« Carmilla » de Sheridan Le Fanu


Ce court roman de Sheridan Le Fanu, auteur irlandais, date de 1871, soit plus de 26 ans avant le célèbre Dracula de Bram Stocker. L’ambiance, malgré la date tardive, rappelle les romans gothiques de l’époque romantique : jeune fille pure, mélancolie, ruines, soirs de pleine lune, qui s’explique sans doute par une intrigue placée au début du XIXème. Les vampires, nous le savons bien, sont loin d’être un phénomène littéraire récent, et existait déjà bien avant la quadrilogie de Stephenie Meyer qui n’est qu’une vulgarisation aseptisée. Chez les romantiques français le thème du vampire et de l’attraction sexuelle était déjà présent :  chez Dumas avec La Dame pâle (1849) ou chez Gautier avec La Morte amoureuse (1836), sans parler de la littérature anglaise. Ici Le Fanu fait de son récit le témoignage d’une victime recueilli par le Docteur Hesselius qu’il auréole de connaissances scientifiques tentant ainsi de donner foi au récit que le lecteur se propose de découvrir. Ce témoignage est donc postérieur des faits de plusieurs années, et la mort de la narratrice fait désormais de son récit la seule trace des évènements que l’on va lire.

Le récit commence par le souvenir d’une nuit d’angoisse, durant laquelle la narratrice alors âgée de 6 ans, vit apparaître à son chevet une jeune fille exceptionnellement belle qui prit place dans son lit. La petite fille se rendort mais est soudain réveillée par la sensation de deux piqûres dans la gorge. Plusieurs années plus tard, l’arrivée en catastrophe d’une certaine Carmilla et de sa mère, va replonger la narratrice dans ses souvenirs d’enfance, et dans son angoisse d’alors.

Le Fanu reprend tous les mythèmes du vampirisme : jeune ingénue et candide, femme belle et mystérieuse, attraction sensuelle voire sexuelle, épidémie, langueur et parleur, dents pointues et morsures, cimetières, pleine lune, pieux dans le coeur et décollation pour éradiquer le monstre etc. Tout y est si ce n’est, et cela est à noter, que le vampire ici est une jeune fille qui s’en prend exclusivement à d’autres jeunes filles, ce qui entraîne donc le roman sur le chemin d’une attraction homosexuelle, et qui donne au roman une dose supplémentaire de sensualité et d’interdit. Le texte de Le Fanu est très explicite à ce sujet  :

Une légère rougeur aux joues, elle fixait sur mon visage un regard plein d’un feu languide, en respirant si vite que son corsage se soulevait et retombait au rythme de son souffle tumultueux. On eût cru voir se manifester l’ardeur d’un amant. J’en étais fort gênée car cela me semblait haïssable et pourtant irrésistible. (p.54)

Ce roman se déguste avec un léger frisson qui nous parcourt le dos, même si vers la fin la candeur de la narratrice a tendance à frôler l’aveuglement, pour ne pas dire autre chose. Il fait cependant son petit effet, et une fois commencé on ne veut plus le lâcher jusqu’à la fin. Le style qui se veut proche de l’oralité m’a paru parfois un peu maladroit, notamment dans les nombreuses parenthèses, ou les adresses aux lecteurs guère nécessaires, mais de façon générale le rythme de la narration fait oublier ces petites maladresses.

Ce roman a été lu dans le cadre du Challenge PAL Express, du Challenge Romantique, du Mois Irlandais et Challenge ABC Babelio lettre L.

PAL Express : – 1

George participe au Mois Irlandais de Miss Cryssilda


Le mois Irlandais organisé par Crysslida Collins a donc commencé le 1er juin (non ?? sans blague !!). Comme en décembre pour le Mois Anglais, le but est de lire des auteurs irlandais (bon ça je pense que vous l’aurez facilement compris!), quelques lectures communes sont proposées, et une page Facebook est ouverte pour pouvoir papoter autour de nos lectures.

Mon objectif, voire même mon obsession, pour les trois mois à venir étant de faire plier ma PAL, de montrer qui est la chef, je prends toutes les propositions qui peuvent me faire atteindre mon but, soit un vidage de PAL de 50 livres (je vous en reparlerai plus tard!).

Après un tour rapide dans mes étagères, quatre auteurs s’offrent à moi :

– Oscar Wilde, Le Prince heureux et autres contes (chronique prévue demain!)

– Elizabeth Bowen, Emmeline

– Molly Keane, Un beau mariage

– Sheridan, Le Fanu, Carmilla

Ce qui, reconnaissons-le n’est déjà pas si mal.

Bonnes lectures à tous les participants.