« Moi et toi » de Niccolo Ammaniti (Rentrée Littéraire 2012)


La littérature italienne contemporaine m’est assez mal connue, et j’ai souvent constaté qu’elle était rarement mise en avant. Aussi quand les éditions Robert Laffont m’ont offert la possibilité de lire ce roman de Niccolo Ammaniti, dont Bertolucci vient de filmer l’adaptation (ce que j’ignorais au moment de mon choix), je me suis dit que cette lecture me permettrait de combler un peu quelques grosses lacunes.

Lorenzo a une quinzaine d’années. Très tôt, il se révèle asocial, incapable de vivre au milieu des autres enfants, il se sent agressé, mal à l’aise. Après des années de collège dans un établissement privé et assez sécurisant pour lui, ses parents décident de l’inscrire dans un lycée public. Commence alors pour lui un jeu de dupe pour passer le plus inaperçu possible. Sa mère est très angoissée par le fait que son fils n’ait jamais d’amis, ne soit invité nulle part, or un jour, il lui annonce qu’il est invité par des amis pour un séjour d’une semaine au ski. Lorenzo entre alors dans un mensonge qui va à la fois le dépasser et le métamorphoser.

Le jeune garçon s’installe dans la cave de ses parents, bien décidé à y vivre pendant une semaine, sorte de havre de paix, retiré du monde. On sent que sa mère, tellement heureuse de cette nouvelle, se laisse finalement trompée assez facilement.

Cette cave c’est un symbole, un lieu à part, alors même qu’il est au centre de l’univers familier du jeune garçon, c’est aussi le symbole utérin par excellence, le seul lieu où il ne craint rien, où il se sent protégé contre toutes les agressions extérieures, jusqu’au jour où surgit sa demi-soeur, Olivia. Elle, c’est l’intruse, avec elle entre dans la cave la dure réalité, la pire : la difficulté de vivre, l’angoisse, le mal-être, mais c’est aussi la découverte, à travers cette confrontation forcée avec l’autre, de l’importance d’autrui et du lien. C’est la découverte du sentiment « amoureux », du corps de la femme, voire du désir.

Cette semaine s’offre alors comme un passage initiatique qui va décider du reste de la vie de Lorenzo, qui va le faire devenir adulte, et accepter le monde autour de lui.

L’écriture est simple et veut se coller au plus proche de la pensée d’un adolescent de 15 ans. Ce qui est assez bien réussi, même si j’ai regretté un récit parfois trop factuel, ainsi qu’un passage avec la grand-mère un peu superficiel et superflu.

Le personnage d’Olivia, jeune fille en rupture sociale et familiale, junkie, entre volonté de vivre et incapacité à le faire, est d’autant mieux rendu qu’il incarne la prise de conscience entre le souvenir de l’enfance et l’arrivée dans l’âge adulte. Elle sera le déclencheur, comme s’il fallait que l’on succombe pour que l’autre renaisse. Dans cette cave humide et sombre ces deux êtres vont s’aider mutuellement l’espace de quelques jours avant de reprendre leur vie.

Un roman assez poignant par son sujet, aux allures autobiographiques mais que j’ai lu sans réel investissement, un peu en spectatrice assise au fond de la salle.

Roman lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire, du Challenge Il Viaggio et du Challenge La Littérature fait son cinéma.