« Wisconsin » Mary R. Ellis


EllisL’action se situe, comme son titre l’indique dans le Wisconsin. Donner ce titre à ce roman, c’est orienter déjà la lecture. Plus que les personnages, l’accent est mis sur le pays, ou plutôt la Région. Région rurale, bordée par le lac Supérieur et le Michigan, mais aussi comprenant un lac intérieur : Winnebago… La forêt, les lacs, les grandes étendues sont donc le décor naturel de ce roman. A l’intérieur de ce décor, l’auteur a placé deux familles voisines : les Lucas et les Morrisseau.

Dans la première, le père est une brute patentée, alcoolique et violent envers sa femme et ses enfants. Sa femme, Claire, se tait, évite les coups, son fils aîné James, en révolte contre son père tente de protéger sa mère et son frère, Bill, âgé de 8 ans. Le début du roman se concentre d’abord sur cette famille : noirceur, violence, alcoolisme, humiliation, rien ne nous est épargné, jusqu’au sadisme subi par une tortue. Mais les choses empirent quand James part, engagé volontaire, au Vietnam. A l’enfer familial, succède l’enfer de la guerre. On a un peu du mal à sortir la tête de l’eau…

J’ai eu la tentation d’arrêter là cette lecture que je trouvais trop misérabiliste, trop noire, trop « zolienne » ou « faulknerienne » (comme dirait Frannso)… tous les détails étaient sordides, aucune éclaircie en vue… et puis il y a eu ce petit déclic,vous savez quand soudain il semble que le soleil fasse une percée à travers les nuages. Sans être tellement plus gai pour autant, le couple de voisins a sorti ma lecture de son ennui.

J’ai beaucoup aimé Ernie et sa femme Rosemary, leur amour, leur quête d’amour d’enfant, leur attachant à la terre et au chien. Et cette croyance amérindienne de l’âme des morts rendant visite aux vivants. Il y a de la spiritualité dans ce roman, une spiritualité qui vient de la nature, des animaux et des forêts.

Si certains passages sont dérangeants, d’autres sont émouvants et montrent comment les blessures de l’enfance font l’homme adulte, le construisent ou… le détruisent. Mais c’est aussi un roman sur l’Amérique, sur sa politique guerrière, une critique de l’obscurantisme des régions reculées : son racisme (Ernie est un amérindien Objiwès), ses on-dit, ses ignorances.

Un beau roman finalement… parce qu’il faut aller au bout pour s’en rendre compte !

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Prix Littéraire Saison 1      8/144