« Petit pays » Gaël FAYE


Gabriel a grandi au Burundi. D’une mère, Yvonne, Tutsi, qui a fui le Rwanda, et d’un père français. Il a des copains : Gino, les jumeaux et puis Armand. Ils se baignent dans la rivière Muha, ils volent les mangues de Mme Economopoulos pour les revendre, ils se retrouvent dans l’impasse, leur lieu à eux, ou dans le vieux Combi. Bref ils font les 400 coups. Mais les événements politiques viennent s’immiscer dans l’univers de l’enfance. Le Rwanda, là en face, entre en guerre civile. Les affrontements montent petit à petit en puissance, les massacres commencent et l’enfance recule.

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« Le Renversement des pôles » Nathalie CÔTE – Rentrée Littéraire 2015 #7


côte le renversementMon mois de septembre est décidément dédié à la Rentré Littéraire. Voici ma huitième lecture (il me reste encore un billet à écrire), et pour la première fois, une lecture décevante. Le ton est donné.

Deux couples louent un appartement dans la même résidence de vacances dans le sud : les Bourdon et les Laforêt. Deux couples avec enfants, deux couples dont les femmes aspirent à mieux. Virginie, mal dans sa peau avec ses kilos en trop, en a assez de sa 307 et rêve d’acheter le dernier Tiguan, mais l’argent manque, malgré les heures sup que fait son mari, technicien en informatique ; Claire, athlétique enchaîne les longueurs de piscine et ne supporte plus son mari trop prévenant, que tous ses amis envient car il s’occupe d’Erwan, leur fils, et fait la cuisine. Elle, elle veut une vie de rêve et d’argent, et lui, son mari, est passionné par la macrophotographie et son blog où il poste des photos mystères.

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« La Petite barbare » Astrid MANFREDI – Rentrée Littéraire 2015 #2


Manfredi barbareAstrid Manfredi tient un blog dont le titre m’a toujours plu : Laisse parler les fillesDans ce premier roman, elle laisse parler une fille. Une fille belle à faire fantasmer les mecs, une gamine de 23 ans qui a poussé sur le bitume d’une banlieue, une fleur du mal, une femme fatale nouvelle génération. Elle a compris toute jeune que sa plastique était son meilleur atout, le moyen facile de boire du champagne et d’arpenter les Champs Elysée dans des robes à paillettes et des escarpins pointus. Elle est l’appât d’un gang dirigé par Esba, son ami, celui qui ne l’a jamais regardé avec des yeux avides de désirs sales, vicieux ou concupiscents : Lui, noir et prophétique, la taille prise dans des costumes hors de prix (p.72). Ensemble, ils détroussent les friqués, ceux pour qui tout a réussi, les tout-puissants qui tombent dans le panneau d’un sourire et d’une robe trop sexy.

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« La Fabrique du monde » Sophie VAN DER LINDEN – Rentrée Littéraire 2013.


van der linden la frabrique du mondeLa Fabrique du monde de Sophie Van der Linden est un roman sélectionné cette année par les magasins Cultura dans le cadre d’une opération lancée il y a onze ans : Talents à découvrir, et qui, comme son titre l’indique, tend à mettre en avant des romans de la Rentrée Littéraire peu connus ou dont on parle peu. Je vous reparlerai plus longuement et plus dans le détail de cette opération, devant me rendre à la remise des prix en présence des auteurs jeudi midi.

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« Lune Mauve : la disparue, tome 1 » de Marilou AZNAR


aznar lune mauveDepuis l’ouverture de ce blog, mes lectures se sont beaucoup diversifiées. Soit du fait des découvertes faites sur des blogs amis, soit du fait de certains partenariats avec des maisons d’édition. Ce roman a atterri chez moi grâce aux Editions Casterman et à la recommandation de la responsable jeunesse qui a également mis en place une rencontre avec l’auteure. Je trouvais intéressant de participer au lancement d’un premier roman et la perceptive de rencontrer l’auteure m’a également séduite.

Plus près du démon de midi que de la crise d’adolescence, vous le savez, je suis une lectrice quelque peu exigeante, mais aime être surprise voire poussée à revoir mes préjugés et autres a priori. J’ai donc commencé ce roman d’un peu plus de 400 pages lundi et l’ai fini ce matin. Une lecture rapide avec des plus et des moins.

Séléné Savel a toujours vécu en Bretagne entre une vieille maison de famille à Roscanvel sur la presqu’île de Crozon dans le Finistère et Rennes où elle était collégienne. Sa mère a mystérieusement disparue quand la jeune fille était encore enfant, laissant pour tout souvenir un tableau étrange d’un monde imaginaire éclairé par une lune mauve. Son père, professeur de littérature érudit, l’envoie à Paris, dans le très sélect lycée Darcourt. Elle est accueillie par sa grand-mère paternelle. Jeune fille effacée, légèrement asociale, elle va se heurter de plein fouet à la jeunesse huppée des beaux quartiers de Paris et notamment va retrouver sa cousine Alexia, beauté diaphane et star de son lycée. Très vite dédaignée par la belle Alexia, moquée pour son côté provincial et surnommée la Bigouden, Séléné vit ses journées de lycée avec angoisse et colère. Dans cette atmosphère lourde, l’apparition de Laszlo, élève de prépa, grand, beau au regard d’émeraude, lui fait éprouver ses premiers émois, mais son étrangeté, sa façon d’apparaître et de disparaître ainsi que certains évènements bizarres la reliant à sa mère, va entraîner la jeune fille dans des péripéties dont elle se serait bien passé et révéler un destin qu’elle ne soupçonnait pas.

Ce petit résumé parle tout seul. Bien qu’ayant peu lu de romans fantasy (si ce n’est L’Histoire sans fin de Michael Ende – lu dans ma folle jeunesse – ou Filles de lune d’Elisabeth Tremblay), les situations de départ sont toujours un peu les mêmes : une jeune fille ou un jeune homme qui, jusqu’à présent vivait une existence normale découvre à un moment M qu’il ou elle n’est pas ce qu’il ou elle croit et qu’il ou elle est promis(e) à un destin supérieur qui va l’emporter dans un monde parallèle. Rien de neuf donc sous la lune et Marilou Aznar maîtrise bien les codes du genre.

Toute la partie sur la vie de Séléné dans son lycée est intéressante, souvent pertinente et bien au-dessus de l’ennuyeux Fascination de Stephenie Meyer où, sans aucun intérêt, cette pauvre Bella traîne son cartable de cours de Sciences Nat en cours de sport avec le passage obligé à la Cafet’. Séléné, au contraire, bien que méprisée par la quasi totalité des élèves de sa classe, sait se défendre et certaines réparties font mouche et révèlent une personnalité loin d’être mièvre ce qui n’est pas pour me déplaire, les héroïnes fragiles et « poupées de chiffon » n’étant pas mon fort. Ensuite les éléments de fantasy, l’étrange, les références à un monde parallèle sont assez bien mis en place tout au long du roman, et l’interférence progressive entre les mondes se fait assez naturellement. La duplicité de certains personnages (Laszlo et la fille aux cheveux gris, par exemple) permet également de douter et les bons et les méchants ne sont pas définis de façon manichéenne si bien que, comme Séléné, on ne sait pas toujours à quel saint se vouer. Autre élément qui m’a plu, les références littéraires disséminées et qui ne font pas clichés à mon sens. D’ailleurs faire du père de Séléné un spécialiste de Saint-Pol-Roux en est la preuve.

L’intrigue est donc plutôt bien construite et le peu de jours qu’il m’a fallu pour lire ce roman prouve assez que l’on est poussé à en apprendre toujours plus. Certes certains points me laissent un peu dubitative et certaines coïncidences ou facilités rompent un peu la vraisemblance, mais l’ensemble reste assez cohérent.

Toutefois mon avis ne serait pas complet sans quelques remarques moins positives, mais qui tiennent finalement plus au genre en lui-même. Le personnage de Laszlo, beau ténébreux, m’a laissé de glace, trop caricatural à mon goût pour provoquer chez moi un quelconque intérêt, tout comme les transports de Séléné qui lui font perdre toute raison et résistance sous les baisers brûlants du même.  Heureusement l’identité dévoilée du beau mec et la fin du roman montrera que ce personnage est un peu plus complexe, mais sur le moment, il y avait quelque chose de trop attendu.

Répondre aux codes du genre est bien, mais il est bien aussi de le renouveler un peu. Le thème de la lune par exemple apparaît là encore comme un cliché du genre. Je citais au début de mon billet Filles de lune, mais je pense aussi à la série, 16 lunes ou encore au tome 2 de Twilight, Tentation en français, New Moon en anglais. On n’a pas fini comme les loups de hurler sous la lune, mais même Murakami dans 1Q84 se plait à rêver sur cet astre, alors…

En résumé, je dirais que si vous êtes un ou une adepte du genre vous serez sans doute conquis par ce roman, pour son personnage principal, pour l’intrigue, pour les différents éléments relevant de la fantasy. Si, comme moi, ce genre vous est moins familier, ce roman vous fera cependant passer un moment agréable si vous oubliez un peu les facilités du style et certaines coïncidences téléphonées. Il n’en reste pas moins que Marilou Aznar sait décrire l’adolescence, et que quand elle parle et évoque les tourments réels de ses jeunes personnages, elle atteint son but.

Le roman sera disponible en librairie Mercredi 6 Mars. Je rendrai compte de ma rencontre avec l’auteure, Marilou Aznar, mais vous pouvez visiter son blog et la page Facebook consacrée au roman.

Roman lu dans le cadre du Challenge Amoureux (catégorie Amours Adolescentes), du Challenge Petit Bac (cat. COULEUR liste principale) et du Challenge Cartable et Tableau Noir.

Challenge Amoureux saison 3challenge Petit Bac 2013challenge cartable et tableau noir

« L’Agenda » de Caroline Duffaud – Rentrée Littéraire 2012.


L’Agenda est un premier roman de la Rentrée Littéraire, qui m’est parvenu par le biais de  son auteur. Le sujet m’a plu, pour la simple et bonne raison que je suis une fan des agendas de la rentrée scolaire. Comme la narratrice de ce roman, je les choisis toujours avec attention, minutie, et ils sont toujours la promesse d’un nouveau départ, et de tous les possibles.

La narratrice, chargée de communication dans une agence d’événements, a, quelques mois avant l’achat de son agenda, décidé de démissionner, de mener une autre vie. Plus de rendez-vous, plus de coups de fils incessants, le vide s’installe et elle le savoure. Après un flash-back qui explique comment elle en est arrivé à l’achat de cet agenda, elle raconte sa vie, fait de petits riens, de rencontres sexuelles rapides, d’une vie qui se limite à deux rendez-vous hebdomadaires : le cours de yoga et le rendez-vous chez son psy. Le style est simple mais fonctionne bien, et l’on suit cette jeune femme qui se réapproprie sa vie, un peu triste quand même, avec plaisir.

Là où cependant j’ai été moins convaincue est dans le traitement que l’auteur fait de ce fameux agenda, qui, assez vite, passe au second plan. Le récit est construit comme un journal, et l’on pouvait penser que ce journal était tenu dans l’agenda en question, mais non. Il ne s’agit pas d’un journal au quotidien non plus, mais d’un récit qui saute les semaines et se limite à une note par mois. A aucun moment, la narratrice ne fait état de ce journal et du même coup, je me suis senti un peu perdue : où et quand écrit-elle finalement ce journal et pourquoi n’en parle-t-elle pas ? L’agenda devient presque superflu, puisqu’il est délaissé au profit d’un journal (avec en en-tête des dates précises) dont on ne nous dit rien. Pourquoi ne pas avoir fait de l’agenda un journalier, ne pas l’avoir détourné de sa fonction première pour y noter, au jour le jour, les petits évènements de sa nouvelle vie. L’idée surgit soudain à la page 83 (sur un roman qui en compte 126) : Alors, j’ai décidé de l’utiliser comme journal de bord pour éviter une nouvelle dérive. Mais cette idée aurait dû, selon moi, être le point de départ du roman. Il y a donc, me semble-t-il, un réel problème de construction, et une exploitation de l’idée de départ (très bonne) qui aurait pu être nettement plus aboutie.

Toutefois, si l’on laisse de côté ce problème de construction, le roman est intéressant en soi, car il touche un fait social important et auquel, les gens qui ne travaillent pas, qui n’ont pas d’activités dites sociales, sont confrontés. C’est l’expérience du vide. Quand on travaille, on se pose rarement la question de ce que l’on va faire de sa journée, comment on va l’organiser. Quand on travaille, au contraire, on sait qui l’on va rencontrer, ce que l’on a à faire, la journée est rythmée par des rendez-vous qui noircissent nos agendas. Quand on ne travaille pas et que l’on achète un agenda, le voir vide devient un reflet de notre vie, du moins de notre vie sociale. Or ce que montre l’auteur est que la vie est quand même remplie de petits faits, parfois insignifiants, mais qui la remplissent quand même. Elle peut avoir un goût d’inutilité parce qu’elle est à côté de la vie des autres : autre rythme, autres préoccupations, mais ce vide illusoire est finalement bénéfique car il permet de se remettre en question, de profiter d’une grasse matinée, d’une terrasse de café, d’une rencontre incertaine.

L’autre attrait de ce roman est la peinture de Paris. Comme la narratrice le répète de temps en temps, elle est une parisienne, et son récit est emprunt de ce statut. Et sans doute que la vie doit paraître encore plus vide dans on vit dans une ville qui va vite, qui est animée, où tout le monde semble avoir mille et une occupations. Elle est la parisienne qui profite des petits bistrots de quartier, qui a le frigo vide, qui fait ses courses le samedi car dans le semaine « on n’a pas le temps ». Son métier dans l’évènementiel lui procurait une vie facile, dans un beau quartier, sans problème d’argent réel. Une fois ce métier abandonné, elle découvre la vie des autres, des vendeuses de chaussures, des serveurs de café, mais aussi le plaisir de la campagne chez sa mère et redécouvre le plaisir de lire.

Un roman donc un peu imparfait mais intéressant toutefois, parfois drôle et qui se lit non sans déplaisir.

Merci à Caroline Duffaud.

Vous pouvez lire également le billet de Lili.

Roman lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire, du Challenge Paris. et du Challenge Premier Roman.