« La Colonie » MARIVAUX (1750) – Théâtre


La Colonie fait partie des pièces utopiques de Marivaux, avec L’Île des esclaves et L’Île de la raison. Dans les trois cas, l’intrigue de la pièce se situe sur une… île. Les personnages y ont abordé soit après un naufrage, soit pour fuir, comme c’est le cas dans La Colonie, des ennemis envahisseurs. L’île permet de créer l’utopie : loin du monde réel, il faut donc reconstruire une société et, si possible, en créer une meilleure que celle qu’on a quittée. Les naufragés de La Colonie, hommes et femmes, issus du peuple, bourgeois et nobles, travaillent donc à l’établissement de lois. Enfin surtout les hommes, et c’est bien ce que leur reprochent Arthénice et Mme Sorbin. Et si les femmes avaient enfin droit au chapitre ?

Nous voici […] dans la conjoncture du monde la plus favorable pour discuter notre droit vis-à-vis les hommes.

(suite…)

C’est lundi, que lisez-vous ?


Avec les vacances et la semaine de la rentrée sur les chapeaux de roue, voici plusieurs lundi que je rate… mais je reprends avec plaisir cette semaine ce petit rendez-vous, imaginé et conçu par Mallou !

Qu’ai-je lu la semaine passée ?

  • J’ai enfin fini : La Vie de Marianne de Marivaux

  • J’ai lu : L’illusion comique de Corneille

  • J’ai lu : Peau de caniche de Dominique Zehrfuss

  • J’ai lu : Les Minuscules de Roald Dahl

  • J’ai lu : Parole de chat ! de Hanna Johansen

Qu’est-ce que je lis en ce moment ?

Je lis En Cuisine de Monica Ali

Que lirai-je la semaine qui vient ?

Je vais tenter de finir le roman de Monica Ali, ensuite …. en fait je ne sais pas encore… j’ai quelques livres en retard (partenariats, prêts…),il faut que je fasse le tri ….

A qui le tour ????

« La Vie de Marianne » Marivaux


Le voilà donc enfin ce fameux billet sur ce roman fleuve de Marivaux !!!

Il s’agit pour moi d’une relecture. J’avais lu et beaucoup aimé ce roman quand je faisais mes études de Lettres… l’envie m’a prise de le relire et Céline du Blog Bleu s’étant proposée pour une lecture commune, j’ai donc décidé de relire ce merveilleux roman !

Marianne a une cinquante d’années quand elle accepte de raconter par lettres sa vie à une amie. Comme dans Les Liaisons dangereuses, ces lettres sont retrouvées par un narrateur extérieur à l’histoire, qui se dit non écrivain, et qui se propose juste de faire paraître ces lettres ! Marianne elle-même ne se définit pas comme une romancière, et ce qu’elle écrit sont des Mémoires et rien d’autres :

« Comme on pourrait soupçonner cette histoire-ci d’avoir été faite exprès pour amuser le public, je crois devoir avertir que je la tiens moi-même d’un ami qui l’a réellement trouvée, comme il le dit ci-après, et que je n’y ai point d’autre part que d’en avoir retouché quelques endroits trop confus et trop négligés » (p.55)

Ce fameux ami écrit à son tour un avertissement, précisant :

« Passons maintenant à l’histoire. C’est une femme qui raconte sa vie; nous ne savons qui elle était. C’est la Vie de Marianne; c’est ainsi qu’elle se nomme elle-même au commencement de son histoire; elle prend ensuite le titre de Comtesse; elle parle à une de ses amies dont le nom est en blanc, et puis c’est tout. » (p.58)

Cette entrée en matière est déjà pour moi un plaisir infini. J’aime ce jeu sur l’illusion romanesque : vous avez l’impression de lire un roman, mais non vous vous trompez tout en sachant que non !!! Quelle modernité et comment on peut constater que nos auteurs modernes n’ont finalement rien inventé (n’est-ce pas M. Houellebecq !!!)

Le thème principal de ce roman est la recherche de la mère ! L’héroïne, mais également les autres personnages de ce roman, sont en quête de la figure maternelle. La relation mère/fille, mère/fils est au centre de tout. Marianne, retrouvée à l’âge de deux ans dans un carrosse dans lequel tous les passagers ont été tuée, est recueillie par un curé et sa soeur. Elle se trouvera une mère de substitution en la personne de Mme de Miran, sorte de mère par excellence, figure maternelle solaire et parfaite ! De même dans les parties 9 à 11, le récit de la Religieuse reprend ce thème maternel : d’abord rejetée par une mère qui accède à la bonne société parisienne, Tervire renouera avec elle, et ce couple mère/fille réuni incarnera alors la perfection, sorte de double du couple Marianne/Mme de Miran lui même reflet de la relation que Marianne aura dû nouer avec sa mère biologique !

Parallèlement, les figures masculines sont bien médiocres, et la relation mère/fils est souvent décevante. Le fils déçoit là où la fille est exemplaire ! Ils sont coureurs, ingrats, déshonorent leur mère, tandis que les filles les réhabilitent !

Inutile de vous dire que j’ai retrouvé le plaisir que j’avais eu à le lire la première fois, il y a….. pffff plusieurs années ! malheureusement le roman est inachevé ! Il existe une douzième partie que l’on dit apocryphe, et que je me suis refusée à lire… nous ne saurons donc rien du destin de Marianne, de son identité, de qui était sa mère… et on ne peut que le regretter !

La prose de Marivaux est sublime, et cette Marianne, si belle, si vertueuse a aussi l’intelligence de sa beauté ! C’est une héroïne merveilleuse, ni niaise ni trop candide, franche, juste et drôle !

J’ai également beaucoup apprécié chaque incipit des onze parties, dans lesquels la mémorialiste précise sa flemme à poursuivre, mais aussi ses interventions dans son texte, ces intrusions d’auteur qui rompent toujours cette fameuse illusion romanesque. Roman romanesque typique, fait de rebondissements, de reconnaissances, d’amour impossible, de trahisons, et en même temps négation constante du roman avec les deux narrateurs extérieurs, avec une narratrice interne qui se refuse à être assimilée à un écrivain, cette oeuvre est magistrale et il y aurait sans doute encore beaucoup à en dire !

Pour en savoir plus vous pouvez aller voir l’avis de Céline !

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Le Jeudi, c’est citation


 

Le bon sens est de tout sexe; je ne veux instruire personne; j’ai cinquante ans passés; et un honnête homme très savant me disait l’autre jour que, quoique je ne susse rien, je n’étais pas plus ignorante que ceux qui en savaient plus que moi.

La Vie de Marianne Marivaux, p.75, Ed. Le Livre de Poche

« L’île des esclaves » Marivaux (1725)


marivauxJe me suis donc replongée ce matin dans la lecture de L’île des esclaves. Pièce courte en 11 scènes, elle relate le naufrage d’Arlequin, de son maître Iphicrate, de la servante Cléanthis et de sa maîtresse Euphrosine, sur une île où le régime est la République, et où les esclaves sont libres, où la peine de mort est abolie et remplacée par une éducation morale.

«  ce n’est plus votre vie que nous poursuivons, c’est la barbarie de vos coeurs que nous voulons détruire » explique Trivelin

Cette île permet à l’auteur de mettre en scène une utopie sociale basée sur l’égalité. Les serviteurs et les maîtres inversent leur rôle pour que chacun prenne conscience de ce que l’un fait subir à l’autre. Thème fréquent dans la comédie, le déguisement a ici une valeur philosophique, permettant aux personnages de réfléchir sur leur rôle social mais aussi moral. Les travers des serviteurs comme des maîtres sont raillés, mais ce sont essentiellement les seconds qui en prennent pour leur grade.

«  Souvenez-vous en prenant son nom, mon cher ami, qu’on vous le donne bien moins pour réjouir votre vanité, que pour le corriger de son orgueil »

Replonger dans cette langue du XVIIIème siècle fut un moment agréable, faisant resurgir des impressions passées, et quelques répliques valent qu’on s’y intéresse. Impossible de ne pas voir la contemporanité de ces propos.

« Tu es devenu libre (dit la maîtresse Euphrosine à Arlequin) et heureux, cela doit-il te rendre méchant? »

« Il faut avoir le coeur bon, de la vertu et de la raison ; voilà ce qu’il faut, voilà ce qui est estimable, ce qui distingue, ce qui fait qu’un homme est plus qu’un autre. »

A noter que la résolution du conflit vient des serviteurs et non des maîtres… à méditer !

challenge j'en les classiquesbon point rouge

Note : 7 / 10