« 84, Charing Cross Road » de Helene Hanff


HanffPour me sortir un peu de mes histoires de vampires et de loups-garous qui, à mon goût, ont tendance à s’éterniser, j’ai commencé hier soir un tout petit livre dont j’avais découvert l’existence sur quelques blogs de mes amies! Je les en remercie.

84, Charing Cross Road est un roman épistolaire. Les correspondants sont Helene Hanff et, principalement Franck Doel (dont le nom se prononce comme Noël en français!), mais également quelques autres membres de cette librairie londonnienne. Helene Hanff, écrivain américaine qui n’a jamais percé et dû sa survie à l’écriture de feuilletons pour la télévision et de livres pour enfant, n’ayant fait que très peu d’études, a cherché à renforcer sa culture en se procurant des ouvrages rares. Etant relativement pauvre, les livres qu’elle commande à Doel sont des livres d’occasion. Non seulement ces livres, pourtant rares sont peu chers mais elle aime aussi l’idée qu’ils aient appartenu à d’autres avant elle :

« J’adore les dédicaces sur les pages de garde et les notes dans les marges, j’aime ce sentiment de camaraderie qu’on éprouve à tourner des pages que quelqu’un d’autre a déjà tournées, à lire les passages sur lesquels quelqu’un, disparu depuis longtemps, attire mon attention. » (p.47)

Cette correspondance s’échelonne sur 20 ans, de 1949 à 1969. Durant ces vingt années, on suit l’évolution des relations entre les correspondants : des premières lettres très professionnelles de Doel jusqu’aux dernières au ton amical et intime. Le style de l’américaine (libre, drôle, échevelé par moment) s’oppose souvent au style anglais (réservé, poli, so british), chaque correspondant met de sa personnalité et de son enthousiasme dans ses lettres. Aux échanges de livres, Hanff semble répondre par des envois de nourriture pour ses amis anglais rationnés. Etranges échanges : aux livres répondent des envois d’oeufs en poudre (?), de viande, de jambon. Tandis que l’une se nourrit de livres rares, les autres se nourrissent de mets rares…

Hanff cherche avant tout des ouvrages sur les poètes anglais, ne lisant que rarement des romans, même si soudain, au détour d’une lettre elle avoue avoir dévoré Orgueil et Préjugés de Jane Austen. Les noms des poètes anglais se succèdent, et l’on découvre avec elle toute un pan de la littérature anglaise que j’avoue méconnaître!

J’ai trouvé ce petit roman passionnant pour plusieurs raisons. Tout d’abord pour cette relation entre Hanff et Doel, mais aussi pour tout ce qu’il laisse sous-entendre : les recherches de Doel pour trouver les livres demandés; les voeux de Hanff de se rendre à Londres et rencontrer enfin Doel et tous les autres salariés de la librairie; l’évolution du Londres après la seconde guerre mondiale (le rationnement; les premières voitures d’occasion; l’arrivée des Beatles etc.); l’ambiance de cette librairie aux odeurs de poussière et de papier vieilli…

Marks & CO.

Les lettres de Helene Hanff sont extrêment modernes et je peux vous dire que nous n’avons rien inventé dans nos commentaires quand nous représentant notre énervement par des majuscules! L’édition reproduit exactement la ponctuation (ou plutôt l’absence de ponctuation) et les fautes de graphie (absence de majuscule par exemple), ce qui donne un effet très vivant, presque oral aux lettres de Hanff !

Je ne saurais donc que vous conseiller ce petit livre que vous dévorerez en une poignée d’heures!

bon-point

8 / 10