Samedi Sandien #1 : « Jean de la Roche » George Sand


Je devais lancer la semaine dernière mon année sandienne, mais… ouvrons-la donc aujourd’hui en ce Samedi 7 janvier 2011, et commençons par un roman peu connu de George Sand.

Jean de La Roche revient dans sa région (l’Auvergne) après des études à Paris. Jeune homme ardent, il a vécu à Paris une vie d’étudiant débauché, dont il se repend aujourd’hui. Sa mère, veuve et peu maternelle, lui confie la direction du domaine. Ils ont pour voisins une famille anglaise, les Butler. Le père est un savant, sa femme est morte quelques années auparavant et sa fille, Love, se voue corps et âme au bien-être de son père, comme elle l’a promis à sa mère sur son lit de mort. Le fils, Hope, plus jeune, surveille jalousement sa soeur et a pour ami le sombre Junius Black.

Jean, dont l’éducation a été mal faite, se sent inférieur au milieu de cette famille de savants. Love est une jeune fille intelligente, qui met son savoir et ses connaissances au service de son père. Bien sûr Love et Jean vont tomber amoureux, mais cet amour contrarie fortement Hope, le rendant malade de jalousie et le mariage est alors annulé…

Au-delà d’une banale histoire d’amour entre deux jeunes gens, ce roman porte une conception sandienne de l’amour. A partir de 1860, les personnages féminins prennent plus de consistance. Ce sont des jeunes filles intelligentes, instruites, qui souvent revendiquent le célibat plutôt que le mariage à tout prix. Love fait parti de ces jeunes filles qui prônent un mariage d’amour et d’égalité, qui recherchent un homme digne de leur intelligence, qui sachent les comprendre et accepter cette supériorité. Pour cela, bien souvent, les jeunes hommes sont obligés de se former, de parfaire leur éducation. Les obstacles ne sont pas tant sociaux qu’intellectuels. Le Jean du début du roman est bien différent de celui de la fin… Si la jeune fille apparaît comme finie, complète, bien souvent le jeune homme a besoin de faire ses preuves. Ce ne sont plus des épreuves physiques, qu’il doit dépasser (dragon, combat, duel…), mais des épreuves morales et intellectuelles.

Il s’agit sans doute d’un de mes romans favoris de Sand, et cela très certainement grâce au personnage de Love Butler. George Sand fait d’elle un portrait moderne, elle dépasse le stéréotype de la jeune fille ingénue et romantique. Elle  rassemble et confronte, en elle même, à la fois le poids du devoir (rester fidèle à la promesse faite à sa mère) et son besoin d’émancipation, de trouver l’amour vrai et un compagnon digne de ses aspirations. J’ai une tendresse particulière pour ces héroïnes qui luttent contre les coutumes, contre le poids d’une paternité qui s’effrite en ce milieu du XIXème siècle. George Sand, qui a toujours lutté pour l’instruction des filles, fait de Love Butler une héroïne passionnante dans laquelle nous pouvons nous retrouver. Tout en créant une intrigue romanesque qui reprend les thèmes du roman traditionnel, George Sand insuffle son esprit, ses convictions.

Le roman parait en 1860, il fait partie du cycle des romans auvergnats. Sand a découvert l’Auvergne en 1859 avec Manceau, elle y séjournera à nouveau en 1871. Jean de La Roche offre donc un beau panorama de la région, les personnages arpentent les chemins, vont en excursion voir les volcans, dorment dans des auberges. George Sand n’a donc pas décrit que son Berry natal, elle a beaucoup voyagé en France, notamment, et ses romans sont souvent emprunts de ces voyages.

UN PETIT EXTRAIT