« Je suis un écrivain japonais » de Dany LAFERRIERE


laferrière je suis un écrivainUn précédent livre de Dany Laferrière avait attiré ma curiosité (Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer), grâce à un nouveau partenariat de mon blog avec Le Livre de Poche, j’ai donc porté mon choix sur ce roman qui vient de sortir en poche. Dany Laferrière a un style bien à lui. Ses romans sont souvent plus ou moins autobiographiques et sont conçus sur un mode de découpages de saynètes, sorte de mini-nouvelles qui s’enchaînent et font un tout.

Dans ce roman le narrateur qui se définit comme un pro du titre, imagine, lors d’un rendez-vous avec son éditeur, le titre d’un roman qu’il est sensé écrire : Je suis un écrivain japonais. Mais le narrateur ne semble pas vraiment décidé à écrire son roman. Pourtant ce roman va exister un peu malgré lui et notamment grâce ou à cause d’une communauté japonaise qui s’empare de ce titre et de ce roman virtuel ou en devenir.

Le lecteur suit donc les déambulations du narrateur fréquentant le cercle restreint d’une chanteuse japonaise, tombant amoureux d’une serveuse, rencontrant sans cesse un japonais qui a le chic d’apparaître au moment où on ne l’attend pas. Il s’imprègne de la culture japonaise, notamment et surtout par la lecture du poète Basho. Réalité, fiction et haïku se mêlent et s’entremêlent.

Parallèlement le narrateur mène une réflexion sur le roman qu’il n’écrira jamais :

J’ai donc négocié un livre que je n’ai pas écrit, que je sais que je n’écrirai pas, et dont je n’ai, pour toute preuve, qu’un titre. (pp.170/171)

Notre narrateur-écrivain est noir et canadien et il se définit, à travers le titre de son roman, comme un écrivain japonais : ça commence à faire beaucoup. Son statut triple l’amène donc à réfléchir sur l’identité culturelle qui va presque entraîner une révolution au Japon.

Je l’ai fait pour sortir précisément de ça, pour montrer qu’il n’y a pas de frontières… J’en avais marre des nationalismes culturels. Qui peut m’empêcher d’être un écrivain japonais ? Personne. (p.162)

Ce roman original, et parfois déconcertant, joue sur l’absurde, mêlant humour et réflexions littéraires.

Roman lu dans le cadre du Challenge Petit Bac catégorie métier et du Challenge Dragon.