« Plan de table » de Maggie Shipstead : Rentrée Littéraire 2012


shipstead plan de tableLa famille Van Meter va marier sa fille aînée, Daphnée. L’intrigue du roman couvre trois jours, du jeudi matin au samedi, jour du mariage. Trois jours durant lesquels des évènements vont venir faire craquer le joli verni de cette famille qui, socialement, paraissait bien sous tout rapport.

Le roman s’ouvre sur le départ du père de famille, Winn pour sa maison de campagne sur l’île de Waskeke, en Nouvelle Angleterre. Homme d’une soixante d’années, marié depuis de nombreuses années à Biddy, il incarne le père et le mari responsables. Mais dés le début du roman, le lecteur sent chez ce personnage quelques failles : sa déception de n’avoir pas eu de fils, son obsession d’intégrer le club de Golf de Waskeke, son attirance sexuelle pour Agatha, amie et demoiselle d’honneur de sa fille aînée. Winn rejoint toute sa famille sur l’île, là les préparatifs vont bon train. Durant ces trois petits jours, le destin de certains des personnages va être quelque peu bouleversé.

Maggie Shipstead dépeint un milieu huppé de l’Amérique, d’une certaine Amérique. Elle centre son roman essentiellement sur deux personnages : Winn et Livia, la fille cadette qui se remet mal d’une rupture récente mais aussi de l’avortement qu’elle a dû subir suite à cette rupture. Cet avortement est d’autant plus douloureux que Daphné, la future mariée, et sœur de Livia, est elle-même enceinte. Aux évènements actuels, l’auteur glisse des retours en arrière sur le passé de Winn et de Livia, qui permettent de mieux saisir la complexité de ces personnages.

Sur cette île et dans cette maison de campagne où tous les personnages se côtoient, les aspirations, les regrets, les rancœurs vont s’exprimer. Maggie Shipstead place plusieurs éléments symboliques qui vont permettre aux personnages de se révéler : une baleine échouée pour Livia, une maison en construction pour Winn. De longues descriptions de l’un et l’autre de ces éléments symboliques permettent d’en comprendre la portée même si parfois je les ai trouvées un peu longuettes.

J’ai surtout apprécié dans ce roman la façon dont l’auteur parvient à nous faire découvrir l’envers du décor, les coulisses d’un évènement organisé à la minute prêt, qui doit incarner la perfection, se figer comme un évènement heureux et mémorable, mais qui n’est en fait qu’une belle photo en papier glacé. Une scène le montre particulièrement : Daphné, choquée par le toast nihiliste de son père sur le mariage, pleure quelques heures avant le passage à l’église. Elle souhaite sécher ses larmes au plus vite pour ne pas avoir les yeux gonflés le lendemain sur les photos, yeux gonflés qui lui rappelleront toute sa vie les larmes versés. Cette scène est une parfaite illustration de ce qui se trame dans ce roman. Tandis que Biddy et l’organisatrice du mariage s’évertuent à rendre ce jour magnifique, la vraie nature des personnages se révèle et rend cet évènement surfait et illusoire.

J’ai également trouvé intéressant le choix narratif de l’auteur. Centrer le récit sur le père et la sœur de la mariée permet de percevoir le mariage avec du recul. Daphné est peu évoquée, paraît superficielle, enfermée dans une perception idéalisée d’elle-même et de son mariage, elle joue parfaitement son rôle et est en total décalage avec son père et sa sœur, qui plus complexes, plus contradictoires, sont cependant plus réalistes.

Un roman familial et de mœurs qui présente de nombreux atouts malgré quelques longueurs parfois.

Roman lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire et du Challenge Premier Roman.

Merci aux Éditions Belfond.