« Le Dernier enfant » Philippe BESSON.


Ma première rencontre avec Philippe Besson et son roman L’Arrière saison fut assez désastreuse. Le style m’avait fortement rebutée et j’avais mis de côté cet auteur. Alors pourquoi me suis-je lancée dans ce nouveau roman paru en janvier ? Pour son sujet.

Le roman se propose de raconter, l’espace d’une seule journée, le départ de la maison du petit dernier. Théo part s’installer dans un studio à quelques kilomètres de la maison familiale pour entamer ses études supérieures. Du matin de ce départ jusqu’au soir, on suit les pensées, les souvenirs, les angoisses de sa mère, Anne-Marie. Ce départ est un réel déchirement, un drame intime qui entraîne Anne-Marie dans un état dépressif. Toute la journée elle scrute les moindres gestes de son fils : du dernier petit-déjeuner qu’elle lui prépare jusqu’au moment de la séparation qu’elle essaie de retarder coûte que coûte.

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« L’arrière-saison » Philippe Besson


BessonAu commencement, une peinture d’Edward Hopper, parmi les plus connues, et un besoin (nous apprend Besson sur la 4ème de couv.) de raconter l’histoire des personnages représentés:

hopper

L’idée de départ était donc séduisante, et l’envie de lire cet auteur était une raison supplémentaire. Je connaissais donc Philippe Besson, l’homme, et le chroniqueur de cette émission de télé que je regarde avec plaisir chaque samedi : « ça balance à Paris », mais j’avais été aussi charmée lors d’une de ses interventions à « La grande librairie ». L’homme est sympathique, drôle, intéressant… tout était donc rassemblait, pensais-je, pour que ce roman me plaise!

Et pourtant….

Une femme, des hommes… et Besson nous raconte une histoire de séparation et de retrouvailles. Ce n’est pas tant l’histoire, le sujet de ce livre qui m’a déplu, que la façon dont elle est racontée et pire encore le style, voire l’absence de style.

J’ai tout d’abord été plusieurs fois stoppée net par l’emploi d’expressions populaires mal venues compte-tenu du contexte :

« Non, pour sûr, elle ne s’était pas préparée à ça » / « Chez Phillies, il ne viendra plus de client, pour sûr » : expression populaire, qui ne convient pas dans la bouche d’une femme raffinée et dramaturge.

« répéter par devers lui » : expression que l’on emploie généralement en droit, ou du moins dans un contexte professionnel.

« il se dirige présentement« : adverbe régional ou vieux qui semble déplacé dans la pensée d’un acteur de 36 ans.

« Tout de même, il devine… » : exclamation dite familière employée ici sans point d’exclamation et dans la bouche d’un acteur raffiné qui n’aime pas les diminutifs (prend soin d’appeler le barman Benjamin et non Ben), qui s’habille de façon chic !

Ce qui m’a frappée, et sans faire la pédante ou autre, c’est bien le décalage entre l’expression utilisée et le contexte! Est-ce un snobisme d’écrivain ou pire des maladresses grammaticales ?…. d’autant que mes yeux se sont brouillés à la lecture de ce pléonasme grammatical contre lequel je me suis battu durant mes années d’enseignement : le fameux « Car, en effet » (p.53 et p.168). Rappelons donc que « Car » et « En effet » signifiant la même chose soit « effectivement », mises côte à côte, ces deux conjonctions de coordination sont donc redondantes !

Outre ces erreurs (parfois grossières pour certaines), l’accumulation de clichés sur le couple inséparable, sur la douleur de la séparation rend toute émotion impossible. Il manque un élément essentiel : la sincérité, l’éclat !

Vous voulez quelques exemples ? voici donc ce que l’on peut lire :

– « Ben constate que si la beauté peut passer ou lasser, si elle peut s’estomper ou finir par ennuyer, le charme, en revanche, ça ne part jamais, c’est là, pour toujours , ça reste, intact » (p.80)

– « Stephen tient en horreur le temps qui passe, et qui reprend ce qu’il avait octroyé » (p.125)

– « si ce Norman ne « viendra pas », c’est sans aucun doute qu’il devait venir » (p.143) certes !

– « selon elle on ne refait pas sa vie, on la continue… » (p.182) voilà une pensée nouvelle !

J’ai conscience d’être particulièrement acerbe dans cette critique, mais tous ces lieux communs (et quelques autres choses encore, les accumulations, les rythmes ternaires à la chaîne etc.) m’ont considérablement éloignée de l’intrigue, rendant ces personnages figés, lointains, sans consistance ! (tiens! moi aussi je tombe dans le rythme ternaire!)  me rendant ce roman ennuyeux, poussif.

Pardon donc pour cette critique, mais voilà deux livres qui me laissent sur le bord de la route (zut encore un cliché) et la colère est mauvais conseillère, même si la nuit porte conseil…. oups attention je fais du Besson !

Ce roman fait partie de la sélection du Prix Littéraire des Blogueurs, selon la règle établie je ne peux vous faire part de ma note, mais je pense que vous aurez compris qu’elle ne sera pas très bonne !