« Journal désespéré d’un écrivain raté » de Mary Dollinger


Ce petit livre a atterri dans ma PAL grâce à plusieurs billets sur les blogs il y a de cela déjà plusieurs mois. Mais c’est seulement cette après-midi en reparcourant la quatrième de couverture que mon intérêt a été violemment ravivé.

Mary, à la fois narratrice et auteur du présent livre, raconte sa quête d’un éditeur qui acceptera enfin de publier son roman. Les chapitres alternent le récit de Mary, et des récits imaginaires mettant en scène les grands auteurs du XIXème : Stendhal, Musset, Flaubert, Balzac, Zola,Hugo, Proust et… George Sand.

Dans un style ironique et drôle, nos grands auteurs se retrouvent tout timides, ou énervés dans le bureau de leur éditeur. Mais, originalité de la chose, les éditeurs sont contemporains, et passent en revue les « deux ou trois petites choses » qui coincent et qui risquent de ne pas plaire aux lecteurs du XXIème. Ainsi Stendhal est trop confus, et a bâclé sa Chartreuse, roman écrit décidément trop vite. Musset ferait mieux de raconter sa liaison avec George Sand, car Moi, je veux du grand public, du vécu. Je veux de la souffrance, de l’amour, de la passion, dit l’éditeur. Sand quant à elle, reçoit la lettre de l’éditeur à Nohant, sa Mare au diable est refusée car : il ne m’est pas possible d’envisager sa publication, […] En plus, cette histoire d’une idylle, pour le moins rustique, semble à contre courant de ce que le public demande actuellement. (p.40)

Outre le plaisir de croiser mes auteurs fétiches et de retrouver leur personnalité (bien qu’un peu cliché mais bon… Sand, le pantalon, le cigare… Certes. On évite quand même la confiture, ce qui est déjà bien!), j’ai beaucoup apprécié la mise en scène, le huis clos même, entre l’auteur et l’éditeur, cette relation paradoxale qui place l’auteur dans une situation inconfortable, et la toute puissance de l’éditeur qui offre, ou non, ou pas intégralement, le sésame vers le succès. L’autre intérêt de ce roman est de critiquer, mais subtilement et avec humour, les attentes des éditeurs actuels, et ainsi de pointer du doigt ce qui, pour moi aussi (ça tombe bien) fait les défauts de l’édition actuelle : plaire au public, combler leurs attentes, éviter l’élitisme, développer les scènes de sexe etc. Le message laisserait donc à penser que nos grands auteurs du XIXème risqueraient de pas être édités s’ils avaient écrits au XXIème.

Réflexion intéressante donc d’autant qu’elle est finement menée, et que l’on rit volontiers à certaines allusions. Le récit des négociations de l’auteur-narrateur avec son potentiel éditeur est aussi intéressant, et pose la question de cette volonté, parfois à tout prix, d’être édité, même à compte d’auteur.

Un petit roman qui ne l’est que par son nombre de pages, car le fond est, me semble-t-il, une réflexion qui nous amène à reconsidérer nos classiques, en même temps que les auteurs contemporains.

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Roman lu dans le cadre du Challenge Le Nez dans les livres, et dans le cadre de Un Jeudi, Un livre, partagé avec Asphodèle.