« L’Enigme Vélasquez » de Michael GRUBER


gruber l'énigme vélasquezRaconter l’intrigue de ce roman est très compliquée, tant s’entremêlent mille et un fils. Le roman est partagé en deux récits à la première personne. Il s’ouvre et se ferme sur le récit du narrateur, qui retrouve son ami Chaz lors d’une vente aux enchères d’un tableau miraculeusement découvert de Vélasquez, un tableau appartenant à une série perdue dont seul le Vénus à son miroir aurait subsisté :

vélasquez venus au miroir

Chaz apparaît très perturbé, un peu désorienté, il confie au narrateur plusieurs CD dans lesquels il raconte une série d’évènements étranges qui lui sont arrivés ses derniers mois. L’objet principal du roman est donc le récit de Chaz, peintre qui, s’il est particulièrement talentueux, ne parvient pas à se décider à vendre ses tableaux, à les exposer dans des galeries. Il refuse l’aspect commercial de la peinture.

Tout commence quand il a accepté de participer à l’expérimentation médicale d’une drogue, la salvine, censée développer la créativité. Lors des injections du produit, qui se font en milieu médical, Chaz se retrouve au XVIIème siècle dans la peau de Vélasquez. Au fil des séances, les effets sont de plus en plus forts, à tel point qu’il finit par être évincé des essais. Est-ce dû à des années de prises de drogue que Chaz semble particulièrement sensible à ce genre de substances ? Malgré l’arrêt des injections, la salvine semble faire encore effet, et les épisodes où Chaz se retrouve dans la peau de Vélasquez reviennent régulièrement, suivis parfois de phases d’amnésie. Bien que perturbé par ces voyages dans le temps, Chaz y prend goût, découvrant ainsi les secrets du grand peintre. Parallèlement, Chaz est contacté pour un négociant d’art allemand, qui va lui proposer un bien étrange contrat.

Voilà qui est posé.

Il est bien difficile de parler de ce roman classé Thriller (c’est ce qui est écrit sur la couverture) ! Je crois que l’essentiel n’est pas tellement l’intrigue en elle-même, puisque sa résolution finalement n’a rien de spectaculaire, semble même un peu tirée par les cheveux. Pour moi, tout l’intêret de ce roman réside essentiellement dans cette peinture (c’est le cas de le dire) du milieu de l’art : les peintres modernes et baroques, les galeries, les négociants, les faussaires, les musées (New-York, Venise, Rome, etc.), les tableaux évoqués, les techniques picturales. C’est un roman sur l’art et accessoirement un thriller. Il ne faut donc pas s’attendre à une lecture haletante, à des rebondissements spectaculaires, mais plutôt se dire que cette lecture va vous permettre de plonger dans une atmosphère artistique passionnante.

La vie de Vélasquez, peintre officiel du Roi d’Espagne, nous est racontée de l’intérieur. J’ai appris énormément de choses sur sa vie, son œuvre, sa façon de travailler, son amitié avec Rubens, ses relations avec le pouvoir. J’ai aussi été intéressée par tout ce qui touche les faussaires, la disparition de certaines toiles pendant la guerre, ces toiles de grands maîtres volées par les Nazis et non restituées.

Le problème est peut-être la multiplicité des thèmes abordés qui finit par créer un roman complexe, un brin fouillis, surtout si on rajoute à cela l’aspect voyage dans le temps, le thème de la folie et celui du baroque (la vie est un songe comme dirait Calderón).

J’ai regretté aussi, sur la fin, une certaine lenteur et quelques longueurs ainsi que certaines révélations qui semblent arriver comme un cheveu sur la soupe.

Vous l’aurez compris ce roman est passionnant sur plusieurs aspects, mais peut entraîner une certaine lassitude. Pourtant je ne peux pas dire que je me sois réellement ennuyée, je reconnais à l’auteur une grande érudition et un vrai intérêt pour son sujet qu’il parvient à communiquer à son lecteur. On en ressort moins bête, avec la sensation d’avoir développé ses connaissances. Comme tout le monde je connaissais quelques tableaux de Vélasquez, mais grâce à ce roman, il m’est devenu plus familier.

Autre attrait important, nous voyageons dans des villes splendides : Madrid, Venise, Rome, notamment, que nous abordons sur le thème de l’art ce qui est certainement la meilleure façon de les aborder.

Une lecture en demie teinte qu’il ne faudrait cependant pas bouder.

Roman lu dans le cadre du Challenge Thriller et Polars et du Challenge Il Viaggio.

Challenge thrillers et polarschallenge il viaggio

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Merci aux Éditions du Cherche-Midi