« Nous étions faits pour être heureux » de Véronique Olmi (Rentrée Littéraire 2012)


Au commencement, il y a une date : 18 octobre 2012, et une rencontre furtive et muette entre une femme et un homme tenant une petite fille par la main. Puis le roman fait machine arrière, et Véronique Olmi nous fait emprunter le chemin qui nous a menés, un an plus tôt, à ce 18 octobre 2012.

Suzanne, une bonne quarantaine d’années, est accordeuse de pianos pour particuliers et pour le conservatoire de musique de Paris. Elle se rend régulièrement chez Lucie, trentenaire, mariée à Serge, homme d’une soixantaine d’années, agent immobilier pour des clients fortunés. Suzanne et Serge sont la femme et l’homme du début du roman.

J’ai parlé il y a une quinzaine de jours d’Un si bel avenir qui était le premier roman que je lisais de Véronique Olmi, et que j’avais particulièrement aimé. Dans ce nouveau roman, Véronique Olmi plonge ses personnages dans une ambiance luxueuse et intellectuelle, et s’intéresse à nouveau aux relations de couple, au désir et au passé. Le problème que j’ai avec ce roman tient à une impression de redite, et sans doute, ce que je pensais être bénéfique (avoir lu un autre roman de cette auteure avant celui-ci), s’est finalement avéré néfaste.

En effet, plusieurs situations de ce roman m’ont rappelé celles d’Un si bel avenir : un couple avec une différence d’âge ; un passé familial tumultueux ; un personnage de père vieillissant et malade ; un secret de famille. Tous ces ingrédients sont donc des topos qui sont réexploités et assaisonnés d’une nouvelle sauce. Sans doute que si je n’avais pas lu Un si bel avenir, mon avis serait-il différent, mais j’ai eu un peu l’impression de lire le même livre avec cependant l’intensité en moins.

Au-delà de ce problème, il faut reconnaître que Véronique Olmi sait parler du désir, des hésitations, des relations conflictuelles entre les hommes et les femmes, de leurs différences de perception de la vie et la façon dont elle aborde l’arrivée du vieillissement et l’impression d’être un peu passé à côté de sa vie sont particulièrement bien rendues. On suit donc ces trois personnages très différents (Suzanne, Serge et Lucie) avec un certain intérêt, chacun plus ou moins englué dans sa vie.

La relation entre Suzanne et Serge est à la fois clairement liée au désir, mais reste cependant quelque peu énigmatique dans la mesure où celle-ci est essentiellement perçue à travers le personnage de Serge. Les ressentis de Suzanne sont plus obscurs, elle est dans l’attente d’un signe de Serge, à disposition, et cette disponibilité, ainsi qu’un certain mutisme quand ils se retrouvent, m’ont gênée. Je l’ai trouvé passive alors qu’elle m’apparaissait beaucoup plus volontaire au tout début du roman.

Serge, comme la Clara d’Un si bel avenir, est miné par son passé, à tel point qu’il peine à établir une relation saine avec son fils. Il voudrait être différent de son père, et pour cela, met une distance entre son fils et lui. Comment ne pas refaire les erreurs de ses parents, ces erreurs dont on a souffert enfant, et dont on veut épargner ses propres enfants? Serge opte d’abord pour la mise à distance avant de finir par affronter enfin son passé (comme Clara, d’ailleurs.)

Il n’en reste pas moins que le style est agréable et m’a fait poursuivre ma lecture, je me suis laissé bercer. Rien de vraiment nouveau cependant sous le soleil, ce roman reste avant tout un roman sur l’adultère. L’originalité cependant tient au passé de Serge, mais aussi au fait que la maîtresse choisie est une femme relativement âgée et banale. Serge choisit une femme qui, au départ, ne lui plaît pas vraiment et on pense alors à l’Odette de Swann ou à la Bérénice d’Aurélien. Malheureusement l’ampleur romanesque de Véronique Olmi reste quelque peu en deçà d’un Proust ou d’un Aragon.

Enfin, un élément plus secondaire mais qui a eu son charme dans ce roman est la présence de Paris. Au fil des pages, nous déambulons dans Paris, essentiellement les quartiers chic de la capitale, mais aussi celui plus populaire et extrêmement touristique de Montmartre et de la place du Tertre. Serge vendant des appartements luxueux, le lecteur est entraîné à sa suite dans les rues parisiennes, et on sent en lisant Olmi son amour pour cette ville.

Malgré tout je reste donc assez mitigée sur ce roman qui n’a pas eu sur moi la portée d’Un si bel avenir.

Roman lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire (co-organisé avec Mimi), et du Challenge Paris.

Merci aux Editions Albin Michel.