« Bonjour tristesse » Frédéric REBENA / Françoise SAGAN – BD.


Ma lecture de Bonjour tristesse de Françoise Sagan remonte à bien des années, que je me refuse de compter. Il m’avait été conseillé par ma mère, un roman trans-générationnel que l’on lit à l’âge de l’adolescence. Je m’en souviens par flashs, par passages. Quand on m’a proposé de lire l’adaptation BD de Frédéric Rébéna aux éditions Rue de Sèvres je n’ai pas hésité une seconde. Tout d’abord parce que j’ai lu plusieurs adaptations de romans en BD de cette maison d’édition et que je n’ai jamais été déçue, et aussi parce que j’ai pour Françoise Sagan une tendresse de lectrice. Ce blog d’ailleurs peut en apporter la preuve au vue des nombreuses chroniques que j’ai rédigées sur son œuvre.

(suite…)

« Un Sang d’aquarelle » Françoise Sagan


Le voilà enfin ce billet sur ce roman de Sagan (attention voix SNCF….) initialement prévu le 22 août … Je suis l’éternelle retardataire des LC, l’élève qui rate son bus régulièrement, dont le réveil n’a pas sonné etc. Mais tout arrive, finalement pour qui sait attendre !

J’ai lu ce roman en trois temps. Commencé d’abord début août, puis abandonné à la page 36 pendant plus de 15 jours, je l’ai repris pendant mes vacances dans le Midi et les pages se tournaient avec facilité, l’intérêt pour cette intrigue grandissant au fil de ma lecture. De retour chez moi, et alors qu’il me restait une petite cinquantaine de pages, j’ai mis presque 5 jours pour le finir, mais cela tient davantage à un manque de disponibilité qu’à un désintérêt.

Ce roman est sans doute un roman un peu à part chez Sagan, et notamment par rapport aux autres romans que j’ai eu l’occasion de lire d’elle. Tout d’abord parce qu’il se situe pendant la deuxième guerre mondiale, parce que le personnage principal est un homme et enfin parce les éléments récurrents des romans de Sagan (jeunesse oisive, interrogations amoureuses, alcool etc.) sont relégués en arrière plan. Paru en 1987 (Sagan meurt en 2004), ce roman diffère donc de ceux écrits dans sa folle jeunesse, mais on y sent toujours la plume et l’esprit de Sagan.

Le réalisateur allemand Constantin Von Meck, dans la tourmente de la seconde guerre mondiale, est partagé entre son identité nationale et son art. Célèbre cinéaste aux Etats-Unis, après une fuite au Mexique aux allures de quête existentielle, et sa rupture avec la belle Wanda Blessen, Constantin accepte l’invitation de Goebbels et retourne en Allemagne dans les années 40. Cette décision est peu compréhensible pour son entourage, et est pour lui, une manière de reconquérir une certaine notoriété perdue après son séjour mexicain et le flop de son dernier film. Mais ce n’est pas si simple d’être en Allemagne dans les années 40. Après l’arrivée des Allemands à Paris, Constantin rejoint la France, s’installe à Paris, et tourne, mais l’arrestation d’un machiniste et de son décorateur par la Gestapo va entraîner, pour Constantin, une prise de conscience qui le conduira au drame.

Ce roman est très dense, parfois dérangeant, mais Sagan nous introduit dans la tête de Constantin, dans ses contradictions. Homme massif, imposant, il se sent protégé, un peu privilégié et ne comprend pas, ou ne veut pas comprendre ce qu’il se passe exactement, se réfugiant dans la fiction, dans son art, dans le monde un peu superficiel du cinéma, des décors et des acteurs. Sorte de Fabrice Del Dongo perdu au milieu de la bataille de Waterloo, Constantin est perdu au milieu de l’Occupation. La référence à La Chartreuse de Parme de Stendhal se révèle d’autant plus juste  que, dans la dernière partie du roman, là où tout bascule, Constantin tourne une adaptation du roman de l’auteur grenoblois. Il faudra que Constantin soit mis devant l’horreur des agissements de l’armée allemande pour que le voile se lève !

Une fois de plus, il était un homme qui ne comprenait pas, il fallait bien qu’il se l’avouât une fois pour toutes. Il était un homme heureux et décidé à le rester par toutes les forces de la lâcheté et de la compromission. (p.245)

– Si, dit-il, si ! J’ai refusé de voir qu’on leur faisait du mal. J’ai refusé de voir, j’ai menti, j’ai toujours menti. J’ai toujours fait semblant, j’ai toujours laissé faire. Je n’aurais jamais dû me taire, Wanda. J’aurais dû hurler, refuser, me faire tuer? Je suis complice de ma patrie, je suis responsable de mes actes cette fois-ci, Wanda : Il y a eu trop de morts… (p.259)

Sagan dit, et très bien, les affres de la conscience par temps de guerre, interroge sur le rôle que l’on doit tenir, montre l’impossibilité de croire, d’imaginer l’horreur à une époque où l’on pensait que les camps de la mort étaient des camps de travail. J’ai aimé cette plongée entre futilité, salon parisien, et angoisse et horreur de l’Occupation. Roman sombre, dérangeant donc, mais quel roman !!! et qui montre que Sagan n’est pas qu’une romancière du Paris léger et oisif !

« Wanda, gémit-il, Wanda, tu as raison de ne pas vouloir de moi, je suis un crétin ; je n’ai pas de sang dans les veines, ou j’ai du sang délayé, dilué d’eau : j’ai un sang d’aquerelle. » (pp.172/173).

Lecture Commune avec Delphine, IlseSév

Nous étions plus nombreuses au départ pour cette LC, mais les aléas de la vie sont ce qu’ils sont, malheureusement, donc j’ai une douce pensée pour Asphodèle et Anne.

Challenge Françoise Sagan organisé par Delphine et moi-même.

Descente en librairie… sur les quais de Seine


Dimanche après-midi j’avais rendez-vous avec les girls du Club des lectrices… il faisait beau, il faisait bon, notre rendez-vous se trouvait tout près de Notre-Dame, nous allions parler de romans de Françoise Sagan, bref, c’était le bonheur ! Arrivée avec une bonne demi-heure d’avance, que pouvais-je bien faire ??? Je vous avoue que je ne me suis pas posé la question très longtemps :

Ils étaient là, à portée de main dans leur petit coffre, sagement alignés… J’ai donc entrepris une petite fouille paresseuse jusqu’à ce que je tombe sur un coffre plein de vieux livres de poche… pas trop chers (3 euros) … me voici donc en sortant quelques uns, les reposant, les ressortant… et finalement je suis repartie avec:

Soit :

L’enfant de Jules Vallès (la faute aux copies de brevet que je venais de finir!)

Vos jours sont comptés de Miklos Banffy (si vous l’avez lu n’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !)

et

La Robe mauve de François Sagan (une pièce de théâtre de Sagan que je ne connaissais pas…)

La petite demi-heure s’était écoulée bien vite, cinq minutes plus tard, je poussais la porte de La fourmis ailée…

« Des Bleus à l’âme » Françoise Sagan


Françoise Sagan c’est un peu la George Sand de la littérature du XXème siècle ! Cataloguée comme une romancière de la frivolité, de la vie facile, des personnages légers aux intrigues peu sérieuses, Françoise Sagan a du mal à se dépouiller de tous les préjugés concernant son œuvre. On la connaît, comme Sand, pour quelques romans (Bonjour Tristesse) qu’on lit en général à l’adolescence, et vers lesquels on revient rarement après… Et pourtant, comme pour les romans de George Sand, la bibliographie de Françoise Sagan regorge de romans intéressants qu’il nous faut lire pour aller voir au plus près du texte, et oublier les exégèses. Comme George Sand, son œuvre a du mal à être rééditée, ses romans, à part les plus connus, sont souvent difficiles à trouver en librairie.

Ce roman est particulièrement intéressant parce qu’il mêle roman saganesque et réflexions de l’auteur, elle-même, sur son œuvre, sa vie, son écriture. En créant une intrigue caractéristique de son style, Sagan mêle à cette écriture que l’on suit mois après moi, des réflexions sur son époque, son style, sa célébrité, sa vie dissolue, son amour des voitures rapides. Ce sont essentiellement ces réflexions qui m’ont intéressée, parce que, pour moi, cette histoire de frère et soeur suédois dans le Paris de 1972 n’est qu’un prétexte à s’expliquer, à tenter de sortir de ces fameux a priori dont je parlais plus haut.

Alors oui, on y retrouve l’alcool, les boîtes de nuit, l’oisiveté quelque peu dépressive que Sagan sait si bien mettre en scène, mais les réflexions de l’auteur en train d’écrire, transcendent le texte romanesque, en en faisant une magistrale mise en abyme ! Et vous savez comme j’aime les mises en abyme ! J’ai souri d’ailleurs dès les premières pages, dans lesquelles Sagan, mine de rien, glisse un ou deux titres de son oeuvre :

J’ai vécu dix ans en Suède, monsieur, dans un château bloqué par la neige, je vous l’ai déjà dit. (p.38) (réf.à Un château en Suède pièce de théâtre créée en 1960)

L’écriture de Sagan c’est aussi son humour :

Et je voudrais secouer la poussière de mes sandales et fuir vers les Indes. (Mais je crains que les routes hippies ne soient pas assez carrossables pour la Maserati). (p.67)

C’est donc un roman parfait pour se replonger dans l’oeuvre romanesque de cette femme de lettres, si souvent décriée, ravalée à un rang d’auteur pour bonnes femmes riches, car on y découvre toute la profondeur de son talent, mais aussi son humour, cette capacité à s’observer, elle et son oeuvre.

Et puis, ce fut aussi pour moi, un roman émouvant, moi qui suis née en 1972, en janvier 1972, je pensais à mon père, qui aimait tant la littérature, et qui, sans doute, a dû croiser, dans quelque librairie grenobloise, ce nouveau roman de Sagan.

Un roman qui me donne donc envie d’aller plus loin…

Une dernière citation qui montre bien tout le paradoxe de Sagan :

D’ailleurs, c’est bien connu : ma signature au bas d’un manifeste fait plutôt frivole. On me l’a souvent reproché, tout en me la demandant, d’ailleurs, cette signature, et je l’ai toujours accordée pour des raisons sérieuses. On ne m’a pas souvent prise au sérieux et c’est compréhensible. Mais il faut quand même penser qu’il m’était difficile, en 1954 (mon heure de gloire), de choisir entre les deux rôles qu’on m’offrait : l’écrivain scandaleux ou la jeune fille bourgeoise. Car enfin, je n’étais ni l’un ni l’autre. Plus facilement, j’aurais été une jeune fille scandaleuse ou un écrivain bourgeois. (pp.64/64)

 

 

 

 

 

 

 

 

Challenges Honorés : Challenge Françoise Sagan, Challenge Dames de Lettres et Challenge Année de Naissance.

Jeudi, citation #22


Sous l’égide de Chiffonnette !

Oui, je sais : me voici retombée en pleine frivolité… Ce fameux petit monde saganesque où il n’y a pas de vrais problèmes. Eh bien, oui. C’est que je commence à m’énerver, moi aussi, malgré mon infinie patience. […] Cette époque m’exaspère souvent, c’est vrai. Je ne suis pas un foudre de travail et la bonne conscience n’est pas mon fort. Mais maintenant, grâce à la littérature, je vais aller m’amuser avec mes amis Van Milhem. J’ai dit. Hugh !

Des Bleus à l’âme Françoise Sagan, Ed Le livre de Poche, p.52 et 54

– J’aimerais bien finir ce livre, dit-elle.

Elle disparaissait dans ses livres, parfois des journées entières, et l’amie dévouée avait trouvé, rue de Fleurus même, une librairie de location dont le propriétaire, aussitôt ravi, alimentait les grandes faims livresques d’Eléonore. Elle lisait un peu au hasard, allongée sur le divan ou sur le lit, des heures entières…

Des Bleus à l’âme Françoise Sagan, Ed Le livre de Poche, pp. 29/30