« Métamorphoses Marilyn Monroe » de David Wills et Stephen Schmidt


Les livres de photos sur Marilyn sont nombreux, mais celui-ci (offert par ma Lili Galipette pour mon anniversaire) est sans doute un des plus magnifiques. Divisé en 5 parties aux titres évocateurs, il retrace toute la carrière de l’actrice : « Chrysalide : 1942-1946 » ; « Transfiguration : 1947-1951 » ; « Sirius : 1952-1954 » ; « Renaissance : 1955-1961 » et « Icare: 1962 ». De page en page on suit son évolution physique jusqu’à cette apothéose de l’année 1962, où Marilyn apparaît lumineuse, solaire. Chaque photo ou presque est accompagnée d’une citation des personnes qui l’ont connue : des photographes, des amis, des acteurs… Tous soulignent cette photogénie, cette présence brillante, cette âme sensible qui transparaît sur ces photos en papier glacé. Si l’on retrouve plusieurs photos très connues, cet album présente également (comme l’annonce le bandeau) plusieurs photos inédites dont certaines magnifiques avec Marlon Brandon par exemple,

ou une Marilyn filiforme dans les dernières années de sa vie.

Cet album nous montre une Marilyn sensible, naturelle, prise en photo sur le vif, saisie dans un éclat de rire, mais aussi bien sûr la Marilyn façonnée par Hollywood ! Je suis plus sensible, pour ne pas dire émue, par les photos des années 60, les photos de son séjour à New-York quand elle tentait de reprendre sa vie et sa carrière en main.

L’épilogue est la retranscription d’une interview donnée par Marilyn à Richard Meryman et qui parut dans Life le 3 août 1962, elle meurt le 5, deux jours plus tard, elle avait 36 ans. Alors cet interview prend bien sûr une importance et une puissance qui le dépasse. Elle se livre, avoue ne pas se considérer comme un objet, se réjouit des saluts quotidiens des éboueurs dans sa rue, des saluts amicaux, mais aussi des phrases assassines.

Elle clôt son entretien par ses mots :

La célébrité passera : bon, au revoir, je t’aie eue, célébrité. Si elle passe, j’ai toujours su qu’elle était volage. C’est quelque chose dont j’aurai au moins fait l’expérience, mais ma vie est ailleurs.

Lu dans le cadre du Challenge Marilyn Monroe.

« Les Misfits » Arthur Miller


Est-ce un roman ou un scénario ? voilà la première question que je me suis posée en ouvrant ce livre. L’alliance entre roman et cinéma est parfois si ténue, si imbriquée qu’il est difficile de juger l’oeuvre écrite en dehors du film. C’est aussi cette étrange impression que j’avais ressentie avec le livre que Pascal Quignard, Tous les matins du monde. Mais peut-être est-ce encore plus vrai pour ce livre d’Arthur Miller, tant la présence de Marilyn Monroe et celle de Clark Gable nous sautent aux yeux.

Dans la préface Arthur Miller écrit :

Les Misfits utilise franchement l’optique du film, en vue de créer une fiction qui allierait les qualités directes de l’image aux possibilités de transmission de l’écriture.

Le rôle de Roslyn fut écrit pour Marilyn, et ce fut pour elle un rôle décisif qui marquait le début d’une nouvelle image qu’elle voulait rendre d’elle, loin de la blondinette écervelée que les studios de Hollywood lui avait façonnée. Ce fut malheureusement son dernier film, comme ce fut aussi le dernier film de Clark Gable et de Montgomery Clift. Film maudit donc que The Misfits.

Mais qu’en est-il du livre ?

Roslyn  Taber est à Reno pour le jugement de son divorce. Elle fait la connaissance de deux cow-boys : Gay Langland et Guido. Les deux hommes sont sous le charme de la jeune femme, mais c’est vers Gay qu’elle ira. Entre rodéo et chasse aux mustangs, les personnages de ce roman sont des paumés, derniers témoins d’un monde en train de changer, vestige du mythe du western.

Gay braque ses jumelles. « Rien que des misfits, ces chevaux… Des tocards, chérie. » (p.165)

Le dernière scène, la chasse aux mustangs est la plus importante, et sans doute la plus symbolique. Comme ces cow-boys, ces chevaux sauvages sont les derniers survivants de l’ancien western, et comme eux leur liberté, leur amour des grands espaces risquent d’être remis en question, risquent de disparaître. Si les mustangs ont été remplacés par des scooters auprès des enfants, les anciens cow-boys risquent de finir derrière une pompe à essence. C’est donc le témoignage d’une époque qui disparaît que nous présente Arthur Miller. Le lecteur est tout entier contenu dans le rôle de Roslyn, comme elle, nous découvrons ce monde ancien, nous sommes à la fois fascinés par le courage de ces hommes partagés entre une masculinité qu’ils revendiquent et la nécessité de se couler dans le nouveau moule, un moule aussi bien sociétal que familial. L’un après l’autre, ces hommes vont se résigner, abandonner leur ancienne vie devant les nouvelles règles sociétales, mais aussi devant le décalage entre leurs anciennes valeurs et celles qui, petit à petit, ont fini par s’imposer : une vie familiale rangée, un rôle social au service de la consommation. Comme les mustangs semblent aussi de résigner à leurs liens, et à leur destins, ces hommes, au contact de Roslyn, qui agit comme une prise de conscience, vont être dans la nécessité de changer de vie.

Avant ils incarnaient la liberté, la masculinité, la beauté sauvage, aujourd’hui, ils sont fatigués, et semblent ne plus appartenir au monde qui se dessine.

La lecture est rapide, et il m’a été impossible d’imaginer ces personnages en dehors des acteurs si connus qui les incarnaient dans le film de John Houston, même si pourtant je n’ai pas encore vu le film en intégralité (mais c’est prévu pour ce week-end!). Certes le sujet ne m’a pas vraiment passionnée, et cependant, grâce à l’écriture de ce billet, je me rends compte de la densité de ce livre, et de tout ce qu’il suggère sur la vie, sur les relations, mais aussi sur Marilyn… Car, en lisant ce roman, m’est revenu en mémoire certaines pages de Blonde de Oates, des pages dans lesquelles Oates explique si bien tout ce que Roslyn a de Marilyn, la sensibilité, les pensées du personnage sont si proches de celles de Marilyn. Et l’importance de jouer avec Clark Gable avait pour elle, Clark Gable sosie de son père qu’elle n’a jamais connu.

Difficile de savoir si ce livre aurait provoqué autant de choses en moi s’il n’avait pas été lié au film et à Marilyn. Je crois que j’y aurais été moins sensible, moins émue. Il me tarde maintenant de voir le film et de découvrir une Marilyn magnifique (comme les quelques photos dans ce billet le montrent) et différente, plus humaine et tellement moderne avec sa chemise blanche, son jean et ses bottes.

Livre lu dans le cadre du Challenge La Littérature fait son cinéma, le Challenge Marilyn Monroe, et le Club des lectrices, sans oublier le Défi Mia de Décembre.

« Fragments » Marilyn Monroe


Je ne sais pas pourquoi il m’a été difficile d’écrire sur ce livre, alors que je l’ai lu il y a maintenant quelques mois, sans doute parce que je ne l’ai pas lu tout à fait normalement, allant de la première à la dernière page, mais par touches, par envie, dans le désordre, et au fil de l’envie, le laissant, le reprenant. J’ai commencé à lire certains passages quand j’étais plongée dans Blonde de Oates. Oates a la particularité de mettre en italique, dans ses romans, les pensées de ses personnages, et dans Blonde, on a accès aux pensées de Marilyn, et j’ai eu envie de vérifier si Oates avait imaginé ces pensées, ou si, je ne sais trop comment, elle avait eu accès à ces fragments ! Si on ne retrouve pas exactement les mêmes mots, il y a dans les pensées imaginées par Oates une similitude assez troublante avec les propres mots de Marilyn.

Mais ce livre est très particulier, car il est à la fois un recueil des écrits de Marilyn, mais aussi un beau livre de photos, d’une Marilyn lisant et écrivant. J’ai beaucoup aimé les photos montrant les feuilles volantes, les carnets sur lesquels Marilyn écrivait d’une écriture rapide, souvent raturée, et s’éparpillant un peu partout, occupant l’espace. C’est émouvant, toujours de voir l’écriture, la fragilité des lettres tracées.

Pour le fond des poèmes, des pensées, je serai un peu plus réservée. L’écriture est souvent maladroite, les fautes de langue sont fréquentes et l’éditeur n’a pas voulu les corriger. On sent l’autodidacte, la volonté d’apprendre, mais aussi de dire, d’écrire pour se décharger d’un poids. C’est une écriture qui lâche les amarres, et non une recherche littéraire, et c’est ce qu’il y a de touchant aussi, car le désespoir, la tristesse, la recherche d’amour, la volonté de prendre soin de soi mais se perdre encore, reviennent inlassablement dans ces pages, comme une recherche qui n’en finit pas, une quête sans point d’arrivée, sauf l’inéluctable. C’est la Marilyn secrète qui se lit ici, celle que l’on devine derrière certaines photos en noir et blanc, celle que j’aime et qui me touche, et que Oates a si bien perçue dans Blonde. Ce n’est pas un livre très facile à lire, car il est parfois violent par la désespérance qu’il traduit, et cette sensation de perte qui plane, mais c’est un livre vers lequel je reviens pour relire quelques pages, saisir un instant de la vie, de la pensée de cette femme si divisée dans son être, un livre qui la rend à elle-même sans doute.

Challenge Marilyn Monroe

Ce livre ne compte pas dans le Défi de Mia, car il n’a pas été lu en septembre 😉