« Un monde idéal où c’est la fin » J. HESKA


heska monde idéalEntre J. Heska et moi, c’est une longue histoire ! Il m’avait contactée pour son premier roman (Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir) que même mon homme avait lu et chroniqué à son tour. Puis est venu le deuxième roman (On ne peut pas lutter contre le système) qui donna l’occasion d’un petit entretien sur le blog.

Cet été, J. Heska récidive avec Une monde idéal où c’est la fin. Il s’agit de petits textes, à peine des nouvelles, plutôt des saynètes, bien que le terme s’emploie d’ordinaire pour le théâtre. Chacun de ces textes porte un titre commençant par : un monde idéal où…

(suite…)

Retour au bercail…


Après une année de pérégrination à travers la France, Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir vient de rentrer au bercail. Je l’ai retrouvé en pleine forme, tout ragaillardi par son petit voyage.

Après une première escale chez ma Cousinette (sans blog) en Bretagne, il a continué son voyage en passant chez Syl. ; chez Lizouzou ; chez Schlabaya ; chez Sharon et enfin chez Olivier.

Merci à vous d’avoir pris soin de lui et de lui avoir montré le chemin du retour.

Entretien avec un auteur : J. Heska


J. Heska vient de sortir son deuxième roman, On ne peut pas lutter contre le système, l’occasion de lui poser quelques questions sur sa vie/son œuvre.

***

Bonjour George ! Merci beaucoup de m’avoir accordé cette interview, c’est un vrai plaisir 🙂

1. Bien que vos deux romans aient un style différent, on retrouve dans les deux une certaine critique sociétale. Ecrire pour vous est-il forcément lié à une sorte d’engagement ou de dénonciation sociale ?

Loin de moi l’idée d’avoir la prétention de m’engager sur la voie de la dénonciation sociale
(on m’imagine tout de suite braillant dans une émission de variétés avec un beau costume à
paillettes « Non à la guerre » « Non à la mort » « Votez Untel et vos vies seront sauvées »). Pour moi, un artiste ne doit pas prendre parti, s’engager, ni déplorer quoi que ce soit : c’est avant tout un observateur. Je préfère soulever des questionnements, à partir d’une œuvre chargée avant tout de divertir, et laisser au lecteur le choix de trancher.
Par contre, je plaide coupable à 100% sur la thématique sociétale ! J’aime parler de la façon dont un groupe / une société / une civilisation peut basculer à un moment ou un autre, s’éteindre, ou évoluer. Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir exposait un changement philosophique de civilisation dans un roman généraliste. On ne peut pas lutter contre le système montre comment celle-ci peut s’écrouler dans un thriller. Et ce n’est pas prêt de finir, car mon petit troisième, en cours de maturation, penche du côté S.F., mais toujours avec cette thématique sociale en toile de fond.

2. Dans votre dernier roman, on sent une influence cinématographique par quelques références, mais aussi dans votre style très imagé et vivant, est-ce délibéré ?

Tout à fait ! J’ai grandi dans les années 90. J’ai été élevé à la B.D., au cinéma à grand spectacle (Indiana Jones, Retour vers le futur, Star Wars, etc.), à l’Internet naissant et aux romans d’action « tout en muscle », avec une prédilection pour le genre S.F. Je m’inscris donc dans cette époque sans complexe et n’hésite pas à piocher à droite à gauche des petits clins d’œil qui vont nourrir à la fois l’histoire, mais également la narration en elle-même. Mon style s’en ressent donc tout naturellement. En tant que lecteur, je ne supporte plus de m’ennuyer en lisant des descriptions alambiquées de quinze pages ou des déballages de sentiments narcissiques dans des phrases très stylées qui ne veulent rien dire. Alors en tant qu’auteur j’essaie d’aller droit au but, et de décrire une situation en quelques images puisées dans l’inconscient collectif que le lecteur pourra facilement se représenter. Mais attention, je ne pousse pas non plus la logique dans ses retranchements : hors de question de trop dépouiller le texte, ou de succomber à un style trop scénaristique. Je privilégie la voie moyenne ;-).

3. D’après ce que j’ai compris dans nos échanges, vos romans ne sont pas disponibles en librairie (du moins pas encore pour le dernier), pouvez-vous nous dire pourquoi et quel est votre parcours éditorial ?

J’ai publié mon premier roman, Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir, à vrai compte d’éditeur après avoir ramé plusieurs années (envoi de manuscrits, refus, rendez-vous, refus, etc.). J’ai eu un très grand distributeur (dont je tairais le nom), une belle attachée de presse, un éditeur très occupé, une correctrice, un maquettiste, etc.
Ce fut une expérience intéressante qui m’a ouvert les yeux sur ce monde qui ne me convenait guère, loin de l’image qu’on souhaite lui donner : mon éditeur n’a jamais pris le temps de lire mon livre, l’attachée de presse avalait des petits fours dans les dîners mondains sans même imaginer faire son travail, les journalistes ne souhaitaient recevoir un service de presse que pour pouvoir le refourguer sur e-bay plus cher (car dédicacé), les librairies ne s’intéressaient qu’à Marc Lévy, le diffuseur s’inscrivait aux abonnés absents.
J’ai pris très peur lorsque j’ai vu les commissions que tous ces intermédiaires avalaient goulûment.

Comme j’avais dépensé beaucoup de temps et d’énergie pour rien (car au final je n’ai jamais été payé par mon éditeur, une arnaque visiblement courante dans le milieu), je voulais me recentrer sur l’écriture. Quand j’ai décidé de publier On ne peut pas lutter contre le système, j’ai voulu le faire selon mes conditions.
Je me suis donc auto-édité. Dans ce domaine, il y a une volonté, des outils (impression à la demande, livre numérique, etc.) et une énergie qui stimulent ma démarche. Le tout à des coûts réduits.

Ce n’est pas simple tous les jours, je vends beaucoup moins, mais j’assume ce prix de la liberté !
J’espère juste que les lecteurs me soutiendront dans cette démarche (je suis content, ça a l’air d’être le cas pour le moment).

4. Comment l’écriture est-elle entrée dans votre vie ?

Comme tout « artiste », je pense que l’envie vient du besoin vital d’expulser des idées d’un esprit trop encombré, afin d’éviter la schizophrénie !
Pourtant, initialement, rien ne me prédestinait à écrire. Contrairement à beaucoup d’écrivains, je n’ai pas commencé dès ma plus tendre enfance à dévorer l’intégrale de Kant (je préfère m’arracher les deux bras avec les dents que de relire une ligne de David Copperfield ou de supporter une liste d’adjectifs sur un Tartarin de Tarascon). J’avais d’autres intérêts. La littérature, je trouvais ça trop lent, introspectif, compliqué, et peu inventif…
Et puis le déclic a eu lieu peu après mon adolescence. J’ai découvert des œuvres qui ont su
m’intéresser et, en parallèle, une certaine maturité d’esprit m’a amené à percevoir le pouvoir des mots. J’ai alors commencé à écrire de façon beaucoup plus sérieuse. J’ai cultivé ce goût. Et je ne me suis pas lassé depuis !

5. Vous m’avez dit que vous aviez travaillé votre style, comment concrètement travaillez-vous ?

L’écriture de mon premier roman Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir avait été plus
simple, car il est écrit à la première personne du singulier. Le « je » implique une personnification de l’écriture qui rattrape les faiblesses de l’auteur. Un mot mal employé, une répétition, un vocabulaire approximatif, une description trop sommaire, l’utilisation de gros-mots, et c’est le personnage qui porte le chapeau.
Pour On ne peut pas lutter contre le système, changement de format : troisième personne du singulier. Il a donc fallu muscler ma narration. Pour cela, c’est un exercice quasi-quotidien pour lequel  je procède en plusieurs temps.

Tout d’abord, je suis un éternel curieux toujours à l’affut : je lis tout ce qui me tombe sous la main (magazines, livres, B.D., etc.) et, dès qu’une formule, un mot de vocabulaire ou une façon de décrire me plaît, je note. De la même manière, cela me permet aussi de m’améliorer car je vois comment la « concurrence » règle certains problèmes qui se posent au moment de la rédaction de mes livres.
Ensuite, il y a le blog, qui est un véritable petit laboratoire. Je teste tout et n’importe quoi, aussi bien dans le fond que dans la forme. Je m’impose parfois des contraintes pour
m’exercer (nombre de caractères limité, obligation parler d’un sujet sous différents angles, etc.), et je vois ce que ça donne. La rédaction d’un contenu régulier est également très formateur. Bref, le blog a beaucoup nourri mon travail d’écrivain.
Enfin, le gros du travail se fait à la recorrection du manuscrit. Car si écrire reste assez aisé, le plus dur demeure d’y revenir une bonne centaine de fois afin d’arriver au résultat que l’on souhaite (en terme de fluidité, de pertinence ou de qualité). J’ai beaucoup souffert sur cette étape, mais elle est très gratifiante. C’est d’ailleurs avec ce livre que je me considère comme un vrai « écrivain » ;-).

6. Vous êtes très présent sur les réseaux sociaux (blogs + Facebook), les pensez-vous influents ? Que vous apportent-ils en tant d’écrivain ?

Plus j’avance, plus je me dis que ces médias n’ont pas toute l’influence qu’on veut bien leur accorder.
Un clic sur « j ‘aime » ou un commentaire ne déclenche pas forcément un téléchargement d’extrait, une lecture de quelques articles sur mon blog, ou mieux encore, un achat de livre. Et comme pour un écrivain, le plus important est d’être lu, l’impact reste limité…
Tout au plus, ces réseaux pourront permettre d’accompagner ou d’amplifier un « buzz » qui à mon avis, vient d’un faisceau de médias dans une logique de cercle vertueux.

Au final, je suis très présent sur le web social par simple envie et je l’utilise pour ce qu’il est : un moyen d’interagir avec mes amis, mon cercle proche de lecteurs, et surtout de partager des choses sans importance, comme des photos de mon chat, des panneaux revendicatifs de mon voisin, ou une info sur mon classement au top vente AMAZON. De la discussion peut naître aussi des idées qui me permettent d’orienter la ligne éditoriale de mon blog, même si cela reste toujours relatif (je fais ça avant tout pour m’amuser).

7. Beaucoup de blogueurs redoutent le fait de lire et de chroniquer des romans envoyés directement par les auteurs, ils craignent de ne pas être libres de leur critique, voire de blesser l’auteur, avez-vous eu des refus sur ce motif, et qu’en pensez-vous ?

Je n’ai eu (du moins explicitement) à déplorer aucun refus pour ce motif. En général, je reçois un mail de certains blogueurs qui n’acceptent de chroniquer qu’à la condition d’avoir une liberté totale de ton.
C’est la règle du jeu, et je l’accepte avec plaisir.
Si au final la chronique ne me convient pas, tant pis ! Du moment qu’elle reste argumentée et polie, on peut tout avaler. Et puis, une critique très négative peut parfois attirer la curiosité des lecteurs. Le pire dans notre métier, c’est l‘indifférence.

Ensuite, et pour avoir été confronté plusieurs fois à la situation en tant que spectateur, je ne peux que constater l’incompréhension. D’un côté un auteur qui envoie son bébé plein d’espoir et qui peut se vexer (voire piquer) quand la critique ne lui convient pas, et de l’autre côté un blogueur qui prône son impartialité et son indépendance, et qui parfois ne mâche pas ses mots. Et si on ajoute le fait qu’Internet est également un lieu à part où tous les sentiments sont exacerbés (un blogueur caché derrière son écran qui crache son venin uniquement dans le but de lyncher, un auteur touché dans son orgueil qui exige que tout le monde aime son chef-d’œuvre), on obtient la tambouille idéale pour la confrontation.

8. On suppose qu’un écrivain aime lire, donc dites-nous un peu quels sont vos grands auteurs, et quel roman vous êtes en train de lire.

Je n’ai pas à proprement parler d’auteurs de prédilection. Je suis un lecteur intraitable, très critique, et je n’ai jamais réussi à avoir un auteur qui tienne la distance. Ce sont plutôt des œuvres particulières qui me font vibrer.
Mon roman préféré est Dragon Déchu de Peter F. Hamilton, parce que je m’identifie énormément au héros. Si quelqu’un souhaite un jour connaître les rouages de ma psychologie, je lui conseille ce livre !
Sinon, les autres romans qui m’ont influencé sont La Guerre du feu, et la façon très brute de
Rosny Aîné de décrire les scènes de combat ; Le meilleur des mondes de Huxley, où j’ai
découvert la construction d’un univers crédible basé sur des principes sociétaux complètement différents ; Band of brothers de Stephen Ambrose (qui n’est pas un roman à proprement parler), qui prend d’autant plus de profondeur que les évènements racontés sont véridiques.
Et sinon, le dernier livre que je viens de finir est Un monde sans fin, la suite des piliers de la Terre de Ken Follett. Un second opus trépident, réellement immersif, mais avec toutefois des personnages moins attachants et une intrigue trop centrée en-dessous de la ceinture (je ne pensais pas pouvoir dire ça un jour 😉 ).

9. A part les contacts avec les blogueurs-lecteurs et les réseaux sociaux, comment procédez-vous pour promouvoir vos romans et vous faire connaître ?

Au début, je faisais beaucoup de rencontres lecteurs / auteur dans les médiathèques ou des
séances de dédicace dans les librairies. J’avoue avoir ralenti le rythme pour des raisons purement personnelles : il est très difficile de mobiliser le lectorat. J’en avais un peu marre de perdre mes samedis à alpaguer des chalands indifférents, comme un vendeur de poissons (pas frais 😉 ).
De la même manière, pour mon premier roman, j’ai harcelé les journalistes des plus grands quotidiens pour qu’ils acceptent de chroniquer mon livre. Dur de passer à travers le copinage latent du milieu.
Avec tout ce travail, je n’ai réussi à obtenir que des entrefilets approximatifs. Par contre, dès le lendemain, tous mes bouquins envoyés en SP était sur E-bay ! Plus jamais ça !

Pour le moment, je me concentre donc sur Internet. Je peux faire ça quand je veux et où je veux. La liberté ! Et surtout, cela n’empiète pas sur mon temps d’écriture. On verra si le bouche à oreille fonctionne…

10. Il arrive que des blogueurs soient pris à partie par des auteurs qui leur reprochent certains billets négatifs sur leur roman. Pensez-vous que les blogs de lecture ont changé le rapport entre les écrivains et leurs lecteurs ? Quels sont pour vous les avantages mais aussi les inconvénients d’une telle proximité ou du moins d’un accès direct aux avis de lecteurs pour un écrivain ?

La donne a changé, mais pas forcément comme on le pense.
Il y a un double mouvement. Tout d’abord, un glissement du triptyque originel auteur / journaliste /lecteur vers celui moins conventionnel de auteur / blogueur / lecteur.
Au final, les blogueurs, par leur indépendance, se sont substitués aux journalistes (accablés sous les reproches de copinage) qui ne répondaient pas forcément aux besoins des lecteurs.
Donc rien de bien nouveau, et il y a fort à parier que la fonction de blogueur va aller en se
professionnalisant, se galvaudant à son tour petit à petit (je ne dis pas ça pour vous, George 😉 ).

Le second mouvement est celui, comme vous le disiez, de la proximité plus grande permise grâce au web 2.0 et aux commentaires de lecteurs. Là encore, je ne suis pas sûr que la donne ait beaucoup changé. Si un auteur se moquait déjà des retours des lecteurs avant Internet, il s’en moquera tout autant à présent. Le curseur est donc facilement déplaçable.
Pour ma part, je lis toujours tous les avis et suis très heureux de pouvoir lancer la discussion avec les lecteurs. Certains commentaires constructifs me permettent également d’améliorer mon œuvre, voire d’influencer le cours de certaines histoires. Mais j’ai eu également tellement de fois à me dépêtrer dans des débats sans fin où se côtoient mauvaise foi, bêtise et méchanceté gratuite (voire insulte), que je me suis forgé une petite carapace. Au final, je ne sais pas si cette proximité apporte des avantages et des inconvénients, elle est juste… différente (vous voyez, je ne juge jamais 😉 ).

11. Une petite chose à rajouter ? Je vous laisse la parole !

Allez, je me permets un peu de promotion ! Vous voulez faire un vrai geste en faveur d’une édition indépendante ? Vous voulez accompagner un auteur vers les sommets de la gloire afin qu’il puisse, à son tour, sniffer de la cocaïne sur le capot d’une voiture de luxe au centre-ville de Paris ? Achetez mon livre papier ici ou au format électronique ici :
Plus sérieusement, et comme le dit très bien George dans sa chronique, c’est un thriller sympa avec beaucoup d’action, de l’humour, et même de l’amour. Il vaut vraiment le coup !

Merci à vous George pour cette interview fort sympathique (désolé, j’ai été un peu long, je suis très bavard !) 🙂

Merci à vous pour ces réponses qui nous en disent un peu plus sur vous, votre travail et votre lien avec les blogs, j’espère que votre roman aura le succès qu’il mérite, et j’attends le prochain avec impatience.

« On ne peut pas lutter contre le système » J. Heska


Grâce au blog, on fait parfois de belle rencontre avec des auteurs. Il y a un an, j’étais contactée par J. Heska pour lire et chroniquer son premier roman : Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir. Dernièrement, J. Heska m’a fait parvenir son second roman au sujet très différent du premier.

Nous sommes dans un futur proche, une société d’agroalimentaire et de biologie, HONOLA développe des OGM capables de révolutionner l’agriculture. Mais une ONG veille au grain, et soupçonne des magouilles financières et capitalistes. Trois jeunes gens, Clara, Louise et Hakim, décident d’enquêter, aidés de leur responsable, bien convaincus que cette société dissimule un véritable scandale sanitaire.

J. Heska plonge donc son lecteur dans un roman trépidant, mené de main de maître, ne laissant aucun répits à son lecteur qu’il trimballe de Londres, à Bruxelles en passant par l’Ouganda ou Bangkok. On ne peut pas dire que le monde de la finance et les rouages des entreprises capitalistes soient mon élément de prédilection, mais J. Heska a le don pour rendre tout cela compréhensible grâce à plusieurs systèmes narratifs : récit, reportage télé, mails et j’en passe, ainsi qu’un va et vient entre passé et présent. La date clef, autour de laquelle tourne tout le roman, est l’ouverture du GEAD, double du Grenelle de l’Environnement. Roman d’espionnage, roman sur la finance et les ONG, roman policier, thriller, il fonctionne parfaitement et le lecteur se laisse mener par le bout du nez.

Moins drôle que le premier, Heska n’en a cependant pas perdu son sens de l’humour, et les noms d’emprunt des personnages m’ont souvent bien fait rire : ainsi croise-t-on Marty McFly ou Emmet Brown. Grande fan de Retour vers le futur, ce genre d’allusions a su faire mouche. Nous retrouvons aussi le chat Gribouille, sorte de mascotte de Heska.

Bien que situé dans un futur proche, par ce roman Heska dresse une portrait assez noire de notre société basée sur la finance et la spéculation. Prenant appui sur des faits réels, il pousse à l’extrême le système sans vraiment s’éloigner de la réalité puisque la chute de Lehman Brothers ou la lutte des altermondialistes servent de modèles. Mais le scénario assombrit cette réalité pour offrir une chute surprenante au roman qui remet en cause le titre même du roman.

Le lecteur est à la fois aux côtés des responsables de la société HONOLA et aux côtés des membres de l’ONG. Les personnages ont une épaisseur, une densité qui les rend d’autant plus intéressants qu’ils sont souvent doubles, contradictoires voire totalement antipathiques comme Safia, surnommée la Nazi, jeune femme arriviste et cruelle.

Sans doute plus abouti que le premier, ce roman m’a beaucoup plu et surprise car le sujet avait de quoi m’effrayer, mais il faut réellement dépasser nos a priori car, j’ai beau cherché, je n’ai rien à dire de négatif sur ce roman et cela n’a rien à voir avec le fait que ce roman me soit parvenu par le biais de son auteur. Il est toujours délicat d’accepter de lire et de chroniquer un roman qui nous est parvenu par cette voie, la peur de ne pas aimer est toujours là tapi dans un coin de notre tête avec en plus l’angoisse du billet à venir. C’est donc avec encore plus de plaisir que je vous recommande ce roman disponible également sur Kindle pour quelques euros dérisoires, mais que vous trouverez aussi dans toutes les bonnes librairies indépendantes en version papier sur la boutique personnelle de J. Heska en suivant le lien ! (Avis aux libraires !!)

J. Heska a également créé une page FB autour de son roman et à laquelle vous pouvez adhérer pour en savoir plus.

Merci à J.Heska pour m’avoir fait frémir et rire !

Roman lu dans le cadre du Challenge ABC Babelio pour la lettre H et du Challenge Thriller.

« Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir » J. Heska


Je sais ce n’est pas la première fois que vous voyez cette couverture de roman sur mon blog ! il faut dire que, une fois n’est pas coutume (il ne faut pas pousser quand même, c’est MON blog!!!!), l’Homme m’avait piqué ce roman et l’avait lu, et même chroniqué avant moi, un comble ! Autant je lui pique ses livres, autant l’inverse est rarement, voire jamais vrai ! Aussi je me suis dit que c’était de bon augure, et je ne me suis pas trompée.

Pour vous situer l’intrigue : Jérôme Laplace appartient à cette catégorie de  personnes qui ne veulent pas se faire remarquer. Souvent toisé, dénigré, ses connaissances (car l’homme a peu d’amis) le prennent soit comme objet de raillerie, soit comme chauffeur bénévole, soit les deux. Il a bien une petite amie, Samantha, mais celle-ci se sert de lui et l’envoie bouler sans cesse. Or Jérôme en a marre, et veut lutter contre les antipathes, ces personnes méchantes qui nuisent aux autres.

Histoire simplette ? que nenni ! car J. Heska a l’imagination débordante. Tout d’abord ce roman est à classer dans les romans d’anticipation, catégorie utopie ! Car Jérôme est à l’origine d’un mouvement philosophique (qui va le dépasser totalement!) et qui va révolutionner les relations sociales (tiens c’est vrai que ça nous ferait pas de mal ça, de révolutionner les relations humaines) : le Cimonde. Tout en suivant la vie, au début déprimante de Jérôme, puis un peu plus trépidante, J. Heska expose cette fameuse philosophie et comment la mettre en place.

De façon générale, j’ai beaucoup aimé ce roman. Tout d’abord parce qu’il m’a permis une  balade dans Lyon, de retrouver certains quartiers, et le Parc de la Tête d’Or que j’ai tant arpenté ! Ensuite l’humour. Si les petites phrases  ornant chaque début de chapitre sont parfois drôles, sur la longueur j’avoue ne plus y avoir fait trop attention, et les lire de loin. Je les ai trouvées superflues dans la mesure où elles n’apportent pas grand chose au corps du roman, bref on aurait pu s’en passer. Elles n’enlèvent rien à la qualité du roman, mais elles ne font pas avancer le schmilblick. J’ai largement préféré le ton moqueur, les réflexions de ce pauvre Jérôme et sa relation avec son copain fan de Star Wars, Etienne. La scène où ce dernier tente de mettre fin à sa vie est un passage savoureux, mais c’est loin d’être le seul (l’allusion aux chats traditionnellement prénommés Gribouille m’a bien fait rire!).

Au-delà de la simple intrigue d’un pauvre type qui tente de faire sa place dans la société, Heska mène toute une réflexion intéressante sur les rapports humains : la définition des antipathes est assez juste et j’ai noté quelques phrases qu’il faudrait méditer :

L’ignorance est la forme d’antipathie la plus commune. Ignorance des codes sociaux, des besoins de l’autre, de la liberté, etc. Elle se manifeste de façon volontaire ou involontaire et induit un décalage entre la réalité et la perception de la réalité. (p.211)

Ainsi doit-on se méfier des jugements hâtifs sur des personnes que l’on ne connait pas, et que l’on peut blesser en les accusant à tord. C’est précisément ce à quoi se heurte Jérôme, enfermé dans une certaine perception de ses collègues de bureau, une perception faussée par ses propres complexes. Et j’ai justement beaucoup aimé l’évolution de ce personnage, qui, petit à petit, va changer sa façon de voir les gens qui l’entourent. Il n’y a donc pas, dans ce roman, des personnages stéréotypés, mais des êtres qui évoluent et qui nous donnent à réfléchir sur notre propre comportement.

Je tiens donc à remercier J. Heska pour l’envoi de ce roman (et sa dédicace), et suis d’autant plus heureuse d’avoir à en dire du bien !

Si ce livre vous donne envie je suis prête à le faire voyager !

Lecture Commune faite avec Liyah et Leiloona, allez lire leur avis !

3ème semaine

« Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir » J. Heska ou quand mon homme me pique mes livres et squatte mon blog !


« La vie, c’est comme un paquet de M&M’s. On en voit de toutes les couleurs. » (p.101)

Bon voilà, j’arrive. Le temps de ranger un peu mes 0,2 m² estampillés ‘ultime espace privé du mâle’ habituellement réservés sur un coin du bar familial, et j’arrive.
Ne vous étonnez pas du ton nouveau de ce post dans la vie de George, c’est sa face cachée qui pour une rare fois sort du terrier. Rassurez-vous mesdames, c’est exceptionnel.
Pour ces messieurs, sachez que moi aussi je souffre en silence, abandonné comme tant d’autres dans ce monde virtuel trop peu matériel pour moi.
Habituellement, je zigouille quelques mauviettes avec un magnum 44, j’extermine la vermine à coup de hache gluante et me délecte de chevauchées infernales et justicières, les ongles secs du cambouis de la veille. Mon rare temps libre est savouré avec soin, alors je ne perds pas de temps à philosopher, faut que ça bouge, que ça pète à tout va, qu’à chaque page je trouve encore l’énergie d’enchainer sur la suivante avant de m’effondrer pour un repos du guerrier bien mérité. Je n’ai pas de temps à perdre à me questionner sur les auteurs que je n’aimerais pas lire. (il est mauvais cet homme-là, dixit George)
Mais samedi, j’avais fini le bien sympathique Du bois pour les cercueils de Claude Ragon vite enchainé avec délice par Le projet Bleiberg de David S. Khara, et, en attendant le débarquement familial, sans pouvoir prendre le temps de cambouiser un autre de mes ongles, j’ai pris le Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir de J. Heska fraîchement arrivé avec un mot dédicacé de l’auteur et dont la couverture me bottait bien.
J’attaque rarement les bouquins que je n’ai pas choisis personnellement. Faut pas me faire chier, j’aime pas qu’on me conseille, je suis un bon gros con de male indépendant et grincheux comme, parfois, mesdames vous n’osez les aimer. Enfin bon, Julien, Jérémy, Joachim, Jérôme ( !) qui se cache derrière ce J., faut pas non plus en profiter pour charmer ma douce George au teint halé par la bonne campagne du Cher. Heu du Loiret, enfin bon bref, de Nohant sur Bled. Alors donc, chose rare, ce soir après une journée bien remplie, je n’ai pas posé mon gros derrière sur le canapé pour mater un énième massacre à la tronçonneuse, (d’ailleurs comment fait-il pour toujours avoir de l’essence dans sa machine ? il va à la pompe du coin avec sa tronçonneuse en main, son masque tout ridicule et demande au gras boutonneux : le plein svp avec 2% d’additif pour moteur 2 temps sinon elle s’enraille ?). Mais je dérive, car ce soir je l’ai englouti, ce bouquin, alors qu’il me faut habituellement 2 semaines pour arriver au bout de mes polars. Bon, ok, J. m’avait donné envie avec son titre et vu que la couverture fun permet de ne pas se planquer dans les espaces publiques, ça ne cassait pas 3 pattes à un canard que de voir de quoi il en retournait. Mine de rien, c’est important la couv’. Lire un Mary Higgings Clark ou un Zevy dans le métro, ça vous catalogue un bonhomme au premier coup d’œil furtif. Et ne me dîtes pas que vous ne l’avez pas fait, juger un binoclard à travers ses lectures. Pouah.
Bon, ok, 215 pages ça se lit vite fait quand on l’a décidé et là, pas de regret. Tout s’enchaine, difficile de lâcher prise, on se retrouve dans notre Jérôme, c’est lui, c’est nous. On veut savoir ce qui va lui arriver à notre bonhomme, flingué à bout portant par un coca trop secoué ou par le mixeur de la fête foraine. Et puis, il n’est pas si couillon que ça, on sent que ça vient au fil des pages, que tout est calculé au plus fin, on se laisse mener, balader, envahir. Ce n’est pas du suspens, c’est plus simple et raffiné que ça. Ça s’enchaine naturellement pour nous amener seulement au bout à comprendre que-je-ne-vous-le-dirais-pas-car-il-faut-que-vous-alliez-voir-par-vous-même-ce-que-notre-Jérôme-va-nous-sortir.
Je me suis bien marré, et je suis pourtant mauvais public. Je râle, je critique, mais là, même pas besoin. Il y a parfois des livres qu’on ne veut pas finir, juste pour que ça continue encore, on se dit que c’est la chance du premier roman, ben même pas quand je découvre que c’est le 4ème, peut-être même plus encore.
C’est le roman que peut-être j’aurais voulu écrire si j’étais capable de gribouiller plus d’une page. De l’aventure, un héros normal comme tant d’autre, du rythme bien saccadé, de l’originalité, une histoire bien ficelée, de l’humour au juste ton, un brin de love story tout dans la suggestion… Bien vu J. !
Je me suis toujours demandé comment font les auteurs pour tenir d’un bout à l’autre sans se perdre dans le récit, sans lâcher le ton, sans se démoraliser et surtout nous faire trimballer leur œuvre d’un bout à l’autre dans notre cartable ou dans les toilettes sans dévoiler hâtivement la finalité qui nous fera lâcher prise entre 2 feuilles prédécoupées de triple-épaisseurs. Argh, damned, il reste encore 200 pages.
J’ai adoré les anecdotes vécues, la rupture de boxers potables à 2 doigts de finir de boucler sa valise, la horde terrifiante et sans pitié du métro, le dimanche 25 mai.
Mais pour faire ça, faut être un homme, faut penser comme un homme, faut avoir personnellement affronté la haute bourgeoisie Lyonnaise du bas de ses baskets fétiches du siècle dernier.
J., lui, il l’a vécu, ce n’est pas possible autrement.
Alors Mesdames, fuyez, achetez-le à votre homme, espionnez-le en douce, chronométrez ses séances dans le recoin fétiche des Marie-Claire idées, et ne me dîtes pas que vous aussi, vous ne voudrez pas savoir ce que recèle ce petit trésor !

L’homme.

PS : J., désolé de cette enclave dans la prose de George, peut-être est-ce un bon présage ?

(merci à J. Heska pour ce roman et les dédicaces. L’avis de George arrivera en son temps!)