit, d’autant que petit à petit l’héroïne perd de sa consistance. Même si j’ai apprécié la finesse du style de Zénatti, petit à petit son personnage m’a échappé.

Après « Villa Amélia » de Pascal Quignard ou encore « Mahantan » d’Anne Révah, ce roman traite encore d’une femme en partance, cherchant à fuir sa vie, réalisant soudain la vacuité de sa vie présente…

Je ressors de ce roman déçue, frustrée. J’ai eu l’impression que l’auteur cherchait son sujet en écrivant. Le revirement d’Emmanuelle, sa prise de conscience que finalement sa vie n’est pas si mal et qu’il faut qu’elle la reprenne en main, me semble trop soudain, brusque… alors que pendant plus de 150 pages elle revisite tous les défauts de sa vie, soudain, tout semble rentrer dans l’ordre… Concernant le roman intercalé, qui refait surface vers la fin, je reste persuadée qu’il est superflu, même s’il révèle des éléments touchants (comme la vieille mère juive tournant les pages de l’album photo familial) il aurait mieux valu se contenter du couple sororal : Emmanuelle / Héloïse. J’ai eu la sensation que l’auteur avait beaucoup de choses à dire (sur la judaïcité, sur Sarajevo…) et que le roman intercalé lui permettait de les dire, mais du même coup, on s’éparpille et c’est bien dommage.

Déception donc, sera le mot de la fin …

NOTE : 6/10