Best Of de l’été 2012 : « Marina » de Carlos Luis Zafon


Le Best Of de l’été 2012 s’ouvre aujourd’hui avec un roman de Zafon sorti en poche récemment et qui vous fera passer quelques heures de lectures frissonnantes et passionnantes.

Marina est le deuxième roman de Zafon, mais il paraît en France après L’ombre du vent et Le Jeu de l’ange. L’intrigue se situe à Barcelone à la fin des années 70. Oscar Drai est un jeune garçon de 15 ans, orphelin, interne de son collège. Un soir, il pénètre dans une vieille demeure délabrée, attiré par une musique, et fait ainsi la connaissance de Marina et de son père German, un célèbre peintre oublié. Une forte amitié nait entre les deux jeunes gens. Un jour, leur destin va croiser une étrange femme en noir… et c’est le début d’une histoire envoutante et terrible…

Il ne faut pas raconter les romans de Zafon à moins d’avoir le même talent que lui, car, les éléments s’imbriquent, se multiplient, l’ambiance dans laquelle il plonge le lecteur est celle du pire cauchemar : des ombres fantomatiques, des maisons silencieuses renfermant les histoires les plus dramatiques, des hommes ravagés par les souvenirs, des ruelles luisantes de pluie sous une lune voilée, de longs corridors sans fin, des amours marquées par la malédiction…

Après avoir été un peu déçue par Le Jeu de l’ange cet été, j’ai retrouvé dans Marina ce qui m’a fait adorer L’ombre du vent. Plus simple dans la forme et dans l’intrigue, ce roman m’a envoûtée. Zafon est sans conteste un très bon raconteur d’histoires, et les récits dans le récit le montrent une fois de plus. Chaque personnage raconte sa version de l’histoire, éclairant, par touches successives, l’intrigue principale. L’atmosphère y est lourde, sombre et souvent terrifiante, provoquant un état de frayeur excitant sur le lecteur, et donc sur moi. Le fantastique est, là encore, au rendez-vous, et le doute aussi du personnage principal provoque comme une incertitude, comme l’on peut en avoir après une nuit mouvementée où les cauchemars nous laissent indécis entre imagination et réalité. Alors que Le Jeu de l’ange poussait trop loin et parfois s’embrouillait dans la multitude des récits insérés, et égarait son lecteur, ici tout fonctionne à merveille, et jamais, Zafon ne perd son lecteur en route. Bien au contraire. Si je parlais d’envoutement, c’est bien qu’un étrange phénomène s’est produit à la lecture de ce roman, au point de pénétrer, comme pour L’ombre du vent, mes propres rêves.

Les livres sont moins présents ici, mais on sent déjà, dans ce roman, la fascination qu’ils opèrent sur Zafon, et la référence à Marie Shelley et à son Frankstein est un fil rouge que l’on suit pendant toute la lecture. Bien que se situant à la fin des années 70, ce roman renoue avec les romans gothiques du romantisme noir. Barcelone n’a rien de lumineux, de solaire comme on pourrait s’y attendre, c’est son aspect mystérieux et fantastique que Zafon fait revivre, comme on ressuscite une ville oubliée par le passage du temps.

Les personnages féminins créés par Zafon sont toujours fascinants. Sorte de sylphides, femmes belles, mystérieuses, dévorées par un mal secret, elles portent le roman. Beautés dangereuses, parfois venimeuses, femmes fatales, elles exercent un pouvoir de fascination sur les hommes, provoquant leur chute dans une folie destructrice. Zafon, à travers elles, est le fier descendant de Théophile Gautier (Le Roman de la momie) ou mieux encore de Villiers de l’Isle-Adam avec ses Contes Cruels ou son Eve future.

On pourra regretter une tendance à réutiliser les mêmes ficelles, mais il ne faut pas perdre de vue que ce roman vient avant les deux autres, et qu’il pose finalement, les jalons. L’ombre du vent reste le plus abouti, mais Marina est un roman fascinant, qu’il ne faut pas négliger, et que j’aurais tendance à conseiller plutôt que Le Jeu de l’ange, qui m’a laissé sur ma faim. Même si parfois, on frôle le cliché avec des phrases un peu faciles : Chaque livre était une porte sur de nouveaux mondes et de nouvelles idées (p.78), on sent, chez Zafon, la volonté d’écrire une histoire qui emporte son lecteur.

Roman proposé dans le cadre du Best Of de l’été 2012 :

« Le jeu de l’ange » Carlos Ruiz Zafon


Mon exemplaire a subi les grains de sable, le voisinage des serviettes éponges humides dans le panier de plage, les gouttes d’eau de mer, le soleil… il est tout plié, tout tordu, comme j’aime parfois les livres.

J’ai donc enfin lu ce roman de Zafon, deuxième roman après l’inestimable L’Ombre du vent que j’avais littéralement dévoré et qui me hante encore. Quand je commence un roman d’un auteur qui m’a à ce point plu avec un roman précédent, je suis à la fois impatiente, et fébrile, la crainte d’être déçue n’est souvent pas loin.

Dans ce roman de Zafon, j’ai retrouvé l’ambiance sombre, et mystérieuse de la Barcelone de L’Ombre du vent. J’ai retrouvé avec plaisir le Cimetière des livres oubliés, ainsi que le libraire Sempere (du moins le père), et les intrigues emberlificotées qui m’avaient tant plu. Difficile de vous raconter l’intrigue, tant tout se mêle, et tant les rebondissements sont nombreux. Les pages s’envolent, on palpite, on tente de trouver le pourquoi du comment, le fantastique côtoie la réalité, on est entre deux mondes, deux mondes terrifiants.

Et pourtant….

Trop de rebondissements tue le rebondissement. J’avoue qu’au bout d’un moment, je ne comprenais plus rien, et que je me pose encore pas mal de questions : ai-je sauté des infos ??? La fin me paraît totalement abracadabrante, et m’a beaucoup déçue, car elle m’a laissé sur ma faim, une impression de « tout ça pour ça ». Il y a certaines coïncidences qui m’ont paru peu vraisemblables, alors certes, le fait de jouer avec le fantastique permet de jouer avec le vraisemblable, mais il m’a semblé que parfois c’était plus une facilité narrative, l’auteur semblant s’emmêler lui même dans son intrigue. J’ai pris soin, au cour de ma lecture de récapituler les évènements, de noter les basculements, mais sur la fin, je perds le fil. Donc surtout n’hésitez pas à m’éclairer de votre lanterne. Martial, avec qui j’ai partagé cette lecture, semble avoir les mêmes interrogations que moi !

Donc un peu déçue, mais contente quand même d’avoir un peu retrouvé l’atmosphère de L’ombre du vent, et puis, je peux comprendre qu’il soit difficile d’écrire deux chefs d’œuvre à suivre !

Lecture commune avec Martial (qui a été très patient….)

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Si si on y croit ….