Pourquoi j’ai abandonné « La Conversation amoureuse » d’Alice Ferney


droit de ne pas finir un livreDaniel Pennac, dans ses droits du lecteur, inclut ce droit-ci : Le Droit de ne pas finir un livre. Il s’agit du droit n°3. jeudi soir, j’ai fait valoir ce droit dont pourtant j’use avec modération d’habitude, tentant toujours de donner une chance au roman. Mais quand j’en viens à considérer un livre posé sur ma table de nuit avec un œil morne, quand je me rends compte que je préfère rester vautrée sur mon canapé à m’abêtir devant n’importe quelle émission de télé jusqu’à tard le soir plutôt que d’aller me coucher pour lire, quand je commence à compter les pages qu’il me reste pour atteindre le chapitre suivant, quand je souffle, soupire, baille, m’endors sur un livre quelque soit l’heure, je me dis que là, vraiment il va falloir que j’abandonne.

Alors j’ai abandonné La Conversation amoureuse d’Alice Ferney.

fernez la conversation amoureuse

Alice Ferney et moi, c’est une vieille histoire et en relisant mes billets (attention ce sont des billets rapatriés de mon ancien blog!) sur Paradis Conjugal et Les Autres, je me rends compte que finalement je chute toujours sur les mêmes choses dans ses romans.

Dans ce roman, Pauline et Gilles ont un premier rendez-vous. Pauline est mariée, Gilles est divorcé, ils ont fait connaissance en attendant leurs enfants à la sortie de l’école. Alice Ferney nous raconte par le menu leurs pensées tout au long de cette soirée.

J’ai lu une petite centaine de pages terrassée par un ennui insupportable et totalement incapable de m’intéresser à ce qui se trame dans l’esprit de ces deux personnages. Comme dans les deux précédents romans lus, il y a toujours un côté un peu gnangnan qui m’agace, mais je crois que ce qui m’a surtout épuisée sont les sempiternels : « pense-t-elle », « pense-t-il » qui ponctuent tout le texte jusqu’à l’overdose. Certes il ne doit pas être facile de rendre compte en simultanée des pensées des deux personnages, mais peut-être y avait-il d’autres manières de le faire, d’autres en tout cas ont trouvé la solution, n’est-ce pas M. Blondel ?

Je n’ai pas été du tout sensible à ces phrases trop bavardes, qui tournent sur elles-mêmes. Alice Ferney, du moins concernant les trois romans que j’ai « lus », part toujours d’une idée séduisante et qui m’a à chaque fois donné envie de lire ses romans, mais je me heurte à chaque fois aux mêmes problèmes et me dis que si le roman avait été plus court, plus condensé, il aurait sans doute pu me plaire.

Si l’on considère ensuite le nombre de livres qui sommeillent dans ma PAL, je me dis qu’il ne faut pas insister et vite courir ouvrir un autre livre.

Roman qui devait être lu dans le cadre d’une LC avec Enna (qui a déclaré forfait également) et Sylire qui elle en est venue à bout.

« Paradis Conjugal » Alice Ferney


Alice Ferney Paradis Conjugal, 2008, éd. Albin Michel

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L’Histoire

Elsa Platte, ancienne danseuse, mariée et mère de quatre enfants, passe son temps à voir et revoir le film Chaînes conjugales de Mankiewicz. Dépressive, elle s’interroge sur l’amour, son couple, la relation homme/femme. La veille au soir, elle a essuyé une dispute et son mari lui a lancé cette phrase qui la hante : « Demain soir et les soirs suivants, prépare-toi à dormir seule. Je ne rentrerai pas. Je ne rentrerai pas dans une maison où ma femme est installée devant la télévision, voit le même film depuis trois mois, ne se lève pas pour me préparer à dîner, et se couche sans me regarder! ». L’histoire du film vient se calquer sur sa propre vie : trois femmes qui doivent s’absenter pendant une journée entière, reçoivent, juste avant de partir, une lettre d’une quatrième leur annonçant que l’une d’entre elles ne retrouvera pas son mari en rentrant chez elle.

Ce que j’en pense

Mon impression est mitigée. Le début m’a un peu rebutée: réflexions un peu creuses avec des expressions toutes faites comme : « Elsa Platte est désemparée. C’est le tourbillon de la vie qui l’a emportée » (p. 27)… J’ai aussi eu un peu de difficultés à plonger dans l’histoire et notamment celle du film que je ne connaissais pas. Mais surtout on se demande parfois l’intérêt de raconter un film. En effet, l’auteur raconte par le menu, scène après scène, le film regardé par Elsa et deux de ses enfants. Le recit du film est entrecoupé de réflexions des enfants, et d’Elsa. Finalement le livre donne envie de voir le film mais pas forcément de lire. On connaît les transcriptions d’art au temps où la photographie n’existait pas (lire Baudelaire ou Zola parlant des peintres de leur époque), reste à savoir si ceci peut s’appliquer au cinéma, je n’en suis pas sûre! Puisque finalement on a parfois l’impression de lire le scénario romancé… où se trouve alors la part de l’écrivain, son imagination, son originalité, d’autant que le parallèle entre Elsa et les femmes du film est tellement copié-collé que le mécanisme tourne sur lui-même.

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J’ai également été dérangée par l’effet mode du roman. Tout en lisant le livre racontant le film, dans le fond de mon cerveau, je pensais à « Desperate Housewives »: 3 femmes différentes menacées par une quatrième nommée Addie (tiens tiens ne serait-ce pas Eddy?)… en faisant des recherches sur internet j’ai découvert que ce film de Mankiewicz était une sorte de « Desperate » avant l’heure! Il y a donc comme un effet d’emboîtement : le film de Mankiewicz, les « Desperate » et le livre de Ferney ! c’est ce que j’appelle suivre la vague !


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Enfin, dernier reproche : le côté nunuche à la fois du personnage principal mais aussi du style employé, cette façon de tomber dans les clichés surtout quand l’auteur évoque les tourments d’Elsa.

Je finirai par les points positifs. Quand Ferney raconte les scènes du film on est irrésistiblement porté par l’histoire, là les réflexions, l’analyse des personnages sont plus pertinentes, on s’attache à ces trois femmes et à ces hommes un peu malmenés. Mais (je ne peux y résister) le problème est que l’histoire n’appartient pas à l’auteur, et la composition des scènes non plus.

A vous de vous faire votre propre idée. Je n’ai pas lu d’autres romans d’Alice Ferney, peut-être que cela nuit à mon analyse. Si vous avez déjà lu ce roman ou un autre de Ferney n’hésitez pas à me laisser vos commentaires.

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6/10