« La Couleur des sentiments » Kathryn Stockett


Ce roman est de plus en plus présent sur les blogs. Grand Prix littéraire du Web en novembre 2010, Prix Elle cette année, ce roman est auréolé de succès. Ayant été invitée à la remise du Grand Prix Littéraire du Web, j’avais eu la chance de ramener ce roman dans mon escarcelle, et depuis il sommeillait dans ma PAL, il a donc fallu une LC pour me décider à plonger dans ce roman.

L’intrigue se situe à Jackson, Mississipi dans les années 60. Trois voix se relaient pour la narration : Aibileen et Minny, deux bonnes noires au service de familles blanches, et Miss Skeeter, surnom d’Eugénia, une jeune femme blanche, dont la bonne, Constantine, a mystérieusement démitionné pendant que Skeeter était à l’université. Trois voix, trois personnalités fascinantes et attachantes. Kathryn Stockett plonge le lecteur dans une période où la ségrégation est encore très présente dans cet Etat, les lois raciales font légion. Toute l’intrigue du roman se déclenche à partir d’une revendication concernant les toilettes : Miss Hilly, femme influente de Jackson, milite pour que soient installées dans chaque demeure des toilettes réservées aux bonnes noires. Cette revendication va entraîner des réactions en chaîne chez les blancs et chez les bonnes noires. Skeeter va alors tenter de contrer cette décision et va se retrouver opposée à la communauté blanche de Jackson.

Malgré l’épaisseur du roman, il se lit avec délectation. Non seulement j’ai aimé l’intrigue, les personnages, mais j’ai aussi appris beaucoup de choses, et me suis indignée. Tant de sentiments se sont bousculés en moi, que je peux bien affirmer que ce roman est un réel coup de coeur.

Kathryn Stockett parvient à faire entendre les trois voix, à leur donner une profondeur et une individualité, et chaque voix est comme une musique. Ces trois femmes vivent les mêmes évènements mais relatent aussi leur vie quotidienne, leur vie de famille, leur vie au travail, leurs interrogations et pensées. A chaque fois que j’ouvrais ce roman, je me retrouvais dans les années 60 à Jackson. Ce roman s’inscrit dans la lignée de Autant en emporte le vent, mais aussi dans celle de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (que j’ai hâte à présent de lire). J’ai également pensé au roman Beignets de tomates vertes, dont la condition des noires aux Etats-Unis est aussi un coeur du roman. Certes il s’agit, en quelque sorte, d’un roman politique ou du moins engagé, mais cette revendication contre la ségrégation, s’imbrique dans une intrigue bien menée, et évite les leçons de morale ou les longues digressions historiques. Tout est dit à partir d’expériences vécues et c’est cela qui m’a aussi beaucoup plu. Au-delà de la description d’une situation historique et sociétale, ce roman est aussi plein d’humour et de finesse dans les sentiments.

L’autre point qui m’a fait beaucoup aimé ce roman, est la réflexion de fond qui sous-tend ce roman : comment, en ayant été élevé et aimé par des bonnes Noires, en ayant été si proche de ces femmes qui ont bien souvent su combler le manque d’amour maternel, peut-on, ensuite, en grandissant, adhérer aux lois raciales ? Le personnage de Skeeter est en cela emblématique, tout comme celui de la petite Mae Mobley qui incarne alors la nouvelle génération, et l’espoir. Les personnages créés par Katryn Stockett ne sont pas ou tout bons ou tout méchants, elle a l’intelligence de placer dans leur personnalité des incohérences, des hésitations, des défauts, de les rendre donc complexes et par là même intéressants. Que ce soit Aibileen, Minny ou Skeeter, chacune présente des a priori, des rétiscences propres à leur situation, et le roman montre, comment, petit à petit, elles parviennent, ensemble, à les dépasser. Les personnages négatifs, dont principalement la fameuse Miss Hilly, présentent également des failles qui évitent une dichotomie manichéenne, et surtout révèlent les dangers du communautarisme que ce soit celui des Noirs comme celui des Blancs, car finalement, ce sont deux communautés qui s’affrontent ici, et leurs a priori face aux autres  reposent sur des éléments historiques. Ainsi Stockett fait-elle référence au passé historique du Mississipi, à la guerre de Sécession, aux confédérés d’alors, pour mieux mettre en avant la nécessité d’évoluer, comme la référence littéraire à Autant en emporte le vent est une façon de faire référence à un classique littéraire pour mieux présenter, par ce roman, un renouvellement du genre.

Lecture Commune avec : Manu, Valérie  ;DeL ; Mango ; Miss Alfie (pardon pour le retard, les filles!)

 

3ème lecture

76/441 =366