« L’Avare » MOLIERE


Molière l'avareL’Avare fut créée pour la première fois en 1668 et ne rencontra pas un franc succès puisqu’elle ne fut jouée que neuf fois du vivant de Molière. En 1668, Molière a 46 ans et a déjà écrit ses grandes comédies : Tartuffe et Dom Juan. Avec L’Avare, il revient à des comédies plus divertissantes et à la prose, pour autant certains aspects de L’Avare me paraissent assez sombres.

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« Un homme trop facile » Eric-Emmanuel SCHMITT


schmitt un homme trop facileOn ne présente plus Éric-Emmanuel Schmitt, ses romans comme ses pièces sont souvent plébiscités. J’avais lu avec plaisir une précédente pièce sur Diderot : Le Libertin, qui avait été créée en son temps avec le regretté Bernard Giraudeau dans le rôle titre. Dans cette pièce publiée chez Albin Michel et actuellement à l’affiche du théâtre de la Gaité Montparnasse, Schmitt s’intéresse au Misanthrope de Molière.

Alex, acteur aimé et aimable, se prépare, dans sa loge à interpréter le rôle d’Alceste, quand apparaît dans son miroir un Inconnu. S’engage alors un dialogue, très souvent entrecoupé, entre l’acteur et le personnage désigné pendant toute la pièce par la périphrase : l’inconnu dans le miroir. A cette rencontre entre réalité et fiction, viennent s’adjoindre toute une série de péripéties : menace de mort sur Alex, tentative de séduction sur l’actrice incarnant Célimène, etc.

Si l’idée de départ est très alléchante et m’a donné envie de découvrir cette nouvelle pièce, je dois dire que tout l’à côté, les intrigues secondaires m’ont semblé du remplissage sans guère d’intérêt, notamment cette histoire de menace de mort qui n’apporte rien et entraîne la pièce dans des digressions qui frôlent l’absurde dans le mauvais sens du terme.

Je trouvais intéressant le sujet de la mise en abyme théâtrale, mais Schmitt la traite d’une façon simpliste, sans guère de profondeur et notamment en évoquant certaines habitudes liées au genre comme s’il nous apprenait des choses que, je pense, tout le monde connait : le fameux « merde » que l’on lance aux acteurs et auquel ils ne doivent pas répondre, les 3 coups du brigadier, et, comme si nous ne l’avions pas compris, cette réplique qui, je crois, a fini de me désespérer : Oh j’y pense, ce nom, il existe, c’est le vôtre : misanthrope (p.131) ! Mais c’est bien sûr, Alceste est le personnage du Misanthrope !!!! merci M. Schmitt nous ne l’avions pas compris. Mais il y a pire ! si si ! Grâce à Eric-Emmanuel Schmitt nous apprenons que le vrai nom de Molière était en fait Jean-Baptiste Poquelin : ben ça alors !!

Qu’en est-il du réinvestissement de la pièce de Molière ?

Pour coller à la pièce de Molière, Schmitt fait parler Alceste en alexandrins, mais, comment dire, n’est pas Molière qui veut, et du coup les vers manquent souvent de légèreté et les rimes sont parfois un peu tirées par les cheveux. (On peut être honnête homme, et faire mal des vers. Philinte, acte IV, scène I, vers 1144)

Cela dit (oui on va tenter de trouver quelques points positifs), l’intérêt que l’on peut trouver dans cette pièce réside dans le fait qu’Alex (vous remarquerez la proximité sonore entre Alex et Alceste !) n’est absolument pas un misanthrope et qu’en ce sens il serait plus proche d’un autre personnage de la pièce de Molière : Philinte. Devant cette opposition de caractère, l’inconnu assure qu’Alex n’est pas apte à incarner le rôle. Si Molière dénonçait l’hypocrisie de la Cour, Schmitt semble ici dénoncer (oui, si on veut!) l’hypocrisie du milieu des acteurs. Alex ainsi ne rabat pas le caquet d’un auteur présomptueux, par exemple, ce qui entraîne la colère d’Alceste, ou encore complimente à l’excès l’actrice principale de la pièce pour ne pas la contrarier avant de monter en scène.

Les échanges entre Alceste et Alex vont entraîner quelques reconsidérations. Sans aucun doute si Alex, finalement, interprète magistralement son rôle, c’est qu’il a, au préalable, pu converser avec l’Inconnu. Alex prend alors conscience de ses contradictions. Et cet inconnu dans le miroir que, nous tous, nous percevons lorsque nous nous observons, quand nous nous interrogeons sur notre paraître et notre être, n’est autre qu’une autre face de nous-même : ALEX : Je vous portais en moi, monsieur le Misanthrope, comme l’un de mes possibles que je n’ai pas choisi. (p.150). Le miroir nous reflète mais à « l’envers », face à nous, comme face à un autre, et cet autre, pour Alex est précisément son opposé et en même temps le personnage qu’il doit incarner sur scène. Voilà sans doute ce qui m’a le plus intéressée dans cette pièce, même si j’ai regretté que Schmitt n’aille pas plus au fond de son sujet, que les dialogues entre Alex et l’Inconnu ne soient pas plus nombreux. Il aurait sans doute fallu épurer la pièce de tous les à côté, pour se concentrer davantage sur la relation entre Alex et l’Inconnu. De même, comme je le disais plus haut, j’aurais aimé des réflexions plus intéressantes sur le théâtre, les acteurs et non ces clichés sans intérêt.

Vous l’aurez compris, je n’ai pas retrouvé le charme du Libertin, les répliques bien senties, les réflexions intéressantes. Jusqu’au titre, cette pièce me semble bâclée et c’est bien dommage. Je vous conseille donc plutôt de lire ou relire Le Misanthrope de Molière.

Merci aux Editions Albin Michel.

« Les Femmes savantes » de MOLIERE


Molière les femmes savantes oeuvre complète 4Je poursuis mon envie de lectures classiques avec cette comédie de Molière que je n’avais encore jamais lue. Voilà bien l’étrangeté des études de lettres qui m’ont fait étudier parfois plusieurs fois la même pièce et jamais certaines autres, mais il n’est jamais trop tard pour combler nos lacunes.

Molière a 50 ans quand il écrit cette pièce, on y voit souvent le signe d’une maturité et l’on sent en effet une pleine maîtrise du genre, avec un retour aux alexandrins et aux 5 actes qui lui donnent une allure classique quelque peu démentie par des registres qui se succèdent : comique, dans toute sa diversité, et élans tragiques. C’est donc une comédie, certes, mais sérieuse et qui aborde des thèmes que Molière avait déjà soulevés dans L’Ecole des femmes ou Les Précieuses ridicules, par exemple, mais ici ces thèmes prennent une nouvelle ampleur.

Dans la famille bourgeoise de Chrysale, rien ne va plus. Sa fille Henriette souhaite épouser Clitandre, une jeune homme qui a ses entrées à la Cour, honnête et mesuré, il incarne les valeurs de l’époque. Mais, sa femme, Philaminte, qui se pique de sciences et de littérature, a elle fermément décidé de la marier à Trissotin, poète dont elle ne cesse de vanter la grandeur, tandis qu’il est fortement reconnu comme médiocre à la Cour.

Vont donc s’affronter deux camps : celui du cœur (Chrysale, Henriette, Clitandre) et celui de l’esprit (Philaminte, Armande (sa fille aînée) et Béliste (soeur de Chrysale et légèrement perchée comme on dit aujourd’hui).

Molière critique ici, comme dans la plupart de ses pièces, les familles bourgeoises qui accèdent depuis peu à la science et notamment les femmes qui tiennent salon et se piquent de littérature sans en connaître grand chose.

A travers ses trois femmes savantes que sont Philaminte, Armande et Béliste, il dresse le portrait de trois types d’écueils : l’aveuglement et le manque de jugement de Philaminte ; la pédanterie d’Armande qui dit refuser le mariage mais qui se laisserait bien pliée et Béliste, vieille fille qui devient savante par dépit et pense que tous les hommes sont secrètement amoureux d’elle, elle incarne également ce que pourrait bien devenir Armande si elle s’obstine dans son rôle.

Les Femmes savantes est aussi une pièce à clefs. En effet, le fameux Trissotin, signifiant « trois fois sot » en largement inspiré de l’abbé Cotin qui avait fortement critiqué L’école des femmes. De même, la querelle entre Trissotin et Vadius fait échos à celle engagée entre Cotin et Ménage sur les mêmes motifs : l’un avait critiqué les vers de l’autre sans savoir qu’ils étaient du second.

Le sujet principal de cette pièce est avant tout la pédanterie. Thème encore et toujours d’actualité comme en témoigne ces quelques répliques :

Il semble à trois gredins, dans leur petit cerveau, / que, pour être imprimés, et reliés en veau, / Les voilà dans l’État d’importantes personnes ; / Qu’avec leur plume ils font les destins des couronnes ; / Qu’au moindre petit bruit de leurs productions / Ils doivent voir chez eux voler les pensions ; / Que sur eux l’univers a la vue attachée ; / Que partout de leur nom la gloire est épanchée (Acte IV, Scène III).

Ce n’est pas tant la science et l’étude qui sont reprochées aux femmes, que l’usage et la compréhension qu’elles en font et en ont. Molière s’en prend encore une fois aux bourgeois, et là précisément aux bourgeoises, il se moque de leurs travers et la volonté des femmes de briller en société par leur savoir est finalement un travers comme un autre et rappelle également M. Jourdain.

Il y aurait aussi à dire sur le personnage de Chrysalde, père faible, tétanisé par la volonté implacable de sa femme, écrasé si ce n’est vampirisé par des femmes décidées. Clitandre est l’homme de son siècle. Il ne refuse pas l’étude à sa femme, mais, dans ce siècle qui prône la mesure et la retenue, il préfère que sa future épouse ne fasse pas étalage de son savoir en société.

Il est nécessaire de lire cette pièce dans son contexte historique et social, même si, comme je l’ai dit, la pédanterie est toujours bien présente à notre époque. Les bourgeois voulant imiter les aristocrates est un sujet récurent chez Molière et cette fois ce sont les bourgeoises qui en prennent pour leur grade.

Une lecture qui donne du pepse et qui prouve une fois encore qu’un classique est avant tout une œuvre qui ne se démode pas !

Pièce lue dans le cadre du Challenge Molière et du défi

Challenge molièreGeorge relit Molière

« Les Lumières du théâtre : Corneille, Racine, Molière et les autres » d’Anne-Marie Desplat-Duc


En cette période de rentrée scolaire, où tant de collégiens et lycéens vont aborder le théâtre du XVIIème siècle, voici un livre que tous les parents, si ce n’est les enseignants, devraient placer sur la table de chevet de leurs enfants. Bien que destiné à de jeunes lecteurs à partir de 11 ans, ce livre peut être lu à tous les âges, tant il regorge d’informations, et d’anecdotes sur des auteurs que l’on a trop souvent tendance à ne percevoir que d’un point de vue bêtement scolaire.

Le grand mérite d’Anne-Marie Desplat-Duc, que l’on connaît pour sa série Les Colombes du Roi Soleil, fait pénétrer son lecteur dans l’intimité créatrice de Corneille, Molière ou Racine, sans oublier La Fontaine ou Boileau, et c’est un régal. Tout à coup ces auteurs nous apparaissent vivants, dépoussiérés, leurs œuvres prennent une autre signification car sont envisagées du point de vue des auteurs : ils y mettent leurs espérances, leur esprit de vengeance ou leur désir de plaire au Roi, Louis XIV.

Anne-Marie Desplat-Duc se concentre sur une période précise allant de 1637 à 1680, soit de la création du Cid de Corneille, à la création de la Comédie-Française. En alternant les chapitres consacrés chacun, en alternance, aux quatre auteurs pré-cités, Anne-Marie Desplat-Duc nous fait partager leurs joies et leurs déceptions, leur amitié mais aussi leurs rivalités. Soudain, ils ne sont plus de simples noms mais ils prennent vie, ils se rencontrent, notamment dans des cabarets, ils fréquentent les mêmes femmes, essentiellement des actrices belles et infidèles, ils parlent entre eux de leurs œuvres, de leurs difficultés à écrire, à trouver des mécènes, à entrer dans les grâces du Roi. Et c’est un monde que l’on découvre. J’ai fait des études de lettres, et pourtant c’est la première fois que j’entends parler de l’amitié entre Molière et Boileau, par exemple.

Ce livre m’a plu (je pense que vous vous en doutiez un peu déjà!) parce qu’il donne une vision nouvelle de ces auteurs, il les rend accessibles, compréhensibles, il les montre vivants (c’est l’âge je me répète, mais c’est pourtant exactement le terme) et souvent assez différents de ce que l’on pouvait s’imaginer de leur personnalité à la lecture de leurs œuvres. Ainsi Racine m’a toujours semblé assez austère, rigoriste, alors qu’Anne-Marie Desplat-Duc le montre comme un homme aimant la nuit et ses plaisirs, et particulièrement ambitieux pour ne pas dire arriviste. Molière, que je connais un peu mieux, m’a beaucoup touchée dans le portrait qu’en fait l’auteur : ami fidèle, dévoué souvent trahi, il est montré comme un fou de théâtre, à la fois dramaturge, acteur, metteur en scène, chef de troupe, veillant aux moindres détails des mises en scène et du jeu des acteurs, inventif aussi quand il crée les fameuses comédies-ballets avec Lully. Corneille est l’homme du passé, sans cesse en lutte contre le jeune Racine qui n’aspire qu’à prendre sa place et à être reconnu comme le seul auteur de tragédies. Ou encore La Fontaine, le malchanceux.

Parallèlement, et en suivant la création des différentes pièces des uns et des autres, Anne-Marie Desplat-Duc nous explique le théâtre de l’époque, évoque les grands acteurs et actrices de ce XVIIème siècle, montre les rivalités entre l’Hôtel de Bourgogne et le Palais-Royal, le théâtre de Molière. Elle dresse aussi, en filigrane, le portrait d’un Roi friand de divertissements, parfois généreux ou parfois refusant la grâce. La lutte de chaque instant pour produire des pièces somptueuses, l’espoir de plaire au Roi et de pouvoir vivre ainsi de leur métier. Elle dit aussi, ou rappelle, cette sombre condition des dramaturges et des comédiens voués à la fausse commune s’ils ne renoncent, sur leur lit de mort au métier qui fut le leur. Elle nous parle enfin de leur vie d’homme, les mariages, les infidélités, la mort des enfants.

Ce livre est enfin une bonne nouvelle dans ma traversée des lectures bof-bof, une vraie bouffée d’air qui me donne envie de relire toutes ces pièces évoquées au fil de ses pages.

Merci aux Éditions Flammarion Jeunesse et à Brigitte G. pour sa confiance.

Livre lu dans le cadre du Challenge Biographie.

« Le Bourgeois gentilhomme » Molière mise en scène C. Hiegel


Molière disait que le théâtre doit être vu, car, pour le lire, il faut posséder une imagination scénique. Hier j’ai suivi ses conseils, et suis allée voir Le Bourgeois Gentilhomme au théâtre de la Porte-Saint-Martin, mis en scène par la grande Catherine Hiegel, et François Morel dans le rôle titre.

J’avais un souvenir scolaire de la pièce, quelques scènes mémorables : belle marquise, vos beaux yeux…, le Mamamouchi (bien sûr) ou encore la scène du tailleur et le fou rire de Nicole, la servante. Mais ce que l’on oublie souvent est que cette pièce est une Comédie-ballet. Catherine Hiegel a fait le choix d’une mise en scène fidèle au texte. Si, par moment cela semble un peu ralentir la pièce, l’impression que j’en ai eu est d’avoir vu la pièce telle qu’elle fut (peut-être) jouée en 1670. Les costumes d’époque, mais surtout la musique omniprésente participent de cette sensation de voyage dans le passé. Et pourtant, l’actualité de ce qui est dit est saisissant, intemporel.

François Morel est un M. Jourdain juste, parfait, du sur mesure, tout en restant ce qu’il est. On rit comme si l’on découvrait la pièce pour la première fois, et les répliques, en étant incarnées, révèlent alors tout leur sens. Oui, Molière avait sans doute raison de ne concevoir le théâtre que sur scène, c’est sans aucun doute sur les planches qu’il prend toute sa puissance et devient évident. Une fois encore, j’ai trouvé la mise en scène de Catherine Hiegel (dont j’avais déjà apprécié le travail pour L’Avare à la Comédie Française) remarquable. Elle met à jour les implicites du texte, rompt le 4ème mur en faisant traverser la salle par ses acteurs.

Comme Antoine, beaucoup d’enfants faisaient partie du public. C’est la deuxième fois que j’emmène Antoine au théâtre voir une pièce de Molière et il était ravi. Il a ri, observé le jeu des lumières, et aura compris ce qu’il en aura compris, mais je pense qu’il en gardera un très bon souvenir.

Envie de voir la bande annonce, cliquez sur le lien :

Représentation vue dans le cadre du Challenge Molière.

« Le Médecin volant » Molière


Je continue ma lecture des pièces de Molière. Ce matin, une petite lecture rapide et fort amusante. Cette farce marque l’entrée en scène du célèbre Sganarelle, rôle que Molière jouera lui-même.

Il est question de mariage arrangé que l’on cherche à différer pour permettre à deux jeunes gens de s’unir par amour. Pour cela, la sœur de la future mariée invente un stratagème : un médecin contrefait doit isoler la jeune fille pour permettre à son amant de la rencontrer. Valère, le jeune premier, engage son valet Sganarelle, qui se prend au jeu du savant médecin.

Le médecin est ici un type de farce bien connu et l’on perçoit déjà dans ce « jeune » Sganarelle, les traits de caractère que Molière ne cessera de reprendre pour ce personnage si souvent présent dans ses pièces : il aime boire, est filou, baragouine du latin, craint les coups de bâton. Plusieurs répliques m’ont fait rire, et je suis toujours fascinée de rire de bon coeur à des répliques écrites voilà quatre siècles.

Gorgibus : Vite une table, du papier, de l’encre.

Sganarelle : Y a-t-il quelqu’un qui sache écrire ?

Gorgibus : Est-ce que vous ne le savez point ?

Sganarelle: Ah! je ne m’en souviens pas ; j’ai tant d’affaires dans la tête, que j’oublie la moitié… (p.41)

Mais le ressort principal de la farce tient à un comique de gestes et de situation particulier, puisque, pour éviter d’être démasqué, Sganarelle se trouve obligé de jouer deux rôles : le sien et celui du médecin. Ainsi sur plusieurs scènes, Sganarelle doit faire croire qu’il est deux, ce qui entraîne des jeux de scène acrobatiques, rapides qui relèvent du gag et qui expliquent le titre de la farce : le médecin vole car Sganarelle doit changer de costume (celui de valet, celui de médecin) pour maintenir Gorgibus dans la confusion.

Plus aboutie que Le Barbouillé, cette farce gagnerait encore plus à être vue sur scène, comme souvent les farces d’ailleurs. Mais certaines répliques témoignent déjà d’une maîtrise du comique de mots, et un certain clin d’oeil à Corneille se saisit avec délice :

J’ai des talents particuliers, j’ai des secrets. Salamalec, salamalec. « Rodrigue, as-tu du coeur? » Signor, si ; signor, non. Per omnia saecula saeculorum. (p40)

Baroque à souhait, tout se mélange dans cette simple réplique, et l’on se demande bien ce que Rodrigue vient faire dans cette galère !

Pièce lu dans le cadre du Challenge Molière et de :

Bilan de Lecture : Janvier 2012


Après un mois de décembre mollasson, janvier fut finalement un mois plein de vitalité ! J’ai retrouvé un rythme du début de l’année scolaire, parvenant à trouver le temps de lire, profitant de plusieurs déplacements en RER pour m’évader. Si ce mois de janvier préfigure l’année, c’est bon signe.

Lire deux romans en même temps commence à devenir une petite habitude depuis quelques mois et notamment ce mois-ci. Ainsi durant ma lecture de La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette de Stieg Larsson, qui s’étala du 2 au 19 janvier, j’ai lu avec grand plaisir La Princesse de Montpensier de Mme de Lafayette, Le Secret des hiboux et Le Sortilège du chat de Béatrice Bottet (les deux premiers livres de la série Le Grimoire au rubis) et le Journal intime de George Sand. La nouvelle de Mme de Lafayette fut une lecture d’un jour, qui m’a permis de  retrouver certains thèmes développés dans La Princesse de Clèves. Les deux premiers livres du Grimoire au rubis fut un vrai coup de coeur pour une série jeunesse intéressante, bien écrite et qui m’a fait voyager au temps du Moyen-Âge. Quant au Journal de George Sand, cette relecture m’a replongée dans les affres de l’amour romantique, tout en me permettant de renouer avec Sand. Bien que longue, ma lecture de Millénium 2 fut passionnante, mes retrouvailles avec Lisbeth Salander furent un grand moment, et il me tarde de lire à présent le dernier tome de cette trilogie.

Pour à la fois me lancer dans le Challenge Molière, et pour relever un défi personnel consistant à relire tout Molière, j’ai découvert l’une des premières farces écrites par le dramaturge : La jalousie du barbouillé, farce qui sans doute à l’écrit perd un peu de l’intérêt qu’elle pouvait avoir à être représentée. Emportée par les aventures de Bertoul et de Blanche, le 3ème livre du Grimoire au rubis, Le Chant des loups fut une gourmandise que j’ai appréciée, mais aussi suscita un certain regret, regret d’abandonner ces personnages à leur destin. J’ai ensuite quitté le Moyen-Âge pour me replonger dans ma propre époque, lisant enfin un court roman qui avait pris racine dans ma PAL : Le Camion blanc de Julie Resa. L’auteur y traite avec originalité de la dépression matérialisée par cet énorme camion blanc imposant et inexpugnable.

Autre roman, autre temps, le roman de Henry James, La Bête dans la jungle, s’il fut un peu déstabilisant, m’a permis de me replonger dans la prose de cet auteur lu abondamment pendant mon adolescence puis délaissé. Enfin, Mort d’un clone de Pierre Bordage, fut une rencontre ratée, mais il fallait bien un échec en ce mois de janvier qui fut majoritairement une beau mois de lecture.

Le bonheur de la lecture est sans aucun doute la variété, la diversité et ce mois de janvier en est bien la preuve : thriller, romans jeunesse, pièce de théâtre, oeuvre personnelle, roman moderne dans lesquels les époques, les intrigues et les personnages permettent à la fois de se divertir, d’apprendre, et de ressentir tout une palette de sentiments que seule la lecture est capable d’offrir.

Manque le roman de Julie Resa parti vers une autre lectrice

« La Jalousie du Barbouillé » Molière


Dans le cadre du Challenge Molière organisé par Sharon, j’ai décidé d’acheter l’œuvre complète du dramaturge dans la collection GF. Cela faisait longtemps que je voulais avoir toutes ses comédies sous la main, c’est chose faite. Du coup une idée un peu folle a germé dans ma tête : j’ai décidé de lire toutes ces pièces dans l’ordre chronologique. Alors je mettrai le temps qu’il faudra, mais le challenge de Sharon va m’aider dans cette résolution.

J’ai donc commencé hier par une des premières farces écrites entre 1646 et 1658, quand la troupe de Molière était en province.

L’intrigue est des plus simples : une querelle de couple, entre le Barbouillé (= le fariné) et sa femme Angélique. Celle-ci reproche à son mari d’être un ivrogne qui passe son temps dans les cabarets, tandis que le mari soupçonne sa femme de nouer quelque intrigue avec Valère. Les insultes fusent. Les personnages sont stéréotypés et propres aux farces populaires dont le seul but est de divertir, de faire rire, digne de la commedia dell’arte.

Certaines scènes ne font qu’une réplique et il est évident que ce texte ne sert que de canevas, de support à des improvisations et comique de gestes.

Toutefois nous retrouvons déjà certains sujets, voire certains types que Molière va réutiliser tout au long de sa carrière. Le docteur philosophe, s’il est un personnage typique de la farce, est aussi un personnage souvent présent dans les grandes comédies de Molière. Celui de cette farce est verbaux et pédant à souhait, ponctuant son discours d’expressions latines. Nous trouvons également le personnage de Georgibus (ici le père d’Angélique), que Molière réemploiera dans Les Précieuses Ridicules, par exemple. L’intrigue elle-même est reprise dans George Dandin, avec certes plus de finesse.

Cette farce est donc intéressante, non réellement pour elle-même, mais parce qu’elle contient en germe, déjà, tout le talent que Molière déploiera dans ces grandes comédies.

« L’Avare » de Molière, mise en scène Catherine Hiegel


Hier après-midi, j’ai emmené mon fils au théâtre à la Comédie Française, la maison de Molière, pour assister à la représentation de L’Avare mis en scène par Catherine Hiegel, avec dans le rôle de Harpagon : Denis Podalydès ! Aller au théâtre est un bonheur pour moi, mais le fait d’y emmener mon fils de 7 ans et demi, et de lui faire découvrir un lieu tellement chargé d’histoire faisait de cette après-midi un moment à part. Je me souviens encore de la première fois où j’ai assisté à une pièce, c’était aussi à la Comédie Française, je devais avoir le même âge qu’Antoine, c’était une représentation du Tartuffe avec Robert HIRSCH, mise en scène très moderne mais je m’en souviens de façon assez précise ! J’avais envie de transmettre ce bonheur à mon fils… et ça a marché, et c’est magique !

dans la salle Richelieu !

Bon venons-en à la représentation ! je pourrais résumer le tout par un seul mot : Génial ! mais je sens bien que ce serait un peu court…

Le décor : un grand escalier de marbre, dépouillé, sans sculpture dans les arches, une petite porte dérobée sous l’escalier par où l’on s’enfuit, derrière laquelle on se cache… Costumes d’époque, de hautes fenêtres et une lumière qui change au fur et à mesure de l’avancée de la pièce mimant ainsi les heures de la journée… Dès le début, le texte de Molière nous parvient, nous bouscule. La mise en scène de Catherine Hiegel, son interprétation de la pièce est magistrale et éclaire le texte d’une façon fabuleuse ! Les acteurs sont vifs, les intonations des actrices montrent à quel point ce texte est avant tout comique…dès le début on sent à tel point ce texte est moderne, et dès le début on est sous le charme ! L’arrivée de Podalydès est un feu d’artifice : cintré dans un costume noir, sorte de pantin désarticulé, il renoue avec les acteurs de la Comedia dell’arte, il ne lui manquait plus que le masque grimaçant ! Il bondit, dit le texte avec un naturel, une évidence sidérante ! Le monologue de la cassette est revisité, Podalydès grimpe sur les fauteuils de la salle, en équilibre sur les dossiers des sièges, il prend à parti les spectateurs, les accuse du vol de sa chère cassette, et soudain le texte vit !

Comment vous expliquez le bonheur de voir Antoine rire, de le voir absorbé, la bouche ouverte… alors oui certaines scènes sont un peu plus complexes pour un petit garçon de 7 ans et demi, mais la magie de Molière a opéré, aidée par une mise en scène et des acteurs en totale harmonie. Rire encore en 2010 devant une pièce montée la première  fois en 1669, donne le vertige ! Ce que j’ai surtout apprécié dans cette mise en scène c’est la façon dont le texte est revisité, intégré et de quelle façon il devient alors limpide, de quelle façon Catherine Hiegel et ses acteurs parviennent à en faire sortir tout le comique. Je me suis dit que c’était sans aucun doute comme cela qu’il fallait la jouer cette pièce, comme cela que Molière devait la jouer !

Je vous invite vraiment à y aller si vous habitez non loin de Paris… Céline du Blog Bleu y a emmené sa nièce (8 ans) vous pouvez aller lire son avis sur cette représentation, LA !