« L’étrangleur de Cater Street » d’Anne Perry


Quand une envie subite et irréfléchie survient, il faut l’écouter. C’est ainsi qu’un matin, j’ai eu l’envie irrépressible de lire ce roman d’Anne Perry qui pourtant somnolait doucement dans ma PAL depuis plusieurs mois ! Pour assouvir cette envie, il a d’abord fallu ranger ma PAL, mais qu’importe.

L’Etrangleur de Cater Street est le premier tome des aventures de Charlotte et Thomas Pitt. Il m’importait de commencer par le premier pour être à la source, même si, chaque roman de la série peut se lire indépendamment. Ainsi donc, dans ce tome Charlotte porte encore le nom de son père : Ellison. Dans cette Angleterre victorienne, Charlotte, si franche et libre, a du mal à se plier aux règles du savoir-vivre féminin. Elle lit en cachette les journaux, curieuse de ce qui se trame dans Londres, et cela, malgré l’interdiction paternelle.

Sa vie va être bouleversée par plusieurs assassinats commis dans la même rue (Carter Street), et par l’arrivée de l’inspecteur Thomas Pitt de Scotland Yard. Plus qu’un polar historique, ce roman est une réelle plongée dans l’Angleterre Victorienne, et Anne Perry montre aussi bien le rigorisme appliqué à la condition féminine, à travers la grand-mère de Charlotte, vieille femme à cheval sur les principes et particulièrement désagréable, que l’émergence d’une certaine revendication à travers le personnage-même de Charlotte. Les femmes de la bonne société, en cette fin du XIXème siècle, passent leur temps en bonnes œuvres, et occupations domestiques, mais Charlotte rêve d’autre chose, et se sent une âme aventureuse.

L’intrigue policière avance doucement, et n’est pas bien compliquée à résoudre.Toutefois certaines réflexions sont intéressantes, notamment le fait que les gentlemen n’envisagent qu’un assassin issu des bas fonds, et ne peuvent concevoir que le criminel fasse partie de leur monde. Les femmes apparaissent comme sur protégées par les hommes, comme des enfants auxquels on cache la réalité du monde et que l’on maintient dans un statut puéril et superficiel. De leur côté, les hommes bénéficient d’une grande liberté, et se rendent régulièrement à leur Club pour fuir le foyer et les conflits conjugaux.

Anne Perry nous intéresse également au sort de ces hommes et ces femmes au service des bonnes familles. Ces servantes et serviteurs qui sont comme transparents, auxquels personne ne s’intéresse, et dont l’histoire de leur vie reste inconnue. Ils apparaissent comme des êtres interchangeables alors même que les familles les côtoient tous les jours.

J’ai donc été essentiellement intéressée par cette description de la bonne société victorienne, sans toutefois me désintéresser de l’intrigue policière. Chaque visite de Thomas Pitt est là pour raviver l’intérêt, et l’on suit, avec tendresse, les sentiments qui naissent entre Charlotte et Thomas, qui, pourtant, appartiennent à deux classes sociales opposées.

Une belle découverte donc qui a été renforcée par la rencontre de l’auteur au Salon du Livre.

Roman lu dans le cadre du Challenge Anne Perry, du Challenge Polar Historique et du Challenge Victorien. Ainsi que dans le cadre d’une LCI (Lecture commune involontaire) avec mon amie Asphodèle.