« La Vie de Marianne » Marivaux


Le voilà donc enfin ce fameux billet sur ce roman fleuve de Marivaux !!!

Il s’agit pour moi d’une relecture. J’avais lu et beaucoup aimé ce roman quand je faisais mes études de Lettres… l’envie m’a prise de le relire et Céline du Blog Bleu s’étant proposée pour une lecture commune, j’ai donc décidé de relire ce merveilleux roman !

Marianne a une cinquante d’années quand elle accepte de raconter par lettres sa vie à une amie. Comme dans Les Liaisons dangereuses, ces lettres sont retrouvées par un narrateur extérieur à l’histoire, qui se dit non écrivain, et qui se propose juste de faire paraître ces lettres ! Marianne elle-même ne se définit pas comme une romancière, et ce qu’elle écrit sont des Mémoires et rien d’autres :

« Comme on pourrait soupçonner cette histoire-ci d’avoir été faite exprès pour amuser le public, je crois devoir avertir que je la tiens moi-même d’un ami qui l’a réellement trouvée, comme il le dit ci-après, et que je n’y ai point d’autre part que d’en avoir retouché quelques endroits trop confus et trop négligés » (p.55)

Ce fameux ami écrit à son tour un avertissement, précisant :

« Passons maintenant à l’histoire. C’est une femme qui raconte sa vie; nous ne savons qui elle était. C’est la Vie de Marianne; c’est ainsi qu’elle se nomme elle-même au commencement de son histoire; elle prend ensuite le titre de Comtesse; elle parle à une de ses amies dont le nom est en blanc, et puis c’est tout. » (p.58)

Cette entrée en matière est déjà pour moi un plaisir infini. J’aime ce jeu sur l’illusion romanesque : vous avez l’impression de lire un roman, mais non vous vous trompez tout en sachant que non !!! Quelle modernité et comment on peut constater que nos auteurs modernes n’ont finalement rien inventé (n’est-ce pas M. Houellebecq !!!)

Le thème principal de ce roman est la recherche de la mère ! L’héroïne, mais également les autres personnages de ce roman, sont en quête de la figure maternelle. La relation mère/fille, mère/fils est au centre de tout. Marianne, retrouvée à l’âge de deux ans dans un carrosse dans lequel tous les passagers ont été tuée, est recueillie par un curé et sa soeur. Elle se trouvera une mère de substitution en la personne de Mme de Miran, sorte de mère par excellence, figure maternelle solaire et parfaite ! De même dans les parties 9 à 11, le récit de la Religieuse reprend ce thème maternel : d’abord rejetée par une mère qui accède à la bonne société parisienne, Tervire renouera avec elle, et ce couple mère/fille réuni incarnera alors la perfection, sorte de double du couple Marianne/Mme de Miran lui même reflet de la relation que Marianne aura dû nouer avec sa mère biologique !

Parallèlement, les figures masculines sont bien médiocres, et la relation mère/fils est souvent décevante. Le fils déçoit là où la fille est exemplaire ! Ils sont coureurs, ingrats, déshonorent leur mère, tandis que les filles les réhabilitent !

Inutile de vous dire que j’ai retrouvé le plaisir que j’avais eu à le lire la première fois, il y a….. pffff plusieurs années ! malheureusement le roman est inachevé ! Il existe une douzième partie que l’on dit apocryphe, et que je me suis refusée à lire… nous ne saurons donc rien du destin de Marianne, de son identité, de qui était sa mère… et on ne peut que le regretter !

La prose de Marivaux est sublime, et cette Marianne, si belle, si vertueuse a aussi l’intelligence de sa beauté ! C’est une héroïne merveilleuse, ni niaise ni trop candide, franche, juste et drôle !

J’ai également beaucoup apprécié chaque incipit des onze parties, dans lesquels la mémorialiste précise sa flemme à poursuivre, mais aussi ses interventions dans son texte, ces intrusions d’auteur qui rompent toujours cette fameuse illusion romanesque. Roman romanesque typique, fait de rebondissements, de reconnaissances, d’amour impossible, de trahisons, et en même temps négation constante du roman avec les deux narrateurs extérieurs, avec une narratrice interne qui se refuse à être assimilée à un écrivain, cette oeuvre est magistrale et il y aurait sans doute encore beaucoup à en dire !

Pour en savoir plus vous pouvez aller voir l’avis de Céline !

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Le Jeudi, c’est citation


 

Le bon sens est de tout sexe; je ne veux instruire personne; j’ai cinquante ans passés; et un honnête homme très savant me disait l’autre jour que, quoique je ne susse rien, je n’étais pas plus ignorante que ceux qui en savaient plus que moi.

La Vie de Marianne Marivaux, p.75, Ed. Le Livre de Poche