« Un Sang d’aquarelle » Françoise Sagan


Le voilà enfin ce billet sur ce roman de Sagan (attention voix SNCF….) initialement prévu le 22 août … Je suis l’éternelle retardataire des LC, l’élève qui rate son bus régulièrement, dont le réveil n’a pas sonné etc. Mais tout arrive, finalement pour qui sait attendre !

J’ai lu ce roman en trois temps. Commencé d’abord début août, puis abandonné à la page 36 pendant plus de 15 jours, je l’ai repris pendant mes vacances dans le Midi et les pages se tournaient avec facilité, l’intérêt pour cette intrigue grandissant au fil de ma lecture. De retour chez moi, et alors qu’il me restait une petite cinquantaine de pages, j’ai mis presque 5 jours pour le finir, mais cela tient davantage à un manque de disponibilité qu’à un désintérêt.

Ce roman est sans doute un roman un peu à part chez Sagan, et notamment par rapport aux autres romans que j’ai eu l’occasion de lire d’elle. Tout d’abord parce qu’il se situe pendant la deuxième guerre mondiale, parce que le personnage principal est un homme et enfin parce les éléments récurrents des romans de Sagan (jeunesse oisive, interrogations amoureuses, alcool etc.) sont relégués en arrière plan. Paru en 1987 (Sagan meurt en 2004), ce roman diffère donc de ceux écrits dans sa folle jeunesse, mais on y sent toujours la plume et l’esprit de Sagan.

Le réalisateur allemand Constantin Von Meck, dans la tourmente de la seconde guerre mondiale, est partagé entre son identité nationale et son art. Célèbre cinéaste aux Etats-Unis, après une fuite au Mexique aux allures de quête existentielle, et sa rupture avec la belle Wanda Blessen, Constantin accepte l’invitation de Goebbels et retourne en Allemagne dans les années 40. Cette décision est peu compréhensible pour son entourage, et est pour lui, une manière de reconquérir une certaine notoriété perdue après son séjour mexicain et le flop de son dernier film. Mais ce n’est pas si simple d’être en Allemagne dans les années 40. Après l’arrivée des Allemands à Paris, Constantin rejoint la France, s’installe à Paris, et tourne, mais l’arrestation d’un machiniste et de son décorateur par la Gestapo va entraîner, pour Constantin, une prise de conscience qui le conduira au drame.

Ce roman est très dense, parfois dérangeant, mais Sagan nous introduit dans la tête de Constantin, dans ses contradictions. Homme massif, imposant, il se sent protégé, un peu privilégié et ne comprend pas, ou ne veut pas comprendre ce qu’il se passe exactement, se réfugiant dans la fiction, dans son art, dans le monde un peu superficiel du cinéma, des décors et des acteurs. Sorte de Fabrice Del Dongo perdu au milieu de la bataille de Waterloo, Constantin est perdu au milieu de l’Occupation. La référence à La Chartreuse de Parme de Stendhal se révèle d’autant plus juste  que, dans la dernière partie du roman, là où tout bascule, Constantin tourne une adaptation du roman de l’auteur grenoblois. Il faudra que Constantin soit mis devant l’horreur des agissements de l’armée allemande pour que le voile se lève !

Une fois de plus, il était un homme qui ne comprenait pas, il fallait bien qu’il se l’avouât une fois pour toutes. Il était un homme heureux et décidé à le rester par toutes les forces de la lâcheté et de la compromission. (p.245)

– Si, dit-il, si ! J’ai refusé de voir qu’on leur faisait du mal. J’ai refusé de voir, j’ai menti, j’ai toujours menti. J’ai toujours fait semblant, j’ai toujours laissé faire. Je n’aurais jamais dû me taire, Wanda. J’aurais dû hurler, refuser, me faire tuer? Je suis complice de ma patrie, je suis responsable de mes actes cette fois-ci, Wanda : Il y a eu trop de morts… (p.259)

Sagan dit, et très bien, les affres de la conscience par temps de guerre, interroge sur le rôle que l’on doit tenir, montre l’impossibilité de croire, d’imaginer l’horreur à une époque où l’on pensait que les camps de la mort étaient des camps de travail. J’ai aimé cette plongée entre futilité, salon parisien, et angoisse et horreur de l’Occupation. Roman sombre, dérangeant donc, mais quel roman !!! et qui montre que Sagan n’est pas qu’une romancière du Paris léger et oisif !

« Wanda, gémit-il, Wanda, tu as raison de ne pas vouloir de moi, je suis un crétin ; je n’ai pas de sang dans les veines, ou j’ai du sang délayé, dilué d’eau : j’ai un sang d’aquerelle. » (pp.172/173).

Lecture Commune avec Delphine, IlseSév

Nous étions plus nombreuses au départ pour cette LC, mais les aléas de la vie sont ce qu’ils sont, malheureusement, donc j’ai une douce pensée pour Asphodèle et Anne.

Challenge Françoise Sagan organisé par Delphine et moi-même.