Analepse…


Il est temps de rembobiner le film, d’effectuer un retour en arrière sur ces deux derniers mois que j’ai vécu un peu en apnée. Deux mois sans avoir le temps d’ouvrir le blog, plongée que j’étais dans les révisions pour le CAPES, puis la formation pour l’oral, puis le concours, puis l’euphorie des résultats, puis le stress qui retombe et me laisse sur les rotules, puis l’amas de travail pour mes cours, mes copies laissées en friche (8 paquets de copies fois 30 élèves) que je finis à peine ce week-end (mes élèves ont été patients), puis les descriptifs pour ma classe de Première à rendre… J’ai eu l’impression d’être emportée dans un tourbillon, les émotions à fleur de peau : oscillant entre une angoisse plus ressentie depuis les examens en fac, mains moites, cœur qui s’emballe, boule dans la gorge et puis le suprême soulagement, inattendu, libateur, que je ne réalise pas encore.

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« Titus n’aimait pas Bérénice » Nathalie AZOULAI – Rentré Littéraire 2015


Azoulay TitusBérénice est sans doute ma tragédie préférée de Jean Racine. Et Dieu sait comme j’aime la langue de Racine, sans doute parce que j’ai appris à l’aimer, à la comprendre durant mes études. C’est en Première, avec Mithridate, que tout a commencé. En fac, Racine est revenu souvent, et à chaque fois je ressentais des frissons en lisant ses alexandrins, si bien que j’ai voulu en lire davantage par moi-même. Mais Bérénice fut un choc émotionnel comme seul la littérature peut en provoquer. Aussi, il m’était impossible de passer à côté de ce roman.

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Bilan de lecture Mensuel : Mai 2013


Après mon défi du mois d’avril, j’ai eu surtout envie de laisser venir à moi les lectures, j’ai aussi voulu prendre mon temps. Ce bilan du mois de mai est un peu moindre que celui d’avril, d’autant que j’ai aussi été un peu occupée professionnellement. J’ai donc lu :

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« Andromaque » Jean Racine – Théâtre


Racine AndromaqueUn petit retour aux classiques ne fait jamais de mal, et revenir à Racine reste toujours pour moi un plaisir particulier. Mes études de Lettres m’ont amenée à lire, voire relire plusieurs de ses pièces (Phèdre, Iphigénie, Britannicus, Mithridate, Bérénice). Il me semble avoir déjà lu Andromaque, mais mes souvenirs étaient assez flous et une circonstance pro m’a poussée hier soir à me replonger dans le théâtre classique. Lire des alexandrins, et surtout ceux de Racine fut donc un réel délice et, si ce n’était l’heure tardive, je les aurais bien lus à haute voix tant la musicalité de ces vers est forte.

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« Les Lumières du théâtre : Corneille, Racine, Molière et les autres » d’Anne-Marie Desplat-Duc


En cette période de rentrée scolaire, où tant de collégiens et lycéens vont aborder le théâtre du XVIIème siècle, voici un livre que tous les parents, si ce n’est les enseignants, devraient placer sur la table de chevet de leurs enfants. Bien que destiné à de jeunes lecteurs à partir de 11 ans, ce livre peut être lu à tous les âges, tant il regorge d’informations, et d’anecdotes sur des auteurs que l’on a trop souvent tendance à ne percevoir que d’un point de vue bêtement scolaire.

Le grand mérite d’Anne-Marie Desplat-Duc, que l’on connaît pour sa série Les Colombes du Roi Soleil, fait pénétrer son lecteur dans l’intimité créatrice de Corneille, Molière ou Racine, sans oublier La Fontaine ou Boileau, et c’est un régal. Tout à coup ces auteurs nous apparaissent vivants, dépoussiérés, leurs œuvres prennent une autre signification car sont envisagées du point de vue des auteurs : ils y mettent leurs espérances, leur esprit de vengeance ou leur désir de plaire au Roi, Louis XIV.

Anne-Marie Desplat-Duc se concentre sur une période précise allant de 1637 à 1680, soit de la création du Cid de Corneille, à la création de la Comédie-Française. En alternant les chapitres consacrés chacun, en alternance, aux quatre auteurs pré-cités, Anne-Marie Desplat-Duc nous fait partager leurs joies et leurs déceptions, leur amitié mais aussi leurs rivalités. Soudain, ils ne sont plus de simples noms mais ils prennent vie, ils se rencontrent, notamment dans des cabarets, ils fréquentent les mêmes femmes, essentiellement des actrices belles et infidèles, ils parlent entre eux de leurs œuvres, de leurs difficultés à écrire, à trouver des mécènes, à entrer dans les grâces du Roi. Et c’est un monde que l’on découvre. J’ai fait des études de lettres, et pourtant c’est la première fois que j’entends parler de l’amitié entre Molière et Boileau, par exemple.

Ce livre m’a plu (je pense que vous vous en doutiez un peu déjà!) parce qu’il donne une vision nouvelle de ces auteurs, il les rend accessibles, compréhensibles, il les montre vivants (c’est l’âge je me répète, mais c’est pourtant exactement le terme) et souvent assez différents de ce que l’on pouvait s’imaginer de leur personnalité à la lecture de leurs œuvres. Ainsi Racine m’a toujours semblé assez austère, rigoriste, alors qu’Anne-Marie Desplat-Duc le montre comme un homme aimant la nuit et ses plaisirs, et particulièrement ambitieux pour ne pas dire arriviste. Molière, que je connais un peu mieux, m’a beaucoup touchée dans le portrait qu’en fait l’auteur : ami fidèle, dévoué souvent trahi, il est montré comme un fou de théâtre, à la fois dramaturge, acteur, metteur en scène, chef de troupe, veillant aux moindres détails des mises en scène et du jeu des acteurs, inventif aussi quand il crée les fameuses comédies-ballets avec Lully. Corneille est l’homme du passé, sans cesse en lutte contre le jeune Racine qui n’aspire qu’à prendre sa place et à être reconnu comme le seul auteur de tragédies. Ou encore La Fontaine, le malchanceux.

Parallèlement, et en suivant la création des différentes pièces des uns et des autres, Anne-Marie Desplat-Duc nous explique le théâtre de l’époque, évoque les grands acteurs et actrices de ce XVIIème siècle, montre les rivalités entre l’Hôtel de Bourgogne et le Palais-Royal, le théâtre de Molière. Elle dresse aussi, en filigrane, le portrait d’un Roi friand de divertissements, parfois généreux ou parfois refusant la grâce. La lutte de chaque instant pour produire des pièces somptueuses, l’espoir de plaire au Roi et de pouvoir vivre ainsi de leur métier. Elle dit aussi, ou rappelle, cette sombre condition des dramaturges et des comédiens voués à la fausse commune s’ils ne renoncent, sur leur lit de mort au métier qui fut le leur. Elle nous parle enfin de leur vie d’homme, les mariages, les infidélités, la mort des enfants.

Ce livre est enfin une bonne nouvelle dans ma traversée des lectures bof-bof, une vraie bouffée d’air qui me donne envie de relire toutes ces pièces évoquées au fil de ses pages.

Merci aux Éditions Flammarion Jeunesse et à Brigitte G. pour sa confiance.

Livre lu dans le cadre du Challenge Biographie.