Samedie Sandien #4 : « La Famille de Germandre » (1861)


Cette semaine je vais vous parler d’un roman que vous aurez beaucoup de mal à trouver dans le commerce  ! oui c’est le paradoxe de ces rendez-vous sandiens, vous parler de romans que l’on ne trouve pas dans le commerce !

Mise en bouche :

Les premiers jours de juillet 1808 virent s’accomplir au château de Germandre, en Bourbonnais, des évènements assez romanesques. C’est de ces trois journées que nous allons essayer de suivre toutes les phases et de tracer un fidèle récit.

Ce court roman est loin d’être le plus connu de George Sand. Son thème principal est l’héritage. Une famille nombreuse, mais un peu dispersée, se réunit pour l’ouverture du testament du marquis Symphorien de Germandre, mort ce 1er juillet 1808. Resté célibataire, le marquis a donc pour héritiers ses frères ou descendants : le Comte Jules, mort sur l’échafaud, dont le petit fils Octave de Germandre assiste à la réunion familiale ; le Baron Antoine qui a opté pour l’émigration, et laisse une fille Hortense de Sévigny ; un abbé aujourd’hui défroqué et vivant avec sa gouvernante, et enfin un chevalier, mort d’amour, qui laisse un fils, Sylvain, lui-même chevalier, veuf et père de deux enfants, un garçon et une fille.

Cette famille très hétéroclite reflète assez bien l’état de la France en ce début du XIXème siècle. Contrairement aux frères de son père, le chevalier est Républicain. Il a fait un mariage d’amour, et s’occupe d’une petite terre paternelle. Il vit simplement, mais honnêtement. A travers le chevalier de Germandre, c’est bien évidemment une valorisation de l’esprit républicain, du mariage d’amour que George Sand tente de promouvoir, ainsi que des vraies valeurs de la noblesse de cœur. Les nobles sont ici souvent ridiculisés, fantoches et vains.

Le marquis lèguera son héritage à celui de ces héritiers qui parviendra à ouvrir une boîte surmontée d’une tête de Sphinx, sans la casser. Sorte de casse-tête chinois, cette boîte est alors observée par toutes les personnes concernées, sans que personne ne parvienne à découvrir le mécanisme…

Cette fameuse boîte peut apparaître comme un symbole. Celui qui l’ouvrira sera le plus digne, le plus méritant, celui qui saura alors allier noblesse de sang et noblesse de cœur. Mais ce que j’aime dans ce roman tient davantage à la vision familiale de Sand. La famille du chevalier est un exemple du genre. Sylvain s’est marié par amour, comme l’avait fait précédemment son propre père et ce qui avait été la cause de sa mise à l’écart de la famille. Il vit simplement, mais il aime ses enfants, Lucien et Marguerite, qui sont également élevés par la sœur de Sylvain, la belle Corisande, sosie de sa noble grand-mère. L’irruption de la famille de Sylvain, dans le monde frelaté de la noblesse agonisante, va provoquer tout un remue-ménage à la fois idéologique et bien sûr, sentimental. Deux mondes vont s’affronter pou finalement en faire naître un troisième, pacifié et juste.

Le thème de la famille dans les romans de George Sand n’est jamais simple. La famille telle qu’on l’entend, composée d’un père, d’une mère et d’enfants, est quasi inexistante. De façon presque systématique, la famille est monoparentale chez Sand. Mais bien souvent aussi, le but du roman est justement de combler ce déséquilibre pour revenir à une famille recomposée et heureuse. Oui George Sand est la reine de la famille recomposée ! parce que ce qui compte le plus, c’est l’amour vrai. Or avec les dégâts qu’ont causé les mariages arrangés, le sentiment n’est pas toujours clairement établi. Il faut donc décomposer pour recomposer ! et c’est bien ce que fait George Sand dans ce roman.

Vous pourrez lire ce roman en allant sur Gallica, bibliothèque numérique ou sur Google Livres… sinon chez un bon bouquiniste, voire dans une bibliothèque universitaire…