« 06h41 » de Jean-Philippe BLONDEL


blondel 06h41Avec Jean-Philippe Blondel, tout a commencé par Blogpuis Accès direct à la plage, ensuite il y a eu le fabuleux Et rester vivant, et cet été G229. Mais il y a aussi une rencontre au Salon du livre de Paris l’an dernier et plusieurs messages et échanges sur Facebook, qui font que lire un roman de Jean-Philippe Blondel c’est un peu plus que lire un roman. Il y a une fébrilité (et ce n’est pas seulement parce que je couve un état grippal depuis deux jours), une grande espérance et un peu d’angoisse. La peur de ne pas retrouver l’émotion de Et rester vivant, je crois surtout.

Cécile Duffaut, 47 ans, mariée à Luc, mère d’une ado qui commence à vouloir voler de ses propres ailes, s’installe dans le train de 06h41 qui relie Troyes à Paris. Elle vient de passer un week-end triste et morne chez ses parents vieillissants, des parents auxquels elle s’oblige à rendre visite tous les mois mais auxquels elle n’a plus rien à dire, auxquels elle n’a jamais eu vraiment quelque chose à dire. Le train est bondé, mais personne ne s’est installé à côté d’elle. Le train part enfin, et Philippe Leduc s’installe alors. Mais Philippe Leduc n’est pas vraiment un inconnu. Cécile et Philippe ont eu une brève histoire d’amour il y a 27 ans. Ils se reconnaissent, mais ne se le disent pas. Tous les deux ont beaucoup changé : Cécile est devenue une belle quarantenaire, sûre d’elle, chef d’une petite entreprise ; Philippe, quant à lui, est bedonnant, dégarni, divorcé, il est à l’opposé de l’ado charismatique qu’il était il y a vingt sept ans. Durant tout le trajet en train, en ce lundi matin, chacun de son côté va se remémorer son passé depuis un épisode décisif qui eut lieu à Londres et qui, sans qu’ils s’en soient rendu compte alors, a influencé le reste de leur vie.

L’adolescence est un thème souvent abordé par Jean-Philippe Blondel et on n’est pas surpris qu’il écrive également des romans pour ado. Son allure même a quelque chose de l’adolescence. Il y a l’adolescence comme un laboratoire d’expériences et puis il y a l’adulte, et l’âge fatidique des 40 ans, l’âge où on bascule un peu de l’autre côté, où l’adolescence est à la fois lointaine et étonnamment présente parce qu’elle nous revient un peu à la figure. Il y avait une émission de télé dans les années 90 présentée par Christine Ockrent qui s’intitulait : Qu’avez-vous fait de vos vingt ans ? Ce pourrait être le sous-titre de ce roman.

Enfermés dans ce train bondé où changer de place est impossible, Cécile et Philippe se retrouvent sur le même aiguillage. Le train roule et pourtant, assis l’un à côté de l’autre, il semble que le temps se soit arrêté. Ils sont sur le même aiguillage mais leur destin a pourtant pris des chemins opposés. La Cécile effacée qui passait inaperçue s’est affirmée, est devenue une femme que l’on remarque, séduisante, le Philippe pour qui tout était facile, qui usait et abusait de son charisme, a perdu toute confiance en lui. Dans ce wagon, ils sentent bien qu’ils sont, là encore, à une moment déterminant de leur vie, à un moment où, selon la position de l’aiguillage, ils vont soit modifier le reste de leur vie, soit non. Et c’est là tout le suspens du roman.

Ils reviennent sur leur vie présente, sur leur histoire passée, ils se souviennent de tout. Les souvenirs remontent et sont étonnamment vivants. Chacun a sa vision des évènements passés. Le temps a fait son œuvre, mais les rancœurs sont toujours là, les regrets et la culpabilité aussi, surtout pour Philippe. Petit à petit, ils vont comprendre que cet épisode londonien a été un moment clef de leur vie. Que cette histoire, qui aurait pu être une histoire parmi d’autres, a finalement eu un impact retentissant sur leur vie. Celle-ci est alors revisitée à travers le prisme de cet épisode et il semble l’éclairer, il semble la clef qui permet de comprendre ce qu’ils sont devenus.

On n’imagine jamais que certaines phrases vont rester ancrées, plantées comme des échardes – et qu’elles vont revenir tout dévaster à certains moments de l’existence. (p.141)

Cécile et Philippe ne sont pas forcément des personnes sympathiques, ils sont ni plus ni moins des personnes comme tout le monde et c’est sans doute pour cela que leurs réflexions nous poussent aussi, nous, à nous interroger sur vos vingt ans et ces histoires que nous avons vécues et qui sans doute, ont eu, elles aussi, une part dans notre propre destinée. Que ferais-je si je recroisais un Olivier ou un Stéphane ? En quoi ont-ils influencé ce que je suis aujourd’hui ?

A la fin du roman, angoisse et état fébrile avaient disparu, pour laisser place à un sentiment d’apaisement. Je ne ressors jamais totalement intacte d’une lecture d’un roman de Jean-Philippe Blondel, sans doute parce qu’il sait mettre les mots sur mes interrogations, d’une façon simple mais tellement vraie.

Roman lu dans le cadre du Challenge I Love London et d’une Lecture Commune avec Sandrine et Titine.

challenge I Love London

« G229 » de Jean-Philippe Blondel


Je continues à découvrir les romans de Jean-Philippe Blondel, après Et rester vivant, Blog ou Accès direct à la plage. La sortie en poche de ce roman-ci a été décisif, et je l’ai glissé, à la dernière minute, dans mes bagages.

A peine plus de 150 pages, et pourtant, comme bien souvent avec Blondel, une concision qui en dit plus que certains gros pavés.

Roman, récit, lettre ouverte ? Quoiqu’il en soit l’accent est mis sur l’expérience, et le métier de professeur. Monsieur B. réalise qu’il enseigne dans le même lycée depuis 20 ans, cette prise de conscience le pousse à s’interroger sur sa vocation, son métier, sa façon d’enseigner et son évolution, sur ses élèves, ses collègues, et finalement sur sa vie.

G229 désigne la classe dans laquelle Monsieur B. enseigne l’anglais depuis 20 ans. Cette salle c’est la sienne, il la connaît par cœur, a disposée les tables en U pour que les regards et la parole circulent, il y a vu défilé plusieurs centaines d’élèves.

Dans la narration, nous suivons le B. d’il y a 20 ans, et le B. présent. Cette mise en parallèle, du prof débutant et du prof confirmé, permet un portrait complet de B. : comment l’enseignement et l’affectation dans ce lycée devaient être temporaire, comment le B. confirmé oscille entre enthousiasme et lassitude. Mais nous croisons un troisième B, le B. lycéen qui a fait ses propres études dans la même ville, qui ressurgit dans le B. actuel, qui est peut-être à l’origine du B. jeune prof. Dans cette nostalgie aussi de cet état adolescent, n’est-ce pas aussi une volonté de rester dans ce temps parfait de l’adolescence où tout est possible et où les premières fois sont encore des premières fois.

Blondel nous parle donc de lui, mais Blondel a l’art aussi d’évoquer les autres : ceux qu’il a croisés et croise dans sa salle de classe, lors des rencontres parent-prof. Certains se sont effacés, d’autres, touchés par un drame, sont ancrés dans sa mémoire. Se mêlent souvenirs douloureux et fous rires

Il s’interroge également sur les réformes successives de l’éducation nationale, sur les méthodes nouvelles qui vont tout changer et qui finalement seront remplacées par d’autres méthodes présentées comme plus efficaces.

Au fil des romans de Blondel, je vois se dessiner des thèmes récurrents, une atmosphère nostalgique entre douceur et tristesse, un portrait de l’homme aussi qui se construit au fil de son œuvre.

Livre lu dans le cadre du Challenge Biographie et du Challenge Petit Bac 2012 cat. lieu.