Samedi Sandien #19 : « La Confession d’une jeune fille » (1865)


En commençant à rédiger ce billet, et en recherchant sur internet une couverture de ce roman, je découvre qu’il a été réédité en 2007, et qu’il est disponible sur le site de la F…, belle surprise, car ce roman, très romanesque, est un petit bonheur.

Lors d’un voyage, la petite fille de Mme de Valangis, Lucienne, alors âgée de 10 mois, est mystérieusement enlevée. Cette disparition étrange entraîne la mort de la mère, et l’éclatement de la famille. Quatre ans plus tard, Denise, l’ancienne nourrice de Lucienne, annonce le retour de la petite fille. Celle-ci parle alors une langue étrangère, semble posséder quelques vagues souvenirs.

Dans le même village, vit Frumence, adopté par le curé. Les deux hommes vivent d’études, herborisent, et Frumence est chargé de donner quelques leçons à Lucienne. Mais le jeune homme dégoûte la petite fille, qui s’arrête à l’apparence et préfère son cousin Marius, portant bête et méchant. La grand-mère vieillissant, Jennie Guillaume est engagée comme gouvernante générale. Affectueuse et autoritaire, son passé est mystérieux et semble étrangement lié à celui de Lucienne.

Ce très bref résumé des premiers chapitres du roman donne un peu le ton de ce roman aux éléments romanesques nombreux : enlèvements, mystères, reconnaissances… Certes on ne s’ennuie pas, et la plume de Sand court vite, nous emporte avec elle à la suite de cette Lucienne, petit fille quelque peu capricieuse mais très attachante. Mais, bien évidemment, l’intérêt de ce roman ne s’arrête pas à ces péripéties.

Confession romanesque, ce roman est finalement un récit introspectif sur la recherche de ses origines, et la quête de son identité. Qui suis-je ? quel est mon passé ? comment envisager l’avenir en ayant une idée si imprécise du passé ? comment aimer un homme, et quel homme ? Lucienne est la narratrice âgée de sa propre histoire. Se mêlent alors un Je de la narration, et un Je du passé :

Je n’étais pas menteuse, j’étais romanesque. Le réel ne me satisfaisait pas ; je cherchais quelque chose de plus étrange et de plus brillant dans la région des songes. Je suis restée ainsi : ç’a été la cause de tous mes désastres, et peut-être aussi le foyer de toutes mes forces.

Tout au long du roman, on suit les multiples interrogations de Lucienne sur son identité. Esprit romanesque, Lucienne va suivre une éducation intellectuelle sérieuse grâce à Frumence, qui tentera de la détourner d’une nature trop romanesque et dangereuse. Tout en écrivant un roman dans la pure tradition romanesque, George Sand nous met en garde contre les risques de la lecture quand on se connaît si mal. Ce roman psychologique, n’ayons pas peur du terme, est assez prodigieux et rejoint des préoccupations chères à Sand sur l’identité, et la famille. Oui la famille est finalement toujours au cœur de tout, car c’est elle qui définit notre place dans la société (surtout au XIXème siècle) mais aussi notre rang : de qui suis-je la fille ? qui puis-je aimer ? Car savoir qui l’on est c’est savoir qui peut être digne de notre amour. La question du père est une fois de plus centrale là aussi. Ce Marquis de Valangis auquel Lucienne doit le respect, mais qu’elle ne voit jamais, qui ne lui adresse jamais la parole, qui, remarié et père d’autres enfants, semble ne pas faire cas de la vie de cette enfant, comment s’identifier, se retrouver en lui ? Tout le cheminement de Lucienne au cours du roman, lui permettra de se connaître, chaque personnage (adjuvants ou opposants) aura son rôle à jouer dans cette quête d’identité, jusqu’à la résolution finale.

Challenge George Sand

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