« Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel » de Marianne Rubinstein – Rentrée Littéraire 2012


Yaël vient d’être quittée par son mari, qui lui a préféré une petite jeunette. Yaël est écrivain et professeur d’économie à l’université, elle commence alors un journal intime dans lequel elle va raconter les affres de la séparation, l’amour pour son fils, sa jalousie, ses rencontres, ses lectures, ses tentatives pour écrire un nouveau roman, et ses interrogations sur la quarantaine. Durant toute une année, elle écrit donc à la fois le quotidien, de petits faits parfois presque insignifiants, ou des drames que vivent ses amis, des réflexions, ses joies, ses espérances et aussi, bien sûr, son désespoir. Ce journal se révèle être un exutoire, et partant, une bouée de sauvetage.

Étrange coïncidence, mais voici le quatrième livre que je lis ces derniers temps et qui aborde le « problème » de l’âge, et notamment de la quarantaine, chez les femmes (Un si bel avenir ; Arlington Park ou encore Nous étions faits pour être heureux). Vous me direz que les livres que l’on choisit de lire n’arrivent jamais par hasard, et que, certainement, ces choix doivent correspondre à une interrogation personnelle, consciente ou inconsciente, et vous n’aurez sans doute pas tort.

N’y allons pas par quatre chemins, ce roman n’a pas eu l’effet escompté. Si la forme du journal intime m’est chère, je me suis cependant souvent ennuyée à la lecture de celui de Yaël, à quelques rares exceptions près. Cet ennui est né, essentiellement, de l’impression de ne rien lire de vraiment nouveau sous le soleil, on ne compte plus, que ce soit en littérature ou dans les films, les histoires évoquant ce genre de situation. Bien sûr tout cliché peut être effacé par un style et un traitement qui lui permettrait un certain renouveau. Mais, peut-être cela était-il voulu par Marianne Rubinstein, l’écriture m’a semblé plate et je trouve cela d’autant plus dommage que la diariste est censée être écrivain. Yaël écrit souvent qu’elle aimerait écrire mais ne sait pas quoi écrire et là est en fait le nœud du problème. Que l’écrivain se pose des questions sur son écriture est souvent intéressant, et c’est la raison pour laquelle je me plais à lire les journaux d’écrivains, mais ici, les réflexions ne sont jamais poussées jusqu’au bout. Yaël cherche chez d’autres écrivains (Virginia Woolf, Roland Barthes ou Marcel Proust) des réponses dans leurs œuvres, mais elle ne fait, bien souvent, que recopier des passages de leurs œuvres ou raconter des faits biographiques sans que sa propre réflexion soit réellement menée à maturité.

Dans son journal, Yaël aborde le divorce et ses conséquences, des considérations sur l’économie (la crise tout ça!), le cancer, la quarantaine des femmes, l’écriture, la maltraitance des femmes, l’adolescence à travers le personnage d’Olga . Effectivement il y a dans tous ces thèmes finalement un lien, mais j’ai trouvé qu’ils étaient abordés vaguement, traités à la va vite, morcelés. Il n’est pas exclu que ce sentiment soit dû aussi à la forme même du roman en journal. Chaque jour (puisque ce journal est écrit quasi au jour le jour) apporte un fait, une réflexion, une remarque, dans des paragraphes assez courts qui souvent m’ont laissée sur ma faim.

Alors oui, ce journal c’est la renaissance d’une femme de quarante ans après un divorce, mais, par exemple, son interrogation sur la quarantaine ne va guère plus loin que ce que l’on peut en lire dans un magasine féminin. Et surtout, cette interrogation surgit un peu comme un cheveu sur la soupe. Soudain Yaël interroge ses amies : C’est quoi, pour toi, la quarantaine ? Cette question surgit soudain au milieu du roman, revient trois ou quatre fois, puis on passe à autre chose.

Je ne dis pas cependant que ce roman n’a pas suscité chez moi quelques réflexions personnelles, et a sans doute ravivé en moi l’envie de reprendre mon propre journal. Si ce désir est né depuis que j’ai soufflé mes 40 bougies, il est évident qu’il ne s’agit pas là d’une simple coïncidence. Certaines remarques m’ont d’ailleurs fortement marquée :

Selon la marquise (sa psy), la quarantaine est aussi l’âge où l’on appréhende autrement la vieillesse et la mort : l’une comme l’autre ne nous laisse plus dénier leur existence, s’invitent dans le paysage, imposent leur présence, sont le devenir avec lequel on va apprendre à vivre. (pp.158/159)

Concernant le titre assez énigmatique, l’auteur s’en « explique » page 77, dans un contexte non littéraire ou poétique mais économique : Où il apparaît que l’adage « Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel » se vérifie toujours : vient un moment où les prix cessent de monter et où les bulles finissent par éclater. Métaphore qui, dans le contexte du roman, qui d’après moi, aurait tendance à signifier que la douleur finit un jour par cesser, mais aussi qu’il faut, à un certain moment de sa vie, ne plus espérer l’impossible, et se contenter de ce qui est accessible.

Roman lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire et du Challenge Petit Bac (cat. Végétaux).

Merci aux Éditions Albin Michel.