« Le Journal d’Aurore : Rien ne va plus » Tome 3, Marie Desplechin


Oh lala les filles (et les garçons aussi d’ailleurs) j’ai passé trois jours merveilleux en compagnie d’une adolescente épouvantable…. Dieu merci elle n’habite pas chez moi mais est bien enfermée dans un roman pour ado totalement génial.

Pour une fois, et cela peut nous heurter un peu au début, Marie Desplechin ne fait pas de son héroïne une mordue de lecture, bien au contraire elle n’y comprend pas grand chose, enfin surtout aux choix de lectures de ses profs de français. Elle confond allègrement auteur et titre, fait des fiches de lecture dans lesquelles elle critique très négativement l’œuvre et explique comment elle est incapable d’avoir un jugement sur une histoire qui lui est totalement étrangère…. bref elle est insupportable pour des lectrices comme nous, mais je dois avouer que son analyse de La Princesse de Clèves est un morceau d’anthologie…

C’est drôle, bien écrit, intelligent, subtil et fondé, visiblement sur du vécu… J’ai traîné mon livre dans tous mes déplacements, impossible de m’en séparer…

Ce roman est aussi une chronique bien menée de la vie de famille avec une petite sœur surdouée et insupportable, mais pour d’autres raisons ; des parents un peu dépassés par les évènements; des copains et copines qui nous rappellent ceux et celles qui traînaient avec nous il y a vingt ans… On se retrouve avec plaisir sur les bancs du lycée, côtoyant ces profs qui crisent pour un rien, ces profs de français qui, sortis des classiques étudiés en cours, manquent de curiosité pour ce qui s’écrit aujourd’hui, ces remplaçants que l’on apprend à connaître et que l’on regrette une fois partis…

Cette Aurore (ou horreur!!!) est aussi une compositrice hors pair de textes réalistes et engagés très drôles… Son expérience dans son groupe de musique, permet de parler de la façon dont les adolescentes se voient, et la scène où elle apparaît maquillée et en robe rouge, où le vilain petit canard se transforme en cygne est aussi un grand moment.

Bref, c’est jubilatoire…

Quelques petits bémols toutefois, on se demande comment une jeune fille si, apparemment, peu douée pour la lecture, peut avoir une plume si expressive…

Dieu merci, on est loin du journal de LOL inspiré du film avec Sophie Marceau, on est loin aussi de ce langage sms, de ces accumulations de gros mots, Marie Desplechin peut être taxée d’idéaliste de la jeunesse (même si avec une telle Aurore à la maison cela ne doit pas être de tout repos!!!), il n’en reste pas moins, qu’elle fait du journal d’Aurore un texte bien plus abouti. Si ce n’est que la fin est, me semble-t-il, trop brusquement amenée, comme un prétexte trouvé à la dernière minute pour achever son roman…

Quoiqu’il en soit il faut se jeter sur ce livre… et profiter de la présence de Marie Desplechin au Salon du Livre de Paris le Samedi 27 mars pour lui poser des questions et faire dédicacer son exemplaire… vous risquez de me retrouver dans la queue, perdue, pauvre pré-quarantenaire, au milieu de dizaine de minette de 15 ans… m’en fout d’abord…

Coup de Coeur !!!!