« Le Héron et l’Escargot » M-F CHEVRON et M. MAGNAN


Chevron le héron et l'escargotSur le schéma des fables de La Fontaine illustrées par Gustave Doré, Marie-France Chevron et Mathilde Magnan nous offrent une fable mettant en scène une rencontre fatale entre un Héron et un Escargot.

Fable construite sur le modèle de celles de La Fontaine, elle comporte également une morale qui apparaît comme une loi de la nature immuable et implacable.

Le vocabulaire a un charme suranné (fabliau, je vous agrée, oui da, etc) qui nous renvoie immanquablement au XVIIe siècle et rappelle la voix du célèbre fabuliste. Le titre lui-même apparaît comme celui d’une fable retrouvée évoquant Le loup et l’agneau ou Le Lièvre et la tortue et j’en passe. Impossible de passer outre cette inspiration évidente, d’autant que Le Héron de La Fontaine n’est pas bien éloigné de cette fable-ci.

Les illustrations sont réussies. Le héron comme l’escargot ne sont pas représentés de façon enfantine, mais, au contraire, de façon très précise presque scientifique et donc réaliste, refusant l’anthropomorphisme. Le texte lui-même, bien mis en page, aux couleurs changeantes, le rend attrayant et parfaitement lisible.

J’ai bien sûr testé cette lecture sur mes deux petits cobayes préférés qui ont trouvé cette histoire à la fois drôle et un peu triste. Ils ont déjà fait l’expérience des fables de La Fontaine, et ont trouvé que celle-ci était plus facile à lire et à comprendre malgré quelques mots qu’il m’a fallu expliquer notamment à Eliot (bientôt 7 ans).

Une belle découverte donc faite grâce aux Éditions Courtes et Longues (dont je vous ai déjà parlé sur ce blog) et une belle initiative aussi, je trouve, qui est celle de remettre à l’honneur les fables. Comme La Fontaine s’inspirait des fables d’Esope, Marie-France Chevron poursuit la transmission en s’inspirant de La Fontaine… Même si la portée sociale, ou politique, des fables de La Fontaine reste beaucoup moins prégnante dans cet album, sa lecture reste intéressante et amusante.

Lu dans le cadre du Challenge Animaux du monde.

Challenge Animaux du monde

Dimanche Poétique #16


Hier je faisais passer des oraux blancs de Français, et certains élèves étaient interrogés sur les fables de La Fontaine… J’ai eu envie de vous faire partager le plaisir que j’ai eu à relire ces textes qui n’ont rien perdu de leur pertinence, surtout en ce jour d’élections !!!

Le Chat, la Belette et le Petit Lapin

Du palais d’un jeune Lapin
Dame Belette un beau matin
S’empara ; c’est une rusée.
Le Maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
Elle porta chez lui ses pénates un jour
Qu’il était allé faire à l’Aurore sa cour,
Parmi le thym et la rosée.
Après qu’il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,
Janot Lapin retourne aux souterrains séjours.
La Belette avait mis le nez à la fenêtre.
O Dieux hospitaliers, que vois-je ici paraître ?
Dit l’animal chassé du paternel logis :
O là, Madame la Belette,
Que l’on déloge sans trompette,
Ou je vais avertir tous les rats du pays.
La Dame au nez pointu répondit que la terre
Etait au premier occupant.
C’était un beau sujet de guerre
Qu’un logis où lui-même il n’entrait qu’en rampant.
Et quand ce serait un Royaume
Je voudrais bien savoir, dit-elle, quelle loi
En a pour toujours fait l’octroi
A Jean fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
Plutôt qu’à Paul, plutôt qu’à moi.
Jean Lapin allégua la coutume et l’usage.
Ce sont, dit-il, leurs lois qui m’ont de ce logis
Rendu maître et seigneur, et qui de père en fils,
L’ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis.
Le premier occupant est-ce une loi plus sage ?
– Or bien sans crier davantage,
Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis.
C’était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.
Jean Lapin pour juge l’agrée.
Les voilà tous deux arrivés
Devant sa majesté fourrée.
Grippeminaud leur dit : Mes enfants, approchez,
Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause.
L’un et l’autre approcha ne craignant nulle chose.
Aussitôt qu’à portée il vit les contestants,
Grippeminaud le bon apôtre
Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
Mit les plaideurs d’accord en croquant l’un et l’autre.
Ceci ressemble fort aux débats qu’ont parfois
Les petits souverains se rapportants aux Rois.

Dimanche Poétique organisé par Celsmoon