Triple Bilan de lectures : Mai – Juin – Mois Anglais 2019.


Entre la fin de l’année scolaire et ses réjouissants conseils de classe, réunions et j’en passe, puis les corrections du bac, les oraux du bac et enfin une perte de connexion d’une semaine, me voilà donc enfin de retour pour un triple bilan car avec tout ça je n’ai pas fait le bilan du mois de mai. Et comme nous sommes déjà le 2 juillet, il me faut également faire le bilan du mois de Juin qui était sous le signe de l’Angleterre.

Il est donc grand temps de nous y mettre. Comme ce billet risque d’être trop long, le mois de mai sera évoqué de façon très rapide et dans l’ordre chronologique. Pour le mois de juin, je serai plus diserte.

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« La morte amoureuse » Théophile GAUTIER


gautier la morte amoureuseLa Morte amoureuse est une nouvelle fantastique et romantique de Théophile Gautier, l’homme au gilet rouge de la bataille d’Hernani. Une fois n’est pas coutume, j’ai lu cette nouvelle sur ma liseuse.

Romuald, soixantenaire, prêtre de campagne, fait le récit de sa jeunesse et d’une rencontre étrange et mystérieuse avec une femme, Clairemonde, célèbre courtisane.

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« Mademoiselle de Maupin » Théophile Gautier


L’effet relecture offre, parfois, de drôle de surprise. J’avais gardé de ce roman un souvenir endiablé, passionnant, je l’avais largement étudié pour mon mémoire de D.E.A sur le mythe de Pygmalion, puis je l’avais un peu oublié. Comme il a fallu le relire pour Le Club des Lectrices, je me suis rendue compte que mon souvenir ne correspondait pas, ou du moins pour moitié, avec la réalité du roman.

En effet, le roman est découpé en deux grandes parties : la première est une succession de lettres envoyées par D’Albert à un ami, et dans lesquelles, le jeune homme se lamente sur son impossibilité à trouver la femme parfaite, entendez la femme parfaite physiquement, qui répondrait aux canons de la beauté à la fois des statuaires grecs et des peintres, tels que Rubens ou Rembrandt. Puis survient un étrange chevalier, Théodore de Sérannes, qui n’est autre que Madeleine de Maupin. Et l’on se doute que cette Madeleine correspond précisément aux critères de D’Albert.

Alors, certes, la première partie est un peu longuette, surtout que ce cher D’Albert a légèrement tendance à se répéter, mais, je crois que l’on peut voir, dans cette longue confession, deux choses. Tout d’abord, il faut rappeler que Théophile Gautier est un partisan de l’Art pour l’Art, ou ce que l’on appelle aussi, du moins les théoriciens de l’histoire littéraire, le Parnasse. Ce fameux Parnasse repose sur l’idée que seul l’art importe, et comme le définit Gautier dans sa fameuse préface : Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien, tout ce qui est utile est laid, car c’est l’expression de quelque besoin, et ceux de l’homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre et infirme nature. Ce roman s’offre donc comme un manifeste de la théorie de l’Art pour l’Art, et les références multiples à la statuaire et à la peinture viennent le confirmer.

La deuxième chose, est que Gautier est un romantique qui joua un rôle considérable lors de la bataille d’Hernani, notamment. Il fait partie des Jeunes-France, qui désignent donc un groupe de jeunes romantiques, dont faisait également partie Gérard de Nerval, et qui s’opposait aux Bourgeois, aux commerçants etc. Par réaction, ils portaient les cheveux longs, et arboraient des vêtements de couleur (le fameux gilet rouge de Gautier lors de la bataille d’Hernani) en réaction au costume noir des bourgeois.

On aperçoit Gautier avec son gilet rouge !

Aussi, dans Mademoiselle de Maupin, ces deux influences se retrouvent-elles : une écriture ciselée, et des états d’âme romantiques bien connus (mélancolie, recherche de l’amour pur, tentation du suicide, androgynie ou plus exactement travestissement de la femme en homme, le contraire est plus rare, et sans doute moins sensuel! etc.). Certains thèmes sont transversaux, comme la référence au mythe de Pygmalion largement évoqué dans le roman, mais aussi des références littéraires chères aux romantiques, comme Shakespeare (Comme il vous plaira, par exemple est explicitement cité !), mais aussi, j’ai noté des accents baudelairiens chez Gautier, ce qui n’est guère étonnant quand on sait que le recueil Les Fleurs du Mal, lui sera dédié en 1857. Disons que Gautier fait du Baudelaire, avant Baudelaire : Que de temps j’ai perdu, ô mon idéal ! (p.149) ou encore j’ai des songes de pierre (p.209), qui trouve un échos dans « La Beauté » : Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre.

Au-delà donc d’une simple histoire, Théophile Gautier écrit un roman comme une illustration de ce qu’il pense de l’Art, et rompt donc les attentes bourgeoises d’une aventure rocambolesque, pleine de péripéties. Ce roman était une commande, et il a quelque peu rechigné à l’écrire, l’abandonnant, le reprenant, et cette petite phrase, qui n’a l’air de rien perdue dans la masse, semble être comme un petit clin d’oeil ironique : Il est ennuyeux d’écrire un roman, et plus ennuyeux de le lire (p.241).

Une lecture donc, pas toujours facile, mais qui donne accès à une langue, un style qui frôle la perfection, et je ne peux m’empêcher de citer cette phrase que j’aime beaucoup, tant elle me paraît vraie  :

je me souvenais de mes actions anciennes […] comme du début d’un roman dont je n’aurais pas achevé la lecture (p.233).

Roman lu dans le cadre du Club des Lectrices, du Challenge Romantique et du Défi de Mia.