« Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps… : Léopoldine Hugo et son père » Florence COLOMBANI.


Il est des livres qui vous appellent, qui vous happent par sa couverture, qui vous embarquent dès les premières lignes, les premières pages tournées. Cette biographie de Florence Colombani fait partie de ceux-là. Rappelant en titre le plus beau et le plus connu des poèmes de Victor Hugo dédiée à sa fille, Léopoldine, elle raconte la vie de cette jeune femme morte trop jeune et immortalisée par son père.

On connaît tous, je crois, le destin tragique de Léopoldine : noyée à l’âge de 19 ans, avec son mari, dans la Seine, après le renversement de leur barque. Elle est devenue une héroïne romantique et tragique, dont la figure a été entretenue par la légende : son mari préférant mourir avec elle en constatant qu’il ne pouvait la sauver. Victor Hugo a largement contribué à cette légende en lui offrant un recueil de poèmes magnifique : Les Contemplations. On nous raconte cette histoire depuis l’école primaire. Florence Colombani s’attaque donc à un mythe littéraire. Mais comment raconter la vie d’une jeune femme de 19 ans, comment s’extraire de la légende hugolienne pour retrouver la vraie Léopoldine, pour la rendre vivante ? C’est la gageure de la biographe.

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Premières Lignes #33


premières_lignesRendez-vous initié par Malecturothèque

 

Hier j’ai passé la journée au salon Saint-Maur-en-poche. Un salon du livre gratuit auquel je me rends chaque année, sauf empêchement majeur. J’y fais toujours des trouvailles. Cette année, j’ai découvert une biographie de Léopoldine et Victor Hugo écrite par Florence Colombani, journaliste, notamment, à France Culture. J’étudie Les Contemplations depuis trois ans avec mes classes de Seconde. Les poèmes de Hugo à sa fille me touchent toujours et encore. J’ai d’abord été attirée par la couverture de cet ouvrage : le profil de cette femme m’a fait penser à George Sand. Puis ce fut au tour du titre. J’ai alors compris que le portrait était celui de Léopoldine, un portrait que je ne connaissais pas et qui surpasse tous ceux que je connais. Elle y paraît plus mure, plus femme. J’ai commencé à lire l’incipit et j’ai immédiatement été séduite…

En voici donc les Premières Lignes…

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« Un été avec Victor Hugo » Laura EL MAKKI & Guillaume GALLIENNE.


Galliène un été avec victorUn été avec… est une série d’ouvrages qui, chaque mois de mai, depuis 2013, propose de découvrir un auteur : il y eut Montaigne, puis Proust, Baudelaire et enfin Victor Hugo. Des petits chapitres courts donnent l’essentiel de leur biographie autour d’entrées diverses selon les auteurs. J’avais offert celui sur Baudelaire à ma mère l’an dernier, et cette année j’ai craqué pour Hugo.

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Bilan mensuel de lecture : Juin 2016.


logo-bilan-mensuel1Je n’ai guère publié durant ce mois de juin et pourtant je n’ai cessé de lire. Autant vous dire que j’ai plusieurs chroniques de retard. Mais ne nous laissons pas abattre, juillet a déjà commencé et si je n’en ai pas encore fini avec les copies de bac, ce premier mois de vacances va voir refleurir le blog, enfin je l’espère.

Juin fut sous le signe des SP. La pile, ou plutôt les piles, montent dangereusement et je m’y suis attaquées mais toujours en privilégiant mes envies. Un seul livre de ma PAL a pris le soleil (enfin, façon de parler), mais un livre qui venait à peine d’y entrer, donc guère d’avancée dans le domaine de la PAL. D’autant que juin est un mois dangereux puisque se tient depuis plusieurs années maintenant Le Salon du livre de poche de Saint-Maur et que je n’ai guère pu résister aux achats après un sevrage de plusieurs semaines  et une fatigue de fin d’année scolaire qui m’a rendue bien faible. Donc, vous l’aurez compris, ce mois de juin a été catastrophique pour PALounette.

Toutefois, et c’est sans doute le plus important, mes lectures furent bonnes et, comme toujours, très variées.

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Premières Lignes… #8


premières_lignesRendez-vous initié par Malecturothèque

La semaine dernière, j’ai passé mon tour, mais je reviens aujourd’hui avec les Premières Lignes d’un ouvrage sur Victor Hugo : Un été avec Victor Hugo. Après Montaigne, Proust et Baudelaire, c’est Victor Hugo qui a été choisi cet été pour cette collection aux éditions Equateurs Parallèles.

En voici donc les Premières Lignes…

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« Crépuscule » Victor Hugo


hugo victorParce que je découvre ce matin les tweets vomis par certains élèves de Première après leur épreuves écrites du Bac Français, j’ai eu envie de recopier ici ce poème de Victor Hugo, auquel ils n’ont rien compris, eux qui ne savent plus voir dans les mots les images qu’ils suscitent, par manque de culture certes, mais aussi de sensibilité littéraire (en espérant qu’ils aient une sensibilité autre).

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Bilan de lecture mensuel : Février 2014.


logo-bilan-mensuel1Février fut bien mouvementé pour moi et forcément cela a entraîné une baisse de rythme côté lecture ! Tout d’abord, dès le début du mois, ma vie professionnelle trépidante a pris un nouveau virage, puisque je me suis retrouvée du jour au lendemain (l’expression n’est pas usurpée) à reprendre le chemin des salles de classe, pas en tant qu’élève mais en tant que prof ! Après huit ans d’interruption, ça fait un choc, mais j’en suis très heureuse ! Puis, vinrent les vacances, sauf que, votre pauvre vieille George a été clouée par une saleté de pneumopathie qui l’a littéralement assommée pendant une bonne semaine. Il n’y a donc que depuis une petite semaine que j’ai retrouvé mes esprits, sauf que, le travail ne se faisant pas tout seul (hélas !), la deuxième semaine de vacances fut consacrée à des corrections de copies et à des préparations de cours : chouette ! Autant vous dire que je n’ai pas vu passer ce mois de février. Mais trêve de parlotte !

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« Claude Gueux » Victor HUGO.


Hugo claude gueuxVoyez Claude Gueux. Cerveau bien fait, cœur bien fait, sans nul doute. Mais le sort le met dans une société si mal faite, qu’il finit par voler ; la société le met dans une prison si mal faite, qu’il finit par tuer. (pp.51/52).

Comme Voltaire l’avait fait pour l’affaire Calas, Victor Hugo, dans ce très court roman datant de 1834, revient sur un fait divers exemplaire lui permettant d’illustrer l’un de ses principaux combats : la peine de mort. Écrit trente ans avant Les Misérables, cette histoire de Claude Gueux s’offre comme une première esquisse du grand roman à venir.

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« On ne badine pas avec l’amour » d’Alfred de MUSSET


Musset on ne badine pasQuand on prend le pseudo George en référence à George Sand, on a forcément une certaine tendresse pour Alfred de Musset, tendresse qui pousse parfois même à baptiser son chat de ce prénom.

Hier après-midi, j’ai voulu me rafraîchir la mémoire et j’ai repris mon vieil exemplaire rassemblant les pièces les plus célèbres de Musset. Ce pauvre exemplaire présente les défauts des GF Flammarion, la colle sèche et la tranche a lamentablement craqué, du coup les pages se séparent. Le temps a aussi son effet sur les livres.

Alfred de Musset écrit On ne badine pas avec l’amour en 1834, de retour de Venise et après sa rupture avec George Sand. L’écriture de cette pièce est mue par une commande de Buloz, directeur de la célèbre Revue des deux mondes. Musset n’est guère enthousiaste, mais il l’écrit en deux mois avant de se lancer dans la rédaction de La Confession d’un enfant du siècle.

Alfred de Musset appartient à la deuxième génération romantique, celle qui commence vers 1830 et dont George Sand fait également partie. Il est romantique dans l’âme et influencé, pour le théâtre, par les préceptes de Victor Hugo sur le drame romantique.

Pour parler d’une pièce de Musset, il est un peu nécessaire de se replacer dans le contexte. Victor Hugo dans sa préface à Cromwell (1827) et Stendhal, avant lui en 1823, dans Racine et Shakespeare, en avaient posé les principes. Comme à chaque changement d’époque, la littérature évolue. Le drame romantique veut donc rompre essentiellement avec le carcan des règles classiques : volonté de réalisme, personnages ambivalents et originaux, mélange des tons (comique, tragique, drame) et prose. Musset est sans doute celui qui a le plus suivi les préceptes du drame romantique et cette pièce, et plus encore Lorenzaccio écrite en 1833, y répond assez fidèlement. Musset a donc largement contribué à l’éclosion du drame romantique sur la scène du théâtre des années 30.

A une époque indéterminée, Perdican revient dans le domaine de son père après des études de droit qu’il a suivies à Paris. Le voilà érudit. Parallèlement, sa cousine, Camille, vient de sortir du couvent et se rend également chez le baron pour récupérer l’héritage de sa mère. Les deux jeunes gens se revoient donc après avoir été séparés quelques années. Le baron, père de Perdican, est bien décidé à les marier. Depuis leur enfance, Perdican et Camille étaient promis à ce mariage, mais l’attitude froide de Camille, devenue dévote accomplie, semble remettre en question leur union. Si Perdican semble nostalgique de ce temps de l’enfance innocente, Camille donne l’impression de l’avoir oublié. Entre eux va donc s’engager un jeu dangereux dont Rosette, la soeur de lait de Camille, va en être la principale victime.

Sa rupture avec George Sand va fortement marquer l’œuvre d’Alfred de Musset : dans ses poèmes (6 poèmes lui sont explicitement dédiés), dans son œuvre romanesque (La Confession d’un enfant du siècle) et bien sûr dans ses pièces de théâtre. Leur passion alimentée par de nombreuses lettres va donc nourrir l’œuvre, ce qui est aussi le cas pour George Sand, mais sans doute avait-elle une plus forte capacité à se remettre. Je ne reviendrai pas sur les rebondissements divers de cette liaison qui fut bien tumultueuse. Quoiqu’il en soit, dans l’œuvre de Musset, George Sand apparaît souvent comme une femme froide, hautaine, qui a oublié leur amour, comme en témoigne ces vers :

Toi qui me l’as appris, tu ne t’en souviens plus
De tout ce que mon coeur renfermait de tendresse,
Quand, dans nuit profonde, ô ma belle maîtresse,
Je venais en pleurant tomber dans tes bras nus !

La mémoire en est morte, un jour te l’a ravie
Et cet amour si doux, qui faisait sur la vie
Glisser dans un baiser nos deux cœurs confondus,
Toi qui me l’as appris, tu ne t’en souviens plus.

Camille, comme George Sand, ne souhaite pas se souvenir du passé. Ayant écouté les récits des amours défuntes de ses consœurs de couvent, Camille craint l’amour sans l’avoir connu. Son âme est déchirée entre sa foi et sa volonté de retourner au couvent, et son désir d’amour pur et réel entaché par les histoires d’abandons et de tromperies qu’on lui a racontées. Perdican se montre plus désinvolte. Il a connu des femmes, mais l’amour, le vrai, semble lui avoir échappé, ce qui ne l’empêche pas de croire à l’amour et préfère souffrir d’amour que de n’aimer jamais. Cette pensée de Perdican est d’ailleurs une pensée de George Sand :

On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de la tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. (Acte II Scène V)

Cette réplique, que l’on associe toujours à Alfred de Musset, est en fait un extrait d’une lettre de George Sand à Musset (12 mai 1834). On voit à quel point Sand le hante. La douleur dans l’amour est bien sûr un trait fortement romantique, mais Musset a le talent de transcender le vécu pour le mettre au service de son art, et sa pièce ne peut être perçue comme autobiographique.

Les éléments du Drame Romantique sont bien présents, avec des personnages, comme le Baron ou le curé, maître Bridaine (surtout porté sur la bouteille) ou l’ancien précepteur de Perdican, maître Bladius. Le Baron ne cesse de s’étonner de tout, ne comprend rien aux comportements de ses enfants. Ces personnages permettent une rupture de ton en provoquant des scènes assez comiques.

L’autre élément romantique est cet anticléricalisme très présent dans cette pièce. Louise l’amie de couvent de Camille apparaît comme une femme aigrie, triste et ayant perdu toute espérance ; la gouvernante de la jeune fille, Madame Pluche est une femme acariâtre et le couvent en lui-même apparaît peuplé de femmes aigries et malheureuses influençant les jeunes novices :

Il y a deux cents femmes dans ton monastère, et la plupart ont au fond du cœur des blessures profondes ; elles te les ont fait toucher, et elles ont coloré ta pensée virginale des gouttes de leur sang. Elles ont vécu, n’est-ce pas ? et elles t’ont montré avec horreur la route de leur vie ; tu t’es signée devant leurs cicatrices, coe devant les plaies de Jésus ; elles t’ont fait une place dans leurs processions lugubres […] O mon enfant ! Sais-tu les rêves de ces femmes, qui te disent de ne pas rêver? Sais-tu quel nom elles murmurent quand les sanglots qui sortent de leur lèvres font trembler l’hostie qu’on leur présente ? (Acte II, scène V).

Enfin, et je n’ai pu m’empêcher de penser à Jane Austen, quand Musset, dans sa pièce, condamne l’orgueil qui aveugle et fait commettre les pires actes : L’orgueil, le plus fatal des conseillers humains […] qu’es-tu venu faire sur nos lèvres, orgueil, lorsque nos mains allaient se joindre ? (Acte III, Scène VIII).

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le badinage, hérité du marivaudage, sur l’utilisation des lettres, sur les scènes épiées par un autre personnage, sur les quiproquos, sur l’innocence sacrifiée, mais je vous laisse découvrir ou redécouvrir tout cela.

Pièce lue dans le cadre du Challenge Romantique

challenge romantique

Dimanche Poétique #21


Reprenons les bonnes vieilles habitudes !!! Depuis ces derniers mois je découvre avec bonheur les poèmes de Victor Hugo… donc pour ce retour dans les dimanches poétiques, voici

La Grande Révélation

On vit, on parle, on a le ciel et les nuages
Sur la tête ; on se plaît aux livres des vieux sages ;
On lit Virgile et Dante ; on va joyeusement
En voiture publique à quelque endroit charmant,
En riant aux éclats de l’auberge et du gîte ;
Le regard d’une femme en passant vous agite ;
On aime, on est aimé, bonheur qui manque aux rois !
On écoute le chant des oiseaux dans les bois ;
Le matin, on s’éveille, et toute une famille
Vous embrasse, une mère, une sœur, une fille !
On déjeune en lisant son journal ; tout le jour
On mêle à sa pensée, espoir, travail, amour ;
La vie arrive avec ses passions troublées ;
Devant le but qu’on veut et le sort qui vous prend,
On se sent faible et fort, on est petit et grand ;
On est flou dans la foule, âme dans la tempête ;
Tout vient et passe ; on est en deuil, on est en fête ;
On arrive, on recule, on lutte avec effort… –
Puis, le vaste et profond silence de la mort !

Les Contemplations Livre IV, XL

Venez lire d’autres poèmes en allant visiter le blog de Celsmoon !!!