« La morte amoureuse » Théophile GAUTIER


gautier la morte amoureuseLa Morte amoureuse est une nouvelle fantastique et romantique de Théophile Gautier, l’homme au gilet rouge de la bataille d’Hernani. Une fois n’est pas coutume, j’ai lu cette nouvelle sur ma liseuse.

Romuald, soixantenaire, prêtre de campagne, fait le récit de sa jeunesse et d’une rencontre étrange et mystérieuse avec une femme, Clairemonde, célèbre courtisane.

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« Emmeline » Alfred de MUSSET.


Musset emmelineLa collection Folio 2€ me donne l’occasion de découvrir deux nouvelles d’Alfred de Musset : Emmeline publié en 1837 et Croisilles de 1839. La première fut publiée la même année que Nuit d’octobre, poème faisant partie des Nuits, recueil indéniablement écrit en référence à George Sand. L’année d’avant, il publiait La Confession d’un enfant du siècle, roman sur sa relation avec George Sand. Or en lisant Emmeline, une petite voix me disait que cette héroïne avait quelques points communs avec cette dernière et certaines phrases semblent comme inspirées de leur relation.

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« Journal du premier amour » Giacomo LEOPARDI


leopardi journalAlors que la Rentrée Littéraire bat son plein, j’avais envie de revenir à des textes classiques. C’est en errant dans les rayons de la Bibliothèque Municipale, que j’ai découvert ce petit ouvrage de Giacomo Leopardi, poète italien du XIXème siècle qui livre ici le récit de son âme. Ce petit ouvrage se compose de plusieurs textes autobiographiques allant d’un journal écrit à 17 ans et de notes en vue d’une autobiographie que l’auteur avait envie d’entreprendre alors qu’il n’était âgé que de 27 ans.

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« Armance » Stendhal


stendhal armanceArmance est le premier roman de Stendhal, publié en 1827. Il raconte l’histoire conjointe d’Octave de Malivert et d’Armance Zohiloff, sa cousine.

En préparant ce billet, je me suis rendue compte que le sujet-même de ce roman m’était passé totalement au dessus de la tête. En effet, Stendhal aurait souhaité traiter le problème de l’impuissance d’Octave. Je dois avouer que je n’ai absolument pas saisi les implicites, ce qui me contrarie beaucoup, ayant l’impression d’être, par là même, passé à côté du roman.

Octave de Malivert est un jeune homme désabusé, issu d’une famille sous la Restauration. Revenu de l’émigration, son père aspire à un dédommagement de deux millions qui permettrait alors à Octave de retrouver un rang acceptable dans la société. Sa cousine, Armance, orpheline, issue d’une famille résidant en Russie, est prise sous l’aile de Madame de Bonnivet, femme respectable qui tient salon à Paris. Entre Octave et Armance, qui se voient essentiellement dans le salon de Mme. de Bonnivet, nait un amour pur et puissant. Octave se refuse à l’amour pensant en être indigne, mais veut à tout prix rester digne de l’estime d’Armance, qui, pour lui, incarne la perfection.

Tout le roman est un chassé-croisé entre Octave et Armance, mêlé de quiproquos, de doutes et de malentendus.

Dans ce roman, Stendhal use d’un plume romantique compréhensible en 1827. Octave souffre du mal du siècle, l’amour y est comme désincarné et la fois pu et, inaccessible. Indécis, suicidaire, Octave est le héros romantique par excellence, encore loin de Fabrice Del Dongo ou de Julien Sorel, même si la notion de l’ambition est bien présente dans ce roman. Les références à Byron ou à Shakespeare confirment encore l’esprit romantique qui règne dans ce roman.

On devine le futur Stendhal dans ce premier roman qui, pourtant, en a aussi les faiblesses : des longueurs et des répétitions qui rendent le récit parfois un peu long. Pour une Grenobloise comme moi, certains éléments m’ont fait sourire comme cette proportion à donner aux personnages secondaires les noms des villes avoisinantes de Grenoble. Ainsi croise-t-on un valet nommé Voreppe, un Monsieur de Meylan ou encore une Madame de Claix. L’emprunte dans sa région est confirmée par le domaine de Malivert, terre d’Octave, que Stendhal situe délibérément dans le Dauphiné. Stendhal révèle ici son appartenance à sa région de naissance à travers ces noms, alors même qu’il fut, durant sa vie, souvent assez critique sur cette ville de province.

Stendhal dresse également un portrait de la France sous la Restauration et notamment de cette Noblesse qui tente de retrouver son rang avec les affres de la Révolution. Il y décrit les médisances, les intrigues, les rivalités en les opposant à la pureté des sentiments d’Octave et d’Armance. Le salon de madame de Bonnivet concentre tout l’esprit de cette époque.

Dans ce premier roman, se perçoit déjà le style stendhalien : l’ironie et la présence du JE du narrateur si symptomatique de ces autres romans :

Mais le lecteur est peut-être aussi las que nous de ces tristes détails ; détails où l’on voit les produits gangrenés de la nouvelle génération lutter avec la légèreté de l’ancienne. (p.250).

Même si, sans doute, certains éléments m’ont échappée, la lecture de ce roman m’a permis de renouer avec le XIXème siècle, d’en saisir à nouveau la profondeur, même si ce roman n’est sans aucun doute pas mon préféré de Stendhal. Il reste un roman intéressant qui donne une vision du grand auteur qu’il deviendra quelques années plus tard.

Roman lu dans le cadre du Challenge Stendhal, du Challenge PAL Noire – voire PAL des oubliettes -,  et du Challenge un classique par mois  et du Challenge Romantique.

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« Mademoiselle de Maupin » Théophile Gautier


L’effet relecture offre, parfois, de drôle de surprise. J’avais gardé de ce roman un souvenir endiablé, passionnant, je l’avais largement étudié pour mon mémoire de D.E.A sur le mythe de Pygmalion, puis je l’avais un peu oublié. Comme il a fallu le relire pour Le Club des Lectrices, je me suis rendue compte que mon souvenir ne correspondait pas, ou du moins pour moitié, avec la réalité du roman.

En effet, le roman est découpé en deux grandes parties : la première est une succession de lettres envoyées par D’Albert à un ami, et dans lesquelles, le jeune homme se lamente sur son impossibilité à trouver la femme parfaite, entendez la femme parfaite physiquement, qui répondrait aux canons de la beauté à la fois des statuaires grecs et des peintres, tels que Rubens ou Rembrandt. Puis survient un étrange chevalier, Théodore de Sérannes, qui n’est autre que Madeleine de Maupin. Et l’on se doute que cette Madeleine correspond précisément aux critères de D’Albert.

Alors, certes, la première partie est un peu longuette, surtout que ce cher D’Albert a légèrement tendance à se répéter, mais, je crois que l’on peut voir, dans cette longue confession, deux choses. Tout d’abord, il faut rappeler que Théophile Gautier est un partisan de l’Art pour l’Art, ou ce que l’on appelle aussi, du moins les théoriciens de l’histoire littéraire, le Parnasse. Ce fameux Parnasse repose sur l’idée que seul l’art importe, et comme le définit Gautier dans sa fameuse préface : Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien, tout ce qui est utile est laid, car c’est l’expression de quelque besoin, et ceux de l’homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre et infirme nature. Ce roman s’offre donc comme un manifeste de la théorie de l’Art pour l’Art, et les références multiples à la statuaire et à la peinture viennent le confirmer.

La deuxième chose, est que Gautier est un romantique qui joua un rôle considérable lors de la bataille d’Hernani, notamment. Il fait partie des Jeunes-France, qui désignent donc un groupe de jeunes romantiques, dont faisait également partie Gérard de Nerval, et qui s’opposait aux Bourgeois, aux commerçants etc. Par réaction, ils portaient les cheveux longs, et arboraient des vêtements de couleur (le fameux gilet rouge de Gautier lors de la bataille d’Hernani) en réaction au costume noir des bourgeois.

On aperçoit Gautier avec son gilet rouge !

Aussi, dans Mademoiselle de Maupin, ces deux influences se retrouvent-elles : une écriture ciselée, et des états d’âme romantiques bien connus (mélancolie, recherche de l’amour pur, tentation du suicide, androgynie ou plus exactement travestissement de la femme en homme, le contraire est plus rare, et sans doute moins sensuel! etc.). Certains thèmes sont transversaux, comme la référence au mythe de Pygmalion largement évoqué dans le roman, mais aussi des références littéraires chères aux romantiques, comme Shakespeare (Comme il vous plaira, par exemple est explicitement cité !), mais aussi, j’ai noté des accents baudelairiens chez Gautier, ce qui n’est guère étonnant quand on sait que le recueil Les Fleurs du Mal, lui sera dédié en 1857. Disons que Gautier fait du Baudelaire, avant Baudelaire : Que de temps j’ai perdu, ô mon idéal ! (p.149) ou encore j’ai des songes de pierre (p.209), qui trouve un échos dans « La Beauté » : Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre.

Au-delà donc d’une simple histoire, Théophile Gautier écrit un roman comme une illustration de ce qu’il pense de l’Art, et rompt donc les attentes bourgeoises d’une aventure rocambolesque, pleine de péripéties. Ce roman était une commande, et il a quelque peu rechigné à l’écrire, l’abandonnant, le reprenant, et cette petite phrase, qui n’a l’air de rien perdue dans la masse, semble être comme un petit clin d’oeil ironique : Il est ennuyeux d’écrire un roman, et plus ennuyeux de le lire (p.241).

Une lecture donc, pas toujours facile, mais qui donne accès à une langue, un style qui frôle la perfection, et je ne peux m’empêcher de citer cette phrase que j’aime beaucoup, tant elle me paraît vraie  :

je me souvenais de mes actions anciennes […] comme du début d’un roman dont je n’aurais pas achevé la lecture (p.233).

Roman lu dans le cadre du Club des Lectrices, du Challenge Romantique et du Défi de Mia.