« Le Médecin volant » Molière


Je continue ma lecture des pièces de Molière. Ce matin, une petite lecture rapide et fort amusante. Cette farce marque l’entrée en scène du célèbre Sganarelle, rôle que Molière jouera lui-même.

Il est question de mariage arrangé que l’on cherche à différer pour permettre à deux jeunes gens de s’unir par amour. Pour cela, la sœur de la future mariée invente un stratagème : un médecin contrefait doit isoler la jeune fille pour permettre à son amant de la rencontrer. Valère, le jeune premier, engage son valet Sganarelle, qui se prend au jeu du savant médecin.

Le médecin est ici un type de farce bien connu et l’on perçoit déjà dans ce « jeune » Sganarelle, les traits de caractère que Molière ne cessera de reprendre pour ce personnage si souvent présent dans ses pièces : il aime boire, est filou, baragouine du latin, craint les coups de bâton. Plusieurs répliques m’ont fait rire, et je suis toujours fascinée de rire de bon coeur à des répliques écrites voilà quatre siècles.

Gorgibus : Vite une table, du papier, de l’encre.

Sganarelle : Y a-t-il quelqu’un qui sache écrire ?

Gorgibus : Est-ce que vous ne le savez point ?

Sganarelle: Ah! je ne m’en souviens pas ; j’ai tant d’affaires dans la tête, que j’oublie la moitié… (p.41)

Mais le ressort principal de la farce tient à un comique de gestes et de situation particulier, puisque, pour éviter d’être démasqué, Sganarelle se trouve obligé de jouer deux rôles : le sien et celui du médecin. Ainsi sur plusieurs scènes, Sganarelle doit faire croire qu’il est deux, ce qui entraîne des jeux de scène acrobatiques, rapides qui relèvent du gag et qui expliquent le titre de la farce : le médecin vole car Sganarelle doit changer de costume (celui de valet, celui de médecin) pour maintenir Gorgibus dans la confusion.

Plus aboutie que Le Barbouillé, cette farce gagnerait encore plus à être vue sur scène, comme souvent les farces d’ailleurs. Mais certaines répliques témoignent déjà d’une maîtrise du comique de mots, et un certain clin d’oeil à Corneille se saisit avec délice :

J’ai des talents particuliers, j’ai des secrets. Salamalec, salamalec. « Rodrigue, as-tu du coeur? » Signor, si ; signor, non. Per omnia saecula saeculorum. (p40)

Baroque à souhait, tout se mélange dans cette simple réplique, et l’on se demande bien ce que Rodrigue vient faire dans cette galère !

Pièce lu dans le cadre du Challenge Molière et de :