« Avec vue sur l’Arno » E.M. FORSTER


forster ArnoCe roman de E.M. Forster était dans ma PAL depuis 2010, mais j’ai découvert que je l’avais déjà acheté plus de vingt ans auparavant, peu de temps en fait après la sortie du film en 1986. Autant vous dire que cela fait 28 ans que je projette de le lire ! Pourquoi avoir autant attendu et pourquoi l’avoir acheté trois fois (en 1986, en 2010 et l’an dernier) ? Je crois que la raison principale vient du fait que j’aime tellement l’adaptation cinématographique de James Ivory que j’appréhendais la lecture de ce roman, par peur d’être déçue, de ne pas retrouver toutes les émotions que ce film sublime et complet me procure. Je me suis enfin décidée puisque ce roman est sur la liste du Prix des Lectrices 2014 (proposé par Miss G.).

Lire un roman dont on connaît par coeur l’intrigue et les répliques est une expérience particulière que j’apprécie peu en général, le roman étant souvent plus dense que l’adaptation cinématographique. C’est la troisième fois que je me trouve dans cette situation : la première pour Raison et sentiments de Jane Austen et la deuxième pour La Ferme africaine de Karen Blixen. Cela m’avait gênée pour Raison et sentiments, mais pour La Ferme africaine j’avais eu l’impression que livre et film se complétaient merveilleusement !

Pour le roman de Forster, je dois dire que mes craintes se sont révélées justes en partie.

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« Les Vestiges du jour » Kazuo ISHIGURO.


ishiguro les vestiges couvertureLes Vestiges du jour, ce fut pour moi tout d’abord un film, du grand James Ivory avec les deux non moins grands Anthony Hopkins et Emma Thompson, un film vu durant mon adolescence, en 1993, puis revu de temps en temps. Ce fut ensuite un roman acheté à une date imprécise, puis prêté à ma mère, et il a fallu qu’il soit choisi dans le cadre du Club des lectrices, pour que je le lise enfin et le sorte de ma PAL.

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« Maurice » de E. M. FORSTER


forster mauriceCommencer l’année sur un coup de coeur, rien de tel pour envisager une année de lecture sous de bons auspices. Forster est un auteur que je me promettais de lire depuis bien longtemps, depuis, pour tout dire, les adaptations de James Ivory au cinéma à la fin des années 80. J’allais alors très souvent au cinéma, j’avais une quinzaine d’années, et j’avais vu tous les films adaptés des romans de Forster (Maurice, Chambre avec vue, Retour à Howards End). C’est grâce à une LC avec Céline, que, plus de 25 ans plus tard, je me suis enfin décidée à ouvrir un de ses livres.

Contrairement à Chambre avec vue que j’ai vu et revu au moins une dizaine de fois, Maurice est un film que je n’ai vu qu’une seule fois, mais qui est resté très présent dans ma mémoire sans pourtant nuire à la lecture du roman dont il est l’adaptation, sans doute parce que James Ivory a si bien su restituer l’atmosphère du roman que les deux se sont mêlés sans fausse note. Bien sûr, les personnages du roman ont pris les traits des acteurs du film, mais le casting était si juste que mon imagination n’aurait sans doute pas mieux fait.

Le roman narre le cheminement de Maurice Hall, gentleman sans grande fortune et sans grande intelligence. Au sortir de la public school et avant son entrée à Cambridge, l’un de ses professeurs l’informe sur les choses de la chair avec schémas à l’appui et discours moralisateurs sur le rôle de l’homme et de la femme. Cette discussion va durablement marquer Maurice, entraînant chez lui, un combat intérieur que le roman va développer.

E. M. Forster, par ce roman dont il refusa la publication toute sa vie, fait une étude psychologique magistrale de l’éveil à la sexualité homosexuelle dans une Angleterre où l’amour homosexuel est encore perçu comme immoral et immonde. Il décrit les affres de son personnage, sa lutte, ses questionnements, son sentiment de culpabilité face à cette attirance pour les hommes qu’il tente de refuser et contre laquelle il ne peut rien. Une amitié amoureuse avec Clive Durham à Cambridge lui fait prendre, petit à petit conscience, de sa « différence ».

E. M. Forster écrit non seulement un fabuleux roman d’amour, mais fait aussi une analyse pertinente des moeurs anglaises au début du XXème siècle en traitant un sujet qui, encore au moment de la rédaction du roman, était un sujet tabou. L’homosexualité est décrite à la fois sous l’angle moral de l’époque, mais aussi du point de vue de Maurice qui, la vivant, nous la rend telle qu’elle l’est : un amour peut-être différent dans ses actes, mais pur et sincère, un amour comme un autre. Maurice va devoir lutter contre les bonnes mœurs, va se confronter aux risques de la dénonciation, aux conceptions de l’homosexualité perçue alors comme une maladie ou une phobie morbide. La lutte est alors morale et sociale d’autant plus qu’elle flirtera avec une remise en question de la hiérarchisation des classes sociales (si le désir faisait fi des barrières sociales, la civilisation telle que nous l’avons conçue s’écroulerait. p.232). C’est finalement un roman subversif que nous livre ici Forster, mais qui, dans l’écriture est d’une douceur et d’une pertinence fabuleuses.

Maurice est un roman initiatique. Le personnage éponyme devra affronter nombre d’obstacles, pour voir clair en lui et accepter ce qu’il est. Comme tout roman romanesque, il devra lutter contre sa famille et la société pour vivre son amour. Tout en reprenant les éléments traditionnels du roman, Forster écrit un roman moderne par son sujet et dresse le portrait d’une homosexualité qui veut sortir de l’obscurantisme dans lequel, même encore aujourd’hui, nous avons tôt fait de l’enfermer comme en témoignent les récentes manifestations sur le mariage pour tous et toutes les absurdités que nous avons alors entendues sur les déviances supposées. Forster au contraire donne une vision franche et sincère de l’homosexualité, du mal être de ces hommes et surtout fait de cet amour un amour comme un autre avec ses affres, ses désirs, ses pulsions, seul le contact avec la société aveugle en fait un amour différent. D’abord platonique avec Clive, cet amour sera aussi physique grâce à Alec. Loin de n’en montrer qu’un aspect épuré, aristocratique et donc acceptable d’après Clive (l’amour entre hommes n’est excusable que s’il demeure platonique p.276), Forster évoque son aspect charnel et donc subversif, dit le désir et en cela combat l’hypocrisie de l’époque.

En cédant aux plaisirs de la chair, Maurice avait – pour reprendre le terme qu’employa Mr Lasker Jones dans son diagnostic final – entériné sa perversion et s’était définitivement coupé de la communauté des hommes normaux. p.241

Forster est réputé pour être un grand stylisticien et la lecture de ce roman fut un plaisir pour cela. C’est un tel bonheur qu’un livre où sujet et style se complètent que je ne peux que vous encourager à lire cet auteur.

L’année 2013 commence bien.

Vous pouvez lire l’avis de Céline dont l’analyse du roman ne pourra que vous convaincre davantage.

Roman lu dans le cadre du Challenge I Love London (pour certains passages dont un au British Museum), du Challenge La Littérature fait son cinéma et du Challenge Cartable et Tableau Noir.

challenge cartable et tableau noirChallenge la littérature cinémachallenge I Love London

« A Room with a view » James Ivory (1986)


Parmi les films qui peuplent mon musée cinématographique personnel, A room with a view est sans doute celui qui arrive en tête. Vu à sa sortie en salle, alors que je n’avais que 14 ans, ce film, 26 ans plus tard agit toujours sur moi avec la même puissance. Au fil des années, je l’ai vu et revu, au point d’en connaître certaines répliques par coeur.

Hier, le programme télé étant d’un vide sidéral, je me suis souvenue que je l’avais enregistré il y a déjà quelques mois. Seule sur mon canapé, je suis donc retournée à Florence et en Angleterre l’espace d’une soirée.

Adapté d’un roman de E. M Forster, Avec vue sur l’Arno, ce film est une merveille pour de nombreuses raisons, et a sans doute aujourd’hui quelques charmes supplémentaires.

Lucy Honeychurch est une jeune fille de la bonne bourgeoisie anglaise, élevée assez librement par une mère veuve, aimante. En villégiature à Florence, accompagnée de son chaperon, sa cousine Charlotte Bartlett, elle séjourne dans une pension de famille où résident également un père, Mr Emmerson, et son fils, George, une romancière quelque peu extravagante, Eleanor Lavish, le révérend Beebe, et deux vieilles dames, anglaises types. Dans ce décor sublime de Florence, George et Lucy vont vivre un amour naissant, mais que Lucy se refuse à reconnaître.

Deux parties principales structurent le film : A Florence, puis de retour en Angleterre, dans le petit village où résident la famille de Lucy, ainsi que le révérend Beebe. Mais l’installation des Emmerson, va quelque peu bouleverser la destinée de Lucy.

Florence est un personnage essentiel du film (et sans doute du roman que je n’ai toujours pas lu), qui hante et, comme le dit la romancière, transfigure la jeune fille (Pourquoi ne serait-elle pas transfigurée ?). L’ambiance est vibrante, et le décor sublime de la ville italienne et de sa campagne est un écrin parfait à cet amour romanesque (le terme est d’ailleurs répété plusieurs fois). James Ivory est un metteur en scène que j’aime beaucoup et dont j’ai vu la plupart de ses films, souvent d’ailleurs des adaptations des romans de Forster (Maurice, Retour à Howard Ends, par exemple). Les anglais y sont décrits dans leurs caractéristiques, sans que cela fasse clichés : le thé, la réserve, la bienséance, leur curiosité pour les voyages, leur extravagance aussi. C’est la rencontre de la chaleur, de l’intensité italienne et du flegme britannique, une mélange explosif. Le réalisateur sait se moquer gentiment de ses compatriotes, et Charlotte Bartlett est le personnage qui en fait le plus les frais, mais avec un humour tout anglais et fin. Florence apparaît dans toute sa beauté architecturale et artistique, ville solaire où les passions, les sentiments, la vie sont exacerbés, pouvant aller jusqu’à la violence.

L’Angleterre est verte, pluvieuse, plus littéraire que picturale. Là, les gens se tiennent, les sentiments sont étouffés, les rapports entre les êtres sont plus contenus, pris dans les conventions. Lucy incarne alors cette rencontre entre le Sud et le Nord : bien élevée, anglaise par définition, elle a cependant l’âme italienne, une âme exaltée qui transparait dans sa façon de jouer du piano.

Tout est merveilleux dans ce film : l’image, les costumes, les intérieurs, la musique, les personnages. L’humour toujours présent est un souffle qui n’empêche pas le film d’être aussi la vision d’une époque et d’une société anglaise au début du XXe siècle férue de voyage (il est question du fameux Baedeker, guide touristique célèbre en Angleterre à l’époque pour son format poche) mais encore corsetée, et dans laquelle la sexualité reste tabou. Mr Cecil Vyse est l’incarnation extrême de cette société : esthète, froid, distant, hautain, niant le corps et le désir, il est parfaitement incarné par un Daniel Day Lewis méconnaissable.

Car le charme supplémentaire de ce film vu hier réside aussi dans les acteurs. En 1986, il n’y avait pas encore eu les adaptations de Harry Potter, il n’y avait pas encore eu les nouvelles versions de 007, il n’y avait pas encore eu 4 mariages et un enterrement. Or en regardant ce film, quel plaisir de revoir dans leur jeunesse Helena Bonham Carter (Lucy), Maggie Smith (Charlotte), Simon Callow (Mr Beebe) ou encore Judi Dench (Eleanor Lavish). Vous ne voyez pas de qui je parle ? Alors regardez ces photos et vous allez vite comprendre :

J’ai aimé retrouver tous ces acteurs anglais, et ce film aujourd’hui pour moi a beaucoup à voir avec une certaine nostalgie.

Il me reste à présent à lire le roman de Forster, qui malheureusement n’est plus édité mais que j’ai eu la chance de trouver en occasion. Appel du pied à 10/18 !

Pour le plaisir de voir et revoir cette scène si belle !