« Polina » Bastien Vivès


La première fois que j’ai entendu parler de ce roman graphique, c’était sur Europe 1, Bastien Vivès était invité dans l’ancienne émission de Michel Drucker, je revenais d’un oral blanc, et j’avais été captivée par l’interview. Ensuite, bien sûr, j’ai lu ici et là des billets sur les blogs, et j’ai finalement acheté ce roman après une visite de l’Opéra Garnier. Quand L’Ogresse m’a proposé une LC, j’ai donc sauté sur l’occasion. Je l’ai donc lu durant cette semaine d’après Noël, installée dans un bon fauteuil.

L’histoire est simple : Bastien Vivès relate la carrière de danseuse de Polina Oulinov. Ses débuts, ses auditions ratées ou réussies, et surtout cette relation faite d’attirance et de répulsion avec le professeur Nikita Bojinski, professeur exigeant qui a perçu en elle le talent. On suit donc les doutes de la jeune fille, ses douleurs, ses interrogations sur la danse, son histoire d’amour, ses errances, et sa célébration. Roman d’apprentissage, non de la danse, mais de sa prise de conscience du « pourquoi danse-t-elle », question que lui posa Bojinski et dont la réponse ne viendra qu’à la fin.

Les années passent, une page se tourne et on retrouve Polina plus âgée, un peu changée, et il faut retourner voir les pages précédentes pour comprendre qu’elle a grandi : son visage s’affine, son corps devient plus féminin, sort de l’enfance, ses préoccupations sont autres. J’ai trouvé cela fabuleux, cette façon de faire évoluer son personnage, l’ellipse temporelle qui se fait le temps de tourner la page.

Bojinski est ce mentor, à la fois craint et à la fois désiré, cette stature, cette incarnation d’un enseignement nouveau, qui rompt avec l’enseignement classique des écoles de danse officielles. On sent le malaise, et l’admiration de Polina pour son maître, mais en même temps l’emprise qu’il a sur elle. Il lui faudra plusieurs années pour comprendre son importance dans sa façon de danser, dans sa compréhension de la danse.

Les dessins m’ont un peu surprise, moi si peu familière de ces romans graphiques. Bastien Vivès joue avec les ombres noires, les silhouettes à peine ébauchées parfois. Polina, les oreilles décollées, mais l’allure aérienne et fine, a quelque chose à voir, je trouve, avec Piétragalla, du moins m’a-t-elle fait penser à elle. Bastien Vivès dessine avec talent les corps dansants, et si les visages sont sombres, ils reflètent néanmoins beaucoup d’émotions.

Ce fut donc une belle découverte.

Vous pouvez aller lire l’avis de L’Ogresse.