« La Boîte Noire et autres nouvelles » de Tonino Benacquista


J’étais un peu fâchée avec Tonino depuis la lecture poussive (et abandonnée) de Homo erectus, mais comme je n’aime pas rester fâcher bien longtemps avec un auteur, j’ai décidé de lui donner une autre chance, en espérant retrouver le style et l’humour du génial Malavita encore. Pimprenelle nous proposant de découvrir ou de redécouvrir Tonino, j’ai sauté sur l’occasion de lire (enfin!) ce petit recueil de nouvelles.

La Boîte noire est donc la nouvelle qui ouvre ce recueil. Je connaissais vaguement l’histoire pour avoir entre-aperçu l’adaptation ciné par Richard Berry, mais le film m’avait laissé une impression de noirceur que je n’ai pas vraiment retrouvée dans la nouvelle. Un homme se réveille dans une chambre d’hôpital après un accident de voiture. Son infirmière lui confie alors un carnet à spirales dans lequel elle a consigné pendant son coma vigile, un coma durant lequel le patient parle, toutes les divagations de son patient. Ce carnet renferme donc l’inconscient du personnage, Laurent Aubier.

– C’est une chance fabuleuse, monsieur Aubier, une chance à ne pas rater. Une antenne directe sur la boîte noire.

La Boîte noire ?

L’inconscient, si vous préférez.

Mais cette boîte noire est aussi une boîte de Pandore, et une fois ouverte, Laurent va y être absorbé, cherchant à élucider toutes les allusions, à se souvenir de tous les noms cités. Ce fut une lecture prenante, et rondement menée, en même temps qu’une réflexion sur l’oubli, la mémoire et l’inconscient. Est-ce vraiment une chance d’avoir accès à son inconscient, à ce que nous avons oublié, comme le laisse penser l’infirmière ? ou au contraire, l’oubli, la sélection des souvenirs est-il salvateur ? On voit, petit à petit, se profiler la chute, mais celle-ci est amenée en douceur et donne un goût savoureux à la nouvelle.

La Volière est une nouvelle plus légère malgré un début un peu sombre : Le narrateur vient de perdre son vieil oncle auprès duquel il avait passé sa jeunesse. Sorte de père de substitution, cet oncle, un peu original, était très proche de son neveu, c’est donc à lui, qu’il confie, alors qu’il agonise, sa volonté d’être enterré près de la volière ! Or, le narrateur ignore tout de cette volière ! Cette nouvelle est doublement intéressante, car si le mystère se lève sur cette fameuse volière, la chute ne réside pas dans cette révélation, mais dans une seconde qui surprend encore davantage.

Un temps de blues. Cette nouvelle est sans doute celle qui m’a le moins intéressée. Plus courte que les précédentes, elle n’est pas inintéressante mais ne m’a rien apporté.

Tranfert. Ici, par contre, j’ai retrouvé l’humour décalé de Benacquista. Un homme en couple depuis de longues années, croit tout connaître de sa femme, jusque dans ses pensées, répliques, et actes. Jusqu’au jour où elle lui conseille de consulter un psy., le pensant dépressif. Soudain, le narrateur ne reconnaît plus sa Catherine, s’énerve devant cette obsession du psy. Malgré une petite invraisemblance dans la chute, cette nouvelle m’a fait sourire, et la chute est délicieuse.

La Pétition. Cette dernière nouvelle m’a déçue par sa chute et par le côté excessif des péripéties. Un journaliste radio est parvenu à décrocher un entretien avec la star Harisson Ford, mais alors qu’il doit se rendre au rendez-vous, des amis lui soumettent une pétition à signer pour sauver un prisonnier condamné à mort. Le pauvre journaliste va être précipité dans une multitude de péripéties plus catastrophiques les unes que les autres, un vrai cauchemar. Toutes ces péripéties m’ont semblé terriblement exagérées, et je n’ai pas adhéré au récit.

Moi qui ne suis pas une grande adepte des nouvelles, j’ai été majoritairement séduite par celles de Benacquista. Il est évident qu’il maîtrise parfaitement le genre, et La Boîte noire, La Volière et Transfert se présentent même comme des cas d’école. Les chutes sont bien orchestrées, le style est léger, ironique, et les histoires ne sont pas dénuées de réflexions intéressantes, sur l’inconscient, les secrets de famille ou l’adultère. Me voilà donc réconciliée avec Benacquista !

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