« Les Femmes savantes » de MOLIERE


Molière les femmes savantes oeuvre complète 4Je poursuis mon envie de lectures classiques avec cette comédie de Molière que je n’avais encore jamais lue. Voilà bien l’étrangeté des études de lettres qui m’ont fait étudier parfois plusieurs fois la même pièce et jamais certaines autres, mais il n’est jamais trop tard pour combler nos lacunes.

Molière a 50 ans quand il écrit cette pièce, on y voit souvent le signe d’une maturité et l’on sent en effet une pleine maîtrise du genre, avec un retour aux alexandrins et aux 5 actes qui lui donnent une allure classique quelque peu démentie par des registres qui se succèdent : comique, dans toute sa diversité, et élans tragiques. C’est donc une comédie, certes, mais sérieuse et qui aborde des thèmes que Molière avait déjà soulevés dans L’Ecole des femmes ou Les Précieuses ridicules, par exemple, mais ici ces thèmes prennent une nouvelle ampleur.

Dans la famille bourgeoise de Chrysale, rien ne va plus. Sa fille Henriette souhaite épouser Clitandre, une jeune homme qui a ses entrées à la Cour, honnête et mesuré, il incarne les valeurs de l’époque. Mais, sa femme, Philaminte, qui se pique de sciences et de littérature, a elle fermément décidé de la marier à Trissotin, poète dont elle ne cesse de vanter la grandeur, tandis qu’il est fortement reconnu comme médiocre à la Cour.

Vont donc s’affronter deux camps : celui du cœur (Chrysale, Henriette, Clitandre) et celui de l’esprit (Philaminte, Armande (sa fille aînée) et Béliste (soeur de Chrysale et légèrement perchée comme on dit aujourd’hui).

Molière critique ici, comme dans la plupart de ses pièces, les familles bourgeoises qui accèdent depuis peu à la science et notamment les femmes qui tiennent salon et se piquent de littérature sans en connaître grand chose.

A travers ses trois femmes savantes que sont Philaminte, Armande et Béliste, il dresse le portrait de trois types d’écueils : l’aveuglement et le manque de jugement de Philaminte ; la pédanterie d’Armande qui dit refuser le mariage mais qui se laisserait bien pliée et Béliste, vieille fille qui devient savante par dépit et pense que tous les hommes sont secrètement amoureux d’elle, elle incarne également ce que pourrait bien devenir Armande si elle s’obstine dans son rôle.

Les Femmes savantes est aussi une pièce à clefs. En effet, le fameux Trissotin, signifiant « trois fois sot » en largement inspiré de l’abbé Cotin qui avait fortement critiqué L’école des femmes. De même, la querelle entre Trissotin et Vadius fait échos à celle engagée entre Cotin et Ménage sur les mêmes motifs : l’un avait critiqué les vers de l’autre sans savoir qu’ils étaient du second.

Le sujet principal de cette pièce est avant tout la pédanterie. Thème encore et toujours d’actualité comme en témoigne ces quelques répliques :

Il semble à trois gredins, dans leur petit cerveau, / que, pour être imprimés, et reliés en veau, / Les voilà dans l’État d’importantes personnes ; / Qu’avec leur plume ils font les destins des couronnes ; / Qu’au moindre petit bruit de leurs productions / Ils doivent voir chez eux voler les pensions ; / Que sur eux l’univers a la vue attachée ; / Que partout de leur nom la gloire est épanchée (Acte IV, Scène III).

Ce n’est pas tant la science et l’étude qui sont reprochées aux femmes, que l’usage et la compréhension qu’elles en font et en ont. Molière s’en prend encore une fois aux bourgeois, et là précisément aux bourgeoises, il se moque de leurs travers et la volonté des femmes de briller en société par leur savoir est finalement un travers comme un autre et rappelle également M. Jourdain.

Il y aurait aussi à dire sur le personnage de Chrysalde, père faible, tétanisé par la volonté implacable de sa femme, écrasé si ce n’est vampirisé par des femmes décidées. Clitandre est l’homme de son siècle. Il ne refuse pas l’étude à sa femme, mais, dans ce siècle qui prône la mesure et la retenue, il préfère que sa future épouse ne fasse pas étalage de son savoir en société.

Il est nécessaire de lire cette pièce dans son contexte historique et social, même si, comme je l’ai dit, la pédanterie est toujours bien présente à notre époque. Les bourgeois voulant imiter les aristocrates est un sujet récurent chez Molière et cette fois ce sont les bourgeoises qui en prennent pour leur grade.

Une lecture qui donne du pepse et qui prouve une fois encore qu’un classique est avant tout une œuvre qui ne se démode pas !

Pièce lue dans le cadre du Challenge Molière et du défi

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